Cohabitat fait des petits à Montréal

Dans un Cohabitat, les résidants partagent une grande cuisine où ils préparent les repas collectifs hebdomadaires.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Dans un Cohabitat, les résidants partagent une grande cuisine où ils préparent les repas collectifs hebdomadaires.

À Montréal, un petit groupe cherche à répéter l’expérience de Cohabitat Québec. Son ambition : faire aussi bien en trois fois moins de temps. « On est à l’étape d’agrandir la famille », résume Jean Gagnon Doré, l’un des six membres actifs du collectif. Travailleur autonome en recherche et rédaction, M. Gagnon Doré est assez âgé pour avoir connu l’époque des communes. Mais à l’époque, c’était « le free for all », se rappelle-t-il, et Cohabitat est plus « structuré ».

 

Le groupe est toujours en recrutement et n’a pas encore trouvé de terrain, mais la confiance est là. M. Gagnon Doré aimerait voir aboutir le projet d’ici à trois ans au lieu de neuf, comme ce fut le cas pour l’expérience de Québec. Chose certaine, depuis que Cohabitat Québec est une réalité, il a l’impression d’être pris plus au sérieux. « On ne parle plus dans le vide. »

 

Sylvie Van Brabant, une autre membre du groupe, croit que « c’est dans l’air du temps ». Elle souligne que Cohabitat touche une corde sensible chez les baby-boomers. « J’entends souvent des amis se demander où ils vont se retrouver. Ils ne se voient pas dans des centres ordinaires. Ils veulent quelque chose qui est plus attentionné. La conscience environnementale devient de plus en plus forte aussi. »

 

Pour cette documentariste, Cohabitat est « comme la famille élargie d’autrefois », mais « selon les normes d’aujourd’hui ». Sa fille habite déjà au deuxième étage de son duplex. « Quand elle va avoir des enfants, ça va être intéressant d’avoir une grand-maman proche. » Dès lors, Cohabitat s’inscrit pour elle dans la même logique.

 

Un terrain d’ici la fin de l’année?

 

Le groupe veut monter un complexe de la même taille qu’à Québec (environ 100 résidants). Il estime les coûts du projet à 23 millions, mais veut faire baisser la facture à 15 millions. Le terrain, espère-t-on, sera choisi d’ici la fin de l’année.

 

Mais ce n’est pas simple, convient Jean Gagnon Doré. « Les terrains à Montréal, c’est une épine », dit-il.

 

« Les promoteurs immobiliers peuvent mettre beaucoup d’argent sur des terrains rapidement. » De plus, les rares terrains disponibles sont souvent contaminés, ce qui a un impact sur les coûts. « Mais en même temps, les instances municipales sont à la recherche de projets pour garder les familles en ville et on cadre là-dedans. »

 

Le groupe de Québec leur donne des conseils au fur et à mesure. Mais le porte-parole du groupe de Québec Guillaume Pinson l’admet : ils ont été chanceux d’avoir pu mettre la main sur un grand terrain en plein coeur de la haute ville de Québec.

 

Il croit d’ailleurs que les villes pourraient soutenir des projets comme les leurs en créant des « banques de terrains ». Un encadrement légal serait aussi le bienvenu. « Il y a des problèmes dans la loi pour être reconnu, être soutenu. Il faudrait qu’il y ait un statut d’autopromoteur », affirme-t-il. Et puisque le concept est méconnu, la plupart des institutions financières sont d’ailleurs réticentes à les soutenir.

 

Cohabitat Montréal souhaite aussi imiter Québec dans sa prise de décision et a opté pour la sociocratie et des « méthodes de communication non violente ». Lorsqu’on lui fait remarquer que cela peut avoir l’air ésotérique et risque d’éloigner des gens, M. Gagnon Doré répond que c’est aussi risqué « de ne pas le faire ».

 

Les gens qui s’engagent dans Cohabitat le font pour longtemps, dit-il, et on ne veut pas d’un groupe trop homogène. « Vivre ensemble, c’est respecter le plus possible la différence de chacun, dit-il. Ce sont pour nous des outils. »

 

Cohabitat Montréal veut d’ailleurs que le projet soit le plus « cosmopolite possible », à l’image de la réalité montréalaise. Il compte aussi se distinguer de Québec en ouvrant la porte à des bureaux ou à des organismes à but non lucratif. Sylvie Van Brabant, notamment, voudrait y installer son bureau. On parle d’agriculture urbaine, d’un toit vert, même d’un CPE.

 

Selon un consultant spécialisé en habitation, Allan Gaudreault, le risque dans ce genre de projet est de vouloir trop en faire. « Il ne faut pas essayer de réaliser tous ses objectifs en même temps », dit-il. M. Gaudreault (qui a d’ailleurs déjà conseillé Cohabitat Montréal), suggère en outre que de nouveaux partenariats restent à imaginer, notamment avec les groupes de ressources techniques (GRT) qui s’occupent normalement des projets de logements sociaux.

 

« C’est sûr que leur orientation de base reste les faibles et moyens revenus, mais c’est un créneau qu’ils pourraient ajouter à leur panier de services, dit-il. Il faut que les groupes de propriétaires puissent bénéficier de leur expertise. »

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La sociocratie, c’est quoi?

À Cohabitat Québec, chaque résidant est obligé de suivre une formation en « sociocratie » lorsqu’il se joint au projet et Cohabitat compte appliquer le même système. La sociocratie est un système de prise de décision dont le but est de favoriser la bonne entente et de limiter les conflits. Lors des réunions, tout le monde est assis en rond et si le groupe est trop grand, on crée des cercles concentriques.

Avant de prendre une décision, on s’assure que tout le monde est d’accord. Dans le cas contraire, tout le groupe est responsable de trouver un compromis pour obtenir un consensus. « Le processus est plus long parce que ça demande des tours de parole et qu’il faut que chaque personne soit d’accord », explique Nicole Gagnon.

Guillaume Pinson ajoute qu’en démocratie, « le vote est très déresponsabilisant » pour la suite des choses. « Quand tu vis avec du 49 % face à 51 %, ça fait une population qui est vraiment divisée. » Absent du dictionnaire, le terme « sociocratie » est attribué au père de la sociologie française Auguste Comte. Dans le monde anglophone, on parle plutôt de prise de décision « par consensus ». Le Canadian Housing Network stipule que si une communauté a un leader qui fixe les politiques et établit des standards de façon unilatérale, « ce n’est pas du cohabitat ».

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NDLR: Une correction a été apportée à ce texte après la mise en ligne.

 

1 commentaire
  • Louis Desjardins - Abonné 8 mars 2014 07 h 07

    Question

    Peut-on savoir ce qu'il y a dans les assiettes, avec la boule blanche? :-)

    Louis Desjardins