Pour diriger un parti politique, mieux vaut être gai que femme

Le chercheur Alexandre Duval se demande aussi, à la lumière des résultats de sa simulation, si André Boisclair n’a pas remporté la course à la chefferie, en 2005, justement parce que son adversaire principale, Pauline Marois, était une femme. 
Photo: - Archives Le Devoir Le chercheur Alexandre Duval se demande aussi, à la lumière des résultats de sa simulation, si André Boisclair n’a pas remporté la course à la chefferie, en 2005, justement parce que son adversaire principale, Pauline Marois, était une femme. 

S’ils avaient à choisir, les électeurs donneraient davantage la chefferie d’un parti à un homosexuel qu’à une femme.

 

Lors d’une course à la chefferie virtuelle, des électeurs ont écarté, et de loin, les candidates, que leur adversaire ait été un homme hétérosexuel ou homosexuel, avec un clair avantage pour ce dernier. Et ce, à CV équivalent.

 

Alexandre Duval, qui a réalisé cette étude pour son projet de maîtrise en sciences politiques à l’UQAM, croit qu’il y a un parallèle à faire entre ses résultats et des événements politiques récents. « Le seul chef de parti ouvertement homosexuel, André Boisclair, avait réalisé la pire performance du Parti québécois (PQ) au chapitre des suffrages dans l’histoire du parti, rappelle-t-il. Mais ça, c’était avant que Pauline Marois ne fasse encore pire. » À l’élection générale de 2007, le PQ d’André Boisclair avait recueilli 36 sièges et 28 % des voix, contre 30 sièges et 25 % des voies pour Pauline Marois le 7 avril.

 

Le chercheur se demande aussi, à la lumière des résultats de sa simulation, si André Boisclair n’a pas remporté la course à la chefferie, en 2005, justement parce que son adversaire principale, Pauline Marois, était une femme. « Même si ce n’est pas seulement une question de genre, la coïncidence mérite d’être soulevée », croit M. Duval, qui présentait ces résultats au congrès de l’Acfas mardi.

 

Le jeune chercheur avait convié 159 « électeurs » à une course à la chefferie virtuelle pour leur parti favori. Cet échantillon était composé d’étudiants de l’UQAM, à majorité de femmes (64 %), d’hétérosexuels (93 %), de jeunes de 20 à 24 ans (65 %) et d’électeurs de Québec solidaire (46 %). Un bassin plus à gauche, et peut-être plus ouvert, que l’électorat en général. Cela a pu influer sur les résultats, qui portent tout de même à réfléchir sur les stéréotypes qui affectent l’égalité des chances en politique.

 

Les électeurs ont été divisés en trois groupes. On a proposé à chacun trois aspirants chefs : Raymond, Jacques et Marie, aux CV et aux compétences équivalents. Dans un groupe, la biographie de Jacques mentionnait qu’il était marié à Pierrette. Dans un autre groupe, Jacques était plutôt marié à Pierre. Dans le troisième groupe, sa biographie mentionnait aussi son mari Pierre, mais ajoutait en prime quelques stéréotypes reliés à l’homosexualité.

 

Chacun des trois groupes a dû évaluer globalement les candidats et choisir un nouveau chef.

 

Dans les trois simulations, la candidate, Marie, a recueilli environ 20 % des voix. « Peu importe que ses adversaires soient gais ou non, elle était toujours à la traîne de ses adversaires masculins », rapporte M. Duval.

 

Dans sa version hétérosexuelle, le candidat Jacques perdait au profit de Raymond. Mais dans sa version homosexuelle, il l’emportait. Et ce, même plus largement dans le groupe où sa biographie mentionnait quelques stéréotypes reliés à l’homosexualité. Dans ce cas, la moitié des électeurs lui accordait sa confiance.

 

Alexandre Duval explique que les stéréotypes liés au sexe ou à l’orientation sexuelle éveillent des « biais cognitifs » chez les électeurs. Les femmes sont désavantagées par ce phénomène, mais, étrangement, même si les candidats homosexuels étaient perçus comme plus féminins, cela ne les désavantageait pas.

 

À la lumière de ces résultats, le jeune chercheur croit que, pour un homosexuel, il pourrait être plus profitable de s’afficher : « Aussi bien jouer sur ce front et ne pas tenter de le dissimuler », dit-il. Par contre, ce sont vraiment les électeurs plus ouverts qui ont donné l’avantage au candidat homosexuel le plus stéréotypé, peut-être perçu comme moins terne et traditionnel que ses adversaires, avance le chercheur. Les électeurs qui avaient des tendances homophobes ont été nettement plus nombreux à rejeter ce candidat, dit-il toutefois. Le degré d’homophobie a été évalué après le vote virtuel à l’aide d’une échelle standardisée.

 

L’impact d’une candidate ouvertement lesbienne n’a pas été mesuré, mais M. Duval croit que les résultats seraient différents. « Une étude américaine a par exemple démontré que les électeurs préféreront une candidate lesbienne plus masculine à une plus féminine », rapporte-t-il.

 

Importance de la diversité

 

Alexandre Duval estime qu’une démocratie gagne à ce que les élus représentent la diversité de la population, que ce soit concernant la parité homme-femme ou concernant la présence de minorités sexuelles ou de minorité culturelles. « Les députés homosexuels ne vont pas nécessairement être des militants, mais ils vont amener une diversité de points de vue et de préoccupations au caucus ou au Conseil des ministres », fait-il valoir.

 

Il estime que les personnes homosexuelles forment la minorité « la plus sous-représentée dans le monde ». Aux États-Unis, tous ordres de gouvernement confondus, on estime que 0,02 % des sièges sont occupés par des élus ouvertement homosexuels. Aucun député du Parti libéral du Québec ne s’est jamais affiché ouvertement gai, relève M. Duval, alors que du côté du PQ, ils ont été une poignée depuis l’émergence du parti.

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