Les fonctionnaires espèrent 13,5 % d’augmentation

Daniel Boyer, président de la FTQ, a présenté avec ses collègues du Front commun syndical 2015 les demandes que comptent faire les employés de la fonction publique au gouvernement du Québec.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Daniel Boyer, président de la FTQ, a présenté avec ses collègues du Front commun syndical 2015 les demandes que comptent faire les employés de la fonction publique au gouvernement du Québec.

Pour attirer et maintenir les employés dans la fonction publique, un front commun syndical propose d’augmenter de 13,5 % les salaires des fonctionnaires sur trois ans tout en améliorant leurs conditions générales de travail.

 

« On sait qu’environ 35 % de la main-d’oeuvre au niveau de la fonction publique va partir pour la retraite et que les jeunes qui entrent dans les différentes professions et les divers métiers sont en moins grand nombre, dit Louise Chabot, porte-parole du Secrétariat intersyndical des services publics. D’où l’importance de renforcer les emplois dans les services publics. Avec la concurrence qui se crée, c’est important de donner des conditions et salariales et d’exercice, pour assurer le renforcement de la main-d’oeuvre. »

 

Les conventions collectives des employés de l’État arrivent à échéance le 31 mars 2015. Les propositions soumises pour consultation auprès de quelque 400 000 membres étaient rendues publiques dimanche à Montréal par le Front commun 2015. Les syndiqués discuteront de cette proposition en assemblées générales dans les prochains mois.

 

Revenus/dépenses

 

Le regroupement massif rassemble Le Secrétariat intersyndical des services publics (CSQ, SFPQ, APTS), la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Cette coalition représente des employés des réseaux de la santé, des services sociaux, de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la fonction publique.

 

L’État a aussi commencé à dévoiler ses intentions. Le gouvernement veut que l’appareil étatique réduise ses dépenses de 3,7 milliards dès cette année. L’objectif est d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Les positions détaillées du ministre des Finances seront dévoilées dans quelques semaines avec un premier budget de l’ère Couillard.

 

« Vous avez entendu les membres du nouveau gouvernement : nous sommes dans une période d’austérité. Il faut combattre ce discours d’austérité, dit Daniel Boyer, président de la FTQ. Il ne faudrait pas juste regarder la colonne des dépenses. Il faut aussi regarder la colonne des revenus et tenter de les augmenter. »

 

Les porte-parole affirment qu’il reste de l’argent à dégager dans « les réseaux ». Ils donnent l’exemple du recours à des agences de personnel. Ils citent l’accroissement « important » du nombre de cadres dans certains services, par exemple en santé.

 

« On devrait faire un débat sur l’ensemble de la fiscalité au Québec, ajoute M. Boyer. Un débat large, qui implique l’ensemble de la société civile, pour qu’on puisse là encore regarder la colonne des dépenses et celle des revenus. » Diverses réformes fiscales adoptées depuis deux décennies auraient selon eux privé l’État québécois de 4 milliards de revenus annuels.

 

Le Front commun 2015 en profite aussi pour fournir des données comparatives sur les conditions de travail et de rémunération des employés de l’État :

 

Le décalage. Depuis 2008, tant l’écart salarial que celui de la rémunération globale (y compris par exemple les avantages sociaux et le régime de retraite) ne cessent de s’élargir en défaveur des salariés du secteur public québécois. En 2013, il était de 8,3 % pour la rémunération globale. À elle seule, la hausse pour combler ce déficit nécessiterait environ 2,5 milliards par année.

 

Le grand écart public-privé. Un technicien en génie gagne au maximum 48 693 $ dans le public et 70 857 $ au privé. Un notaire ou un avocat reçoit 66 616 $ dans l’administration publique et 83 769 $ sur le marché privé.

 

La baisse du pouvoir d’achat. En dollars constants, depuis 1975, le pouvoir d’achat des salariés de l’État a baissé du cinquième environ. Depuis le début du siècle, la chute est de 7 %.

 

La précarité généralisée. La sécurité d’emploi n’existe pas pour plus du tiers des fonctionnaires qui ne gagnent que 25 000 $ par an en moyenne. Les employés réguliers à plein temps ne représentent que 48 % de l’ensemble des salariés de l’État.

 

D’où les demandes d’augmentations de salaires. Les syndicats demandent 2 % de baseet encore 2 % pour combler un peu l’écart avec les employés du privé. Ils ajoutent 0,5 %, mais calculé sur la base du revenu moyen des fonctionnaires, de sorte que les moins payés en profiteraient davantage. Ces requêtes combinées et multipliées sur les trois années du prochain contrat totalisent les 13,5 % réclamées.

 

Les mieux payés des fonctionnaires, eux, font bande à part. Ils n’ont pas intégré le Front commun 2015 et ils réclament plus que la majorité des troupes. Les quelque 25 000 membres du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) veulent des « ajustements significatifs aux échelles salariales », sans toutefois chiffrer les demandes. Leurs vis-à-vis du gouvernement fédéral gagnent 27 % de plus en moyenne.

