Le gouvernement «menace la gratuité et l’accessibilité aux soins»

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Carole Dubé croit que les coupes dans les budgets de santé et services sociaux vont affecter les services.
Photo: APTS Carole Dubé croit que les coupes dans les budgets de santé et services sociaux vont affecter les services.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Regroupant 31 000 professionnels de la santé et des services sociaux du gouvernement du Québec, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) se mobilise pour défendre le réseau public de la santé au Québec. Entretien avec sa présidente, Carolle Dubé.

L’heure est à l’inquiétude du côté de l’APTS. Les dernières élections ont porté à la tête de la province un gouvernement qui « menace la gratuité et l’accessibilité aux soins », estime Carolle Dubé, présidente de l’Alliance. Craignant que le prochain gouvernement « aille vers la privatisation des soins de santé », elle dit avoir gardé « quelques souvenirs du passage » du premier ministre au sein du gouvernement Charest, notamment le fait qu’il avait ouvert la porte au privé en saluant l’entente entre l’hôpital du Sacré-Coeur et le complexe médical Rockland MD pour que les médecins de l’hôpital puissent exercer dans les locaux de la clinique privée. L’ancien ministre de la Santé était également derrière le projet de loi 33 permettant d’utiliser les fonds publics pour développer des cliniques privées de chirurgie au Québec. Ainsi, malgré le fait que « trois médecins sont pressentis pour faire partie de notre gouvernement » — Philippe Couillard, Gaétan Barrette et Yves Bolduc —, elle se dit inquiète du sort à venir des services publics de santé et services sociaux.

 

L’épée de Damoclès : les coupes annoncées de 1,3 milliard de dollars dans les services publics. « Même si ces coupes ne concernent pas uniquement la santé, elles entraîneront une pression énorme sur les services publics », avance-t-elle. Avec ses membres travaillant notamment dans les secteurs du diagnostic (laboratoires et imagerie médicale), de la réadaptation, de la nutrition, des services psychosociaux ainsi que de la prévention et du soutien clinique dans les centres hospitaliers, centres de réadaptation, d’hébergement et les CLSC, l’APTS est donc en première ligne.

 

Économies à court terme

 

Même si les annonces de coupes viennent avec la promesse qu’elles « n’affecteront pas les services », il s’agit là d’un calcul tronqué, selon Carolle Dubé. En effet, « aucun établissement ne sera en mesure de remplacer le personnel absent ». Des coupes dans le personnel administratif auront pour conséquence d’obliger les professionnels en santé à remplir ces tâches : « Le travail sera fait par les autres ». Ce qui débouche inévitablement sur des listes d’attente qui s’allongent et des urgences qui s’engorgent. « Certains patients doivent attendre 6 mois ou un an pour recevoir un examen radiologique ou de physiothérapie. Leur état de santé se détériore et ils n’ont d’autre choix que de se présenter à l’urgence ». Des économies à court terme qui « finissent par coûter plus cher », déplore-t-elle.

 

Derrière cette politique de coupes, Carolle Dubé dénonce également les discours qui ont prévalu pendant la dernière campagne électorale. Même si les libéraux avaient promis de « parler des vraies affaires », elle déplore le fait que les services publics, notamment la santé, étaient peu présents dans les débats malgré les besoins des Québécois en la matière. Au contraire, la tendance était plutôt à la critique du service public, comme s’il s’agissait d’une dépense inutile dont le Québec devait et pouvait se passer. Or il s’agit d’une erreur de calcul, poursuit-elle, et de telles coupes ne feraient qu’entraîner une diminution de services déjà insuffisants. « Ils ont parlé de couper 200 000 postes dans l’appareil gouvernemental, comme s’il y avait 200 000 personnes qui ne faisaient rien. Mais personne n’est en attente de travail », reprend-elle.

 

Qualité des services

 

D’autre part, obliger les professionnels à travailler davantage avec moins de moyens a des répercussions sur la qualité du service offert. Et les impacts néfastes se font ressentir aussi bien chez les patients que chez les travailleurs. « Nos membres sont formés pour soigner des gens. Ils sont animés d’un souci du travail bien fait et sont mécontents de ne pas pouvoir fournir un travail de qualité ». En conséquence, le taux d’absentéisme pour cause de maladie ou de surmenage augmente, note-t-elle.

 

Une tendance d’autant plus inquiétante que, rappelle-t-elle, « les besoins en matière de soins ne vont pas en diminuant dans la population ».

 

Elle souligne également que 85 % des membres représentés par l’APTS sont des femmes. Non seulement elles seront plus nombreuses à ne pouvoir s’adapter aux augmentations des charges de travail, en raison de leurs plus lourdes responsabilités domestiques, mais elles seront également les premières touchées par la diminution des services puisqu’elles sont les premières utilisatrices des services publics de santé et sociaux.

 

L’APTS reste donc sur un pied d’alerte, explique-t-elle, sans pour autant en arriver trop vite aux conclusions. Même si Carolle Dubé garde en mémoire le passé de ces messieurs, elle proclame vouloir « laisser la chance au coureur ». Elle se dit ainsi en attente des prochaines annonces du gouvernement. « Peut-être vont-ils choisir d’aller chercher ce 1,3 milliard en menant une lutte contre les évasions fiscales ? » En attendant, la vigilance reste de mise. « D’ici là, nous allons continuer d’observer, de nous mobiliser et de mettre en garde la population ».


Collaboratrice

1 commentaire
  • Nicole Moreau - Inscrite 29 avril 2014 11 h 13

    ça confirme la possibilité d'impacts sérieux sur les services de santé et les services sociaux

    je trouve ça inquiétant, cette possibilité de compressions majeures, qui s'ajoutent à d'autres faites depuis plus de 10 ans. il me semble que l'élastique a été étiré assez qu'il semble être sur le point de casser, les gens qui ont certaines ressources se retourneront sans doute vers le privé, mals le nombre de professionnels formés ne peut s'accroître rapidement si bien que l'on semble s'orienter vers la possibilité de services à deux vitesses, une pour le plus grand nombre et l'autre pour les plus riches.

    le plq, à l'origine, dans les années '60 de la révolution tranquille, voudrait-il défaire complètement ce qui a été fait au Québec?