Des femmes âgées envoyées à la rue après un séjour à l’hôpital

La population des femmes itinérantes vieillit, et les besoins se font de plus en plus grands.
Photo: Alex Eflon/CC La population des femmes itinérantes vieillit, et les besoins se font de plus en plus grands.

Des personnes âgées ayant séjourné à l’hôpital et perdu leur logement en cours de traitement se retrouvent contraintes à l’itinérance, déplore Marjolaine Despars, du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.


À la Maison Marguerite, un refuge pour femmes sans-abri, on héberge régulièrement des femmes de 71 ans et plus.

 

La Maison Marguerite est par ailleurs menacée de fermer six de ses 18 lits de son service d’hébergement d’urgence. Sa directrice donnait lundi une conférence de presse, en compagnie de la députée de Gouin, Françoise David, de Québec solidaire, pour réclamer une subvention d’au moins 200 000 $ par année pour maintenir ces lits. Fondée en 1976 par les Soeurs Grises, la Maison Marguerite a un taux d’occupation de plus de 100 %. En 2013, elle a dû refuser 8400 demandes d’hébergement faute de place.

 

Isolement complet

 

Selon la directrice de la maison Marguerite, Martine Rousseau, il arrive assez fréquemment que des personnes âgées se retrouvent à ses portes, sans pouvoir fournir le nom d’aucune personne à contacter en cas d’urgence, dans l’isolement le plus complet.

 

Pas plus tard que la semaine dernière, la maison Marguerite a téléphoné aux services policiers pour signaler le fait qu’une de ses résidentes, qui menaçait de mettre le feu à la maison, représentait un danger pour elle-même et pour les autres. Après un séjour de 24 heures à l’hôpital, cette résidente a été envoyée dans la rue, et est retournée à la maison Marguerite, avec une prescription…

 

Il a donc fallu l’accompagner à la pharmacie pour lui permettre d’aller chercher ses médicaments. « Après, on va essayer de l’aider à prendre ses médicaments », explique Mme Rousseau.

 

Mais la Maison n’emploie pas d’infirmière ni de médecin, et ne peut pas forcer sa clientèle à prendre sa médication. La dame pourrait donc se retrouver de nouveau à l’hôpital sous peu. « Elle est complètement désorganisée au niveau psychologique. […] C’est une dame qui est très bien connue [du réseau], mais elle a besoin d’une prise en charge médicale », explique Mme Rousseau.

 

La moyenne d’âge de la clientèle à l’hébergement à court terme, pour un maximum de six semaines, est autour de 47 ans. « On remarque un vieillissement chez les dames en difficulté qu’on héberge à la Maison Marguerite », raconte Mme Rousseau.

 

Non seulement la population des femmes itinérantes vieillit, mais elle explose. Au cours du dernier hiver, l’occupation des refuges pour femmes itinérantes a augmenté de 27 %, signale Marjolaine Despars, du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, qui participait à la conférence de presse.

 

Besoins financiers

 

Depuis 2007, la Maison finance à même ses propres campagnes de financement les six lits qu’elle a ajoutés à son service d’hébergement d’urgence. Depuis sept ans, elle demande en vain à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal de lui fournir une subvention lui permettant de les garder ouverts. Or, l’Agence n’a reçu aucun budget de développement depuis 2007 et se contente d’indexer les subventions au coût de la vie, explique Mme Rousseau.

 

Isabelle, l’une des résidentes actuelles de la Maison Marguerite, est contrainte de faire quelques séjours en hébergement d’urgence par année. Parce qu’avec un chèque d’aide sociale de 630 $ par mois, elle n’arrive pas toujours à payer son loyer. Il y a quelques années, elle a couché durant deux semaines dans la rue, au métro Berri, dans la peur et l’angoisse constante d’être attaquée. « J’avais tellement peur que je me cachais, raconte-t-elle. Moi, je ne bois pas, je ne me drogue pas », dit-elle.

***

Un projet de loi pour QS

La députée solidaire Françoise David déposera mardi après-midi devant l’Assemblée nationale le projet de loi 190 visant à protéger les droits des personnes âgées locataires. Québec soli- daire veut contraindre les propriétaires à offrir à leurs locataires de 65 ans ou plus dont la situation financière est précaire ou l’état de santé est fragile une unité équivalente non loin avant de reprendre possession de leurs logements. Par l’entremise de son projet de loi de deux articles seulement, la formation politique veut également interdire toute expulsion de locataires entre le 1er décembre et le 31 mars.


Marco Bélair-Cirino

41 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 mai 2014 00 h 54

    Quelle est donc...

    Quelle est donc cette société qu'est devenu mon pays, le Québec ?
    Celle des uns qui, de leur côté, sont anesthésiés d'abondance alors que les autres, du leur, sont figés dans la misère ?
    Si c'est cela le Québec moderne, il ne mérite que de crever.
    Autrement, debout tous et en avant. Prenons le contrôle de toutes les manettes du pouvoir et montrons de quelle étoffe nous sommes faits.
    Nous avons un pays juste à construire. Et ça commence plus qu'à urger.
    Vive le Québec libre et avec le coeur à la bonne place !

    • Louka Paradis - Inscrit 27 mai 2014 08 h 01

      Autrefois, c'était les communautés religieuses qui s'occupaient en grande partie des vieillards : tout le monde a applaudi à leur disparition, mais peu de gens ont le coeur d'en faire autant.

