Des Inuits enfermés dans l’itinérance

Les Inuits venus vivre à Montréal et qui se sont retrouvés en situation d’itinérance ont peu de chances de s’en sortir, selon une étude réalisée par un chercheur japonais.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les Inuits venus vivre à Montréal et qui se sont retrouvés en situation d’itinérance ont peu de chances de s’en sortir, selon une étude réalisée par un chercheur japonais.

On les voit, l’âme en peine, errer au carré Cabot, près du métro Atwater, ou dans les corridors du métro Place des Arts. Une majorité des itinérants inuits de Montréal (67,1 %) retourneraient dans leur village s’ils pouvaient y trouver un endroit où vivre, selon une récente étude sur les Inuits pauvres et sans-abri de Montréal. Pourtant, la moitié des répondants était à Montréal depuis dix ans ou plus.

 

Paradoxalement, cette étude a été menée par un Japonais, Nobuhiro Kishigami, chercheur pour le Musée national d’ethnologie d’Osaka, au Japon. Il a suivi 75 Inuits, dont 40 sans-abri, sur les quelque 900 Inuits ayant migré à Montréal en provenance de leur communauté. Cinquante des répondants qu’il a interrogés provenaient du Nunavik, au Québec. Dix-sept venaient du Nunavut, trois du Labrador, quatre étaient nés à Montréal et l’un était arrivé du Yukon. Sans produire une représentation statistique significative de la population pauvre inuite de Montréal, l’étude en donne un portrait assez juste, selon les intervenants en ce domaine.

 

Les raisons qui ont conduit ces Inuits à venir vivre à Montréal sont plus négatives que positives. Dans l’ordre, ils disent avoir fui les sévices, des problèmes comme le suicide, la drogue et l’alcool, des problèmes personnels ou familiaux. Plusieurs ont été obligés de venir dans le sud en prison ou en centre de détention, ont vécu des agressions sexuelles, n’ont pas de maison au Nunavik, ou ont vécu une séparation. Certains ont été en quelque sorte évincés de leur village ou retirés par la police.

 

35 % des itinérants inuits n’avaient aucune famille à Montréal.

 

Les Inuits sont surreprésentés parmi les itinérants autochtones de Montréal, et ils sont de plus en plus nombreux à vagabonder dans les rues de la ville.

 

Il y a une forte croissance de l’itinérance inuite à Montréal depuis quelques années, reconnaît Marjolaine Despars, du Regroupement pour les personnes seules et itinérantes de Montréal, qui constate aussi que c’est une population qui nécessite une « intervention spécifique ».

 

« La crise du logement au Nunavik contribue à la forte proportion d’Inuits dans la population de sans-abri de Montréal, reconnaît pour sa part la Dre Françoise Bouchard, directrice de la santé publique du Nunavik, dans un rapport publié en juin 2013. En effet, les Inuits représentent 10 % de la population autochtone de Montréal, mais 45 % de la population itinérante autochtone de la ville. Plusieurs Inuits du Nunavik s’en vont pour fuir le manque criant de logements chez eux pour finir par lutter pour obtenir des services provinciaux rendus dans une langue autre que la leur », écrivait-elle.

 

Parmi les raisons positives qui ont mené les Inuits à Montréal, on retrouve l’occasion d’accompagner un membre de leur entourage, le projet de rejoindre des amis ou de la famille, voir un médecin, poursuivre des études, ou prendre un nouveau départ dans la vie.

 

« Il y a une forte probabilité que [les Inuits] qui sortent de prison ou d’un centre de détention deviennent sans-abri », souligne Nobuhiro Kishigami. « Plusieurs Inuits de Montréal ont de la difficulté à trouver un emploi stable. Les principales raisons sont le faible niveau d’éducation et la barrière de la langue », ajoute-t-il.

 

Difficulté à s’en sortir

 

Une fois en situation d’itinérance, les Inuits ont peu de chances d’en sortir. « Une fois qu’ils sont sans-abri, c’est très difficile pour eux de changer de condition,écrit le chercheur. Les seuls choix qu’il leur reste sont de retourner dans leur village ou de se trouver du travail. Il y a des cas d’Inuits qui meurent dans la rue ou dans des accidents de la circulation chaque année. »

 

De tous les Inuits vivant à Montréal, 83,8 % parlent inuktitut chaque jour, soutient-il. Ce sont ceux qui ne sont pas sans-abri qui sont les plus nombreux à ne pas parler l’inuktitut.

 

« Ceci est dû à une augmentation du nombre d’Inuits qui sont nés et élevés à Montréal. »

 

Selon les commentaires récoltés par le chercheur, une bonne partie des Inuits de Montréal souffre d’une grande pauvreté, de problèmes de drogue et d’alcool, de disputes, d’itinérance et de problèmes de santé.

 

« C’est clair que les solutions à ces problèmes sont de leur fournir des emplois, un endroit où vivre, de la nourriture et de l’éducation,écrit le chercheur. Ils ont besoin de plus de soutien des refuges, des centres d’aide aux autochtones et de la société Makivik. Ils sont conscients de leurs problèmes, et ils relèvent que le mieux serait de retourner sur leur terre natale ou de n’être jamais venus à Montréal. »

 

Au Nunavik, le chercheur suggère l’envoi de psychologues résidents dans chacun des villages, ou d’y tenir des consultations sur une base régulière.

 

Au refuge pour femmes de Kuujjuaq, au Nunavik, dont nous faisions état dans le dossier du week-end sur le sujet, la conseillère Martha Munick soulignait que Montréal n’offrait souvent pas de solutions pour les Inuits en mal de logement au Nunavik.

 

« J’ai peur pour les femmes qui décident d’aller à Montréal,dit-elle. Elles vont se retrouver dans la rue, parce qu’elles n’ont pas de projet. »

2 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 26 mars 2014 09 h 59

    Hors du temps ?

    Certains autochtones vivent hors de leur temps.

    Ils ne veulent plus vivre de chasse et pêche dans des igloo, mais ils ne veulent pas non plus étudier, apprendre un métier et travailler comme tous les autres citoyens pour se payer un logis, nourriture etc..

    Il leur faudra quand même choisir enfin entre le passé et le présent. Comme le disait si bien Darwin, s'adapter aux nouvelles réalités ou disparaitre...

  • Jacques Moreau - Inscrit 26 mars 2014 11 h 22

    L'effet "réserves" et culture

    Les autochtones ont pour la plupart du temps vécus à l'intérieur de réserves conçues au 19ième siècle, alors qu'ils pouvaient encore vivre selon leurs us et coutume. Le malheur est qu'on ne peu plus vivre principalement de chasse et pêche. Comme leur milieu naturel est sur des réserves, avec leur lois particulières, ils sont très mal adaptés aux conditions de vie de notre monde moderne. Il leur est même devenue difficile de construire des igloo. Comme il est toujours hord de question d'abolir les "réserves" et la loi des Indiens; nous ne sommes pas "sortie du bois" en ce qui concerne les "indiens" et esquimaux" devenue autochtones. Perte d'identitée et de culture complète!