10 commentaires
  • Palardy RACHEL - Inscrite 12 mai 2014 06 h 42

    Sur quelle planète vivent les dirigeants des grands syndicats pour penser et faire croire à leurs membres qu'ils iront leur chercher une augmentation de 13.5 % sur trois ans... est-ce que tous leurs bénéfices marginaux sont inclus dans ces chiffres ou on tente de nous dire qu'ils sont en déficit de 8.3 % par rapport au secteur privé ...comparons -nous les mêmes fonctions , les mêmes vacances, les mêmes 'journées personnelles' à part les journées de maladie ...pas sûre!!!
    Rachel Taillon

    • - Inscrit 12 mai 2014 08 h 42

      Sur la même planète que les médecins spécialistes qui compromettent le budget des Affaires sociales !
      Sur la même planète que les autres médecins des CMF qui pompent les ressources des contribuables et ne respectent pas leur contrat de disponibilité.
      Sur la même planète que ce 1% des plus riches au Canada qui décroche plus de 15 % des revenus de l’ensemble des Canadiens.
      Sur la même planète que ce 1% des plus riches qui s’accapare plus de 50 % de la richesse du monde.
      C'est remarquable que ce n’est jamais le bon temps pour les travailleurs de la classe moyenne de revendiquer un rattrapage, mais pour les banquiers et les hauts gestionnaires, il est toujours temps de s'enrichir aux dépends de la société.

    • Pierre Bernier - Abonné 12 mai 2014 09 h 29

      @ PR

      Rassurez-vous !

  • Danielle Houle - Abonnée 12 mai 2014 08 h 27

    On rêve ?

    Je crois que les fonctionnaires vont être déçus, car selon le régime d'amaigrissement Couillard, ce sera plutôt MOINS 13.5 % qu'ils vont obtenir. Pensez-y deux fois avant de cocher votre bulletin de vote la prochaine fois.

  • RONALD LESAGE - Inscrit 12 mai 2014 08 h 52

    Comment réagir face à ces demandes .

    Lors de négociation avec l'employeur , il est de bonne guerre de demander plus car on sait par la pratique recevoir moins . Il est sur que la partie patronale utilisera ces demandes pour créer dans le public de la dissension . Mais que se passe-t-il lorsqu'un ensemble de travailleurs perçoivent une augmentation de salaire ? Il s'en suit une remonté de l'économie locale et de retour d'impôt du particulier , de la TPS et TVQ . Que se passe-t-il lorsque les biens nantis se donnent des augmentations et des bonis de performance ? Il s'en suit une remontée économique dans les paradis fiscaux et les achats outre-mer . Il ne faut pas se diviser et s'entre-déchirer alors que le pouvoir d'achat de la masse est diminué au fil des ans alors que les biens nantis s'approprient l'économie . Faites donc une recherche sur : salaire des p.d.g. et vous verrez .

  • Gilbert Talbot - Abonné 12 mai 2014 09 h 10

    Ils demandent bien peu.

    Ces demandes sont plus que raisonnables, elles sont modestes, si on compare avec ce qu'ont obtenu les médecins spécialistes ou ce que demande les professionnels du gouvernement. On ne demande rien pour l'enrichissement, alors que les professionnels eux s'enrichissent. Je ne vous parle pas des hauts fonctionnaires car on ne sait pas ce qu'ils obtiennent comme augmentation, mais je soupçonne depuis longtemps que la majeure partie du coût des salaires et avantages sociaux ne vont pas dans la poche des plus petits employés de la fonction publique, mais dans la poche des plus gros! Entk, moi Je mettrais une Commission Charbonneau là-dessus.

    • Maxime Mainville - Abonné 13 mai 2014 11 h 18

      Entièrement en accord avec les propos de M. Lesage. Si le gouvernement voudrait ( je ne dit pas pourrait) récupérer les impôt perdu sur l'argent dans les paradis fiscaux, bien des maux seraient réglés, mais il n'y a aucune volonté de faire, car ils sont du même coté. La fonction publique du Québec est la moins bien payé au Canada et de loin. Et cela cause de grand problème de recrutement, ils vont être obligé de faire comme les fermes ou Mcdo, allez chercher des travailleurs au Mexique ou au Maroc etc. Tous le monde veulent des services au Qc, mais que ces services coûtent rien. Les gros bateaux dans les marinas , ce n'est pas les fonctionnaire du Québec qui les possède.
      Réveillez vous les québécois, arrêté de juste lire les pages du sport pour savoir si le CH a remporté son match!

  • Pierre Bernier - Abonné 12 mai 2014 09 h 18

    Deux constats !

    Cet "état des lieux" n'est-il pas le résultat de l'effet convergeant de deux facteurs ?

    D'une part l'absence d'un statut de "fonction publique territoriale" pour limiter le "bricolage" inflationniste des élus locaux (généreux...mais démunis en tant qu'administrateur) dans les domaines cruciaux de la gestion publique, notamment celui des relations de travail ?

    Cette situation n'est-elle pas également le résultat direct du "déséquilibre fiscal" chronique qui prévaut dans la fédération canadienne ?

    Celui-ci permet à l'ordre fédéral de gouvernement de rémunérer généreusement ses fonctionnaires...!

    Et ce, malgré le fait que les biens et services publics que ces derniers se voient confier n'ont pas l'importance pour les citoyens de ceux qui relèvent de l'État québécois (santé, éducation, transports, sécurité du revenu, affaires culturelles, intégration des immigrants, sécurité publique, administration de la justice,...) ?

    Deux dimensions où le concept de réforme "vraiment" structurelles ne prend-il pas tout son sens ?