    • Mario K Lepage - Inscrit 27 mai 2014 09 h 38

      Et il y en aura pour dire de QS que ce sont de pelleteux de nuages! C'est la seule voix qui nous reste pendant que les amis du régime font la fête....

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mai 2014 09 h 45

      Monsieur Paradis,
      À l'époque des communautés religieuses et des assurances privées, ces dames n'auraient même pas été admises à l'hôpital...

    • Beth Brown - Inscrite 27 mai 2014 12 h 33

      @ Sylvain Auclair

      Votre allergie anti-cléricale vous emporte toujours assez pour que vous nous fassiez part de vos jugements à l'emporte-pièce sur le rôle qu'a joué l'Église du Québec.

      Alors que le dévouement n'est absolument plus une vertu aujourd'hui, vous faites très à la mode dans vos dénigrements incisifs.

      @ Louka Paradis

      Merci de votre regard bienveillant et respectueux sur les efforts humanitaires qui ont été prodigués dans notre passé pas toujours glorieux, il faut l'admettre.
      Comme il est tellement plus facile de concentrer sa notion d'histoire autour d'éternelles doléances!

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mai 2014 13 h 11

      Madame Brown,

      Je n'ai pas vécu cette époque, mais je connais des gens, d'ailleurs très croyants, qui l'ont vécue et qui se rappellent que la première question qu'on vous posait dans un hôpital, c'était si vous aviez une assurance.

  • simon villeneuve - Inscrit 27 mai 2014 03 h 14

    Un seul mot

    Repugnant !

  • Michel Vallée - Inscrit 27 mai 2014 03 h 37

    Raymond BACHAND

    Raymond Bachand a dit qu'il fallait couper dans la santé

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 27 mai 2014 04 h 24

    Qu’attend-on pour agir ?

    « Des personnes âgées ayant séjourné à l’hôpital et perdu leur logement en cours de traitement se retrouvent contraintes à l’itinérance » (Caroline Montpetit / Marco Bélair-Cirino, Le Devoir)

    Situation indécente, d’autant plus insensée qu’elle victimise d’honorables personnes, appelées à vivre autre chose que l’itinérance et l’oubli !

    De ce genre de situation, on-dirait que le Système québécois du Vivre Ensemble « semble » reposer sur des considérations économiques d’eugénisme social de type organisationnel ou structurel ; des considérations susceptibles d’alimenter le monde des marginalités et exclusions (1) !

    Qu’attend-on pour agir ? - 27 mai 2014 -
    (1) :http://www.acfas.ca/evenements/congres/programme/8

  • Josée Malette - Inscrit 27 mai 2014 06 h 09

    Comme si les propriétaires étaient responsables de la situation

    Ça parait bien tout cela, Mais, en fin de compte, on demande aux propriétaires de régler un problème de société. À la fin, le projet est plus nuisible qu'utile puisque de nombreux propriétaires trouveront le moyen de refuser cette clientèle précaire. Le logement disponible, déjà difficile à trouver au départ, devient quasiment impossible à dénicher.

    Ce serait plus efficace de trouver le moyen d'assurer le paiement du loyer... un peu comme les pensions alimentaires qui sont prélevées à même les salaires.

    • Alexie Doucet - Inscrit 27 mai 2014 08 h 18

      On ne peut transférer le problème aux propriétaires comme s'ils étaient des aidants naturels. Certains sont de jeunes familles, d'autres des femmes vieillissante, avec les loyers comme principale source de revenus.
      Je suggère plutôt de créer un fonds pour l'itinérance à même les fonds récupérés des poches de tous les ingénieurs et partis politiques que la commission Charbonneau a pris à frauder.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 27 mai 2014 09 h 12

      L'assurance du loyer payé ne suffit pas...

      Il y a environ 15 ans de cela, nous avions un couple d'écossais comme locataire. Ce couple avait des enfants. Arrivés à leurs retraites, le monsieur a eu une maladie dégénérative, la dame l'a accompagné jusqu'à son décès. Puis, à son tour elle a eu une des pertes cognitives.
      En tant que propriétaire, nous avions peur du feu, car elle cuisinait et elle oubliait d'éteindre ou faisait couler l'eau et oubliait de fermer le robinet, etc. ... Malgré son diagnostic aucun suivi des services sociaux et médicaux (sauf rendez-vous), nous étions là à l'aider. Les enfants résidants à MTL ne venaient pas la voir, ils ont peut-être leurs raisons, mais c'est tout de même la femme qui vous a mis au monde... etc.
      Il est arrivée une errance et c'est nous qui avons joins les premiers répondants, elle s'est retrouvée dans la cour en février vetue d'un manteau ouvert toute nue...Ce n'était plus un cas de - maison -. Les policiers sont venues la chercher et ...plus aucune nouvelle.

      On blame les premiers répondants, les propriétaires, etc. , mais il n'y a plus de filets sociaux, de respects pour le malade, le pauvre, le malchanceux, etc.

      Cette nouvelle illustre beaucoup de choses se déroulant dans notre société, que nous ne voulons peu ou pas parler et surtout régler.

      ...car nous pourrions régler ces cas.

      Oui, Vivre dans la Dignité....Vieillir dans la dignité...