Des patriotes au cimetière Notre-Dame-des-Neiges ?

Alain Tremblay pense que les restes se trouvent dans le caveau des familles Doutre et Dandurand, au pied du monument consacré aux victimes de la rébellion des patriotes de 1837-1838.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alain Tremblay pense que les restes se trouvent dans le caveau des familles Doutre et Dandurand, au pied du monument consacré aux victimes de la rébellion des patriotes de 1837-1838.

Alain Tremblay est convaincu que la plupart des restes des patriotes pendus à la prison du Pied-du-Courant, en 1839, dorment dans le caveau des familles Doutre et Dandurand, au pied du monument consacré aux victimes de la rébellion des patriotes de 1837-1838, dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal.

 

Il en est convaincu, mais pour le prouver hors de tout doute, il faudrait qu’il obtienne des descendants de Raoul Dandurand et de Joseph Doutre la permission d’entrer dans le caveau et d’y faire des recherches archéologiques.

 

Alain Tremblay est l’un des fondateurs de l’Écomusée de l’au-delà, cet organisme voué à la préservation, à la conservation, et à la connaissance des cimetières.

 

Histoire nébuleuse

 

Lundi prochain, à l’occasion de la Journée nationale des patriotes, il offrira une visite guidée autour du thème des patriotes.

 

Car l’histoire des restes des 12 patriotes pendus au terme de la rébellion de 1837-1838 demeure nébuleuse.

 

Au moment de la rébellion, l’Église, qui avait alors pris le parti des Anglais, avait officiellement excommunié les patriotes, leur interdisant du coup, une fois morts, l’accès au cimetière catholique.

 

Le groupe aurait donc été enterré au cimetière Saint-Antoine, peut-être dans une zone réservée aux excommuniés, à l’endroit qu’on appelle aujourd’hui la place du Canada.

 

C’est en 1853 que naît un mouvement visant à ériger des tombes sur la sépulture des patriotes. À l’époque, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, géré par les Sulpiciens, ouvre et souhaite vendre des terrains, soutient M. Tremblay.

 

L’idée du monument aux victimes de la Rébellion des patriotes de 1837-1838 voit le jour, dans un contexte de tensions opposant les libéraux, entre autres représentés par l’Institut canadien de Montréal, et les ultramontains.

 

À la même époque, la famille de Joseph Doutre achète un terrain à Notre-Dame-des-Neiges et construit un caveau à côté du site du monument aux victimes de la Rébellion.

 

Encore aujourd’hui, on peut y voir les armoiries de l’Institut canadien de Montréal, le castor, la feuille d’érable et la ruche d’abeilles.

 

C’est dans ce caveau, privé, que les restes des patriotes auraient été inhumés à nouveau, discrètement, en provenance du cimetière Saint-Antoine, croit M. Tremblay.

 

Pour soutenir son propos, il cite entre autres un article du journal La Presse, datant de 1923, dans laquelle la fille du patriote Joseph Narcisse Cardinal, Mme Joseph Marion, raconte que les restes de son père ont été transportés au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

 

Le tout se serait fait dans la plus grande discrétion, pour éviter que l’Église se braque et ordonne l’expulsion des restes des patriotes du cimetière.

 

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé aux restes du patriote Jean-Olivier Chénier. Alors qu’on peut même lire à côté de son nom gravé sur le monument, « ses restes reposent ici », les fameux restes ont finalement dû être inhumés au cimetière Sainte-Eustache, tandis qu’une statue est érigée en l’honneur de Chénier au square Viger.

Pour faire la visite, 514 528-8826. Coût : 10 dollars.