Le Conseil du statut de la femme milite pour le modèle suédois

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Prostitution en Suède. « Il n’y a pas de réponse parfaite au problème de la prostitution, mais les Suédois ont obtenu des résultats très prometteurs depuis 1999 », souligne Julie Miville-Dechêne.
Photo: Agence France-Presse (photo) Claudio Bresciani Prostitution en Suède. « Il n’y a pas de réponse parfaite au problème de la prostitution, mais les Suédois ont obtenu des résultats très prometteurs depuis 1999 », souligne Julie Miville-Dechêne.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Parmi tous les dossiers qui occuperont le Conseil du statut de la femme au cours des prochains mois, celui de la prostitution arrive en tête de liste. En effet, le récent jugement historique de la Cour suprême du Canada ayant invalidé les articles de loi qui interdisent le proxénétisme, la sollicitation et la tenue d’une maison de débauche offre une occasion inespérée pour faire progresser cette question de société, estime la présidente du Conseil, Julie Miville-Dechêne.

La Cour suprême a donné un an au législateur pour modifier l’encadrement de la prostitution. Le Conseil du statut de la femme entend profiter de cette période pour convaincre le gouvernement d’adopter « le moins pire des modèles », soit celui de la Suède, comme le recommande un avis de 150 pages qu’il a publié sur cette épineuse question en mai 2012.

 

« Il n’y a pas de réponse parfaite au problème de la prostitution, admet Julie Miville-Dechêne, mais les Suédois ont obtenu des résultats très prometteurs depuis 1999. Ils ont à la fois décriminalisé les travailleuses du sexe tout en pénalisant les clients et les proxénètes. Ils ont aussi mis en place des mesures sociales pour aider les femmes qui le veulent à s’extirper de ce mode de vie et créé des campagnes de sensibilisation expliquant aux hommes que le sexe tarifé équivaut à de l’exploitation sexuelle. »

 

Les efforts de lobbying du Conseil viseront évidemment Ottawa, mais aussi Québec. Le gouvernement provincial s’est déjà engagé, dans son plan d’action pour l’égalité entre les hommes et les femmes, à « sensibiliser la population pour prévenir l’exploitation sexuelle et venir en aide aux femmes qui veulent quitter le milieu de la prostitution ». Cette campagne d’information doit se faire rapidement si on veut faire évoluer les mentalités au regard de la prostitution », affirme Mme Miville-Dechêne.

 

Selon elle, la population comprend encore mal la réalité des travailleuses du sexe. « Les sondages montrent que la majorité des individus croient que la décriminalisation est la voie à suivre. Peut-être valorisent-ils le choix individuel que font ces femmes, mais ce faisant, ils oublient que la décriminalisation ne rendra pas les activités des prostituées plus sécuritaires. Par exemple, celles qui travaillent dans la rue n’iront pas forcément s’installer dans des maisons closes. Certaines ne seront pas choisies par les propriétaires des lieux parce qu’elles sont droguées ou trop poquées. Elles resteront ainsi à la merci des clients. »

 

Julie Miville-Dechêne estime que les astres semblent s’aligner en faveur de la position de son organisme. Elle rappelle que le ministre de la Justice, Peter MacKay, a manifesté un intérêt pour le modèle suédois, et il n’est pas le seul. La France a emboîté le pas au pays scandinave. En décembre dernier, les députés de l’Hexagone ont adopté un projet de loi qui pénalise les clients des prostituées.

 

Crimes d’honneur

 

Il y a quelques mois, le Conseil du statut de la femme a dévoilé une étude sur les crimes d’honneur commandée par le gouvernement du Québec dans la foulée de l’affaire Shafia. On y documente 17 cas de crimes d’honneur recensés au Canada depuis 1991. Au terme de son analyse, le Conseil recommande entre autres au gouvernement de concevoir une politique nationale de lutte contre les violences basées sur l’honneur, ainsi que de réviser la Loi sur la protection de la jeunesse pour tenir compte des risques particuliers associés à ces crimes.

 

Julie Miville-Dechêne s’active maintenant à donner suite à cet avis en démystifiant les crimes d’honneur auprès des intervenants du milieu de la santé et des services sociaux. « Je leur explique les mécanismes qui sous-tendent ces pratiques,dit-elle. C’est nécessaire de bien les saisir pour mieux intervenir. Par exemple, il ne faut pas confondre ces pratiques avec la violence conjugale ou ignorer que la famille de la victime est souvent complice. C’est aussi trop facile, voire injuste, de lier les crimes d’honneur à la religion, particulièrement l’islam. La preuve est que ces agressions sont aussi commises au sein des communautés chrétiennes très conservatrices. Ces violences sont plutôt issues de cultures patriarcales, où l’on contrôle socialement et sexuellement les filles et les femmes. »

 

Charte des valeurs : une position unanime

 

Le Conseil du statut de la femme sort d’une période houleuse. À l’automne, Julie Miville-Dechêne a accusé le gouvernement péquiste d’ingérence quand celui-ci a nommé quatre membres se positionnant pour la Charte des valeurs au sein du Conseil. « Ç’a été un moment difficile, mais je l’assume, et les choses vont beaucoup mieux aujourd’hui », observe la présidente.

 

Le 3 mars dernier, devant l’imminence du déclenchement des élections et dans l’impossibilité d’être entendu en commission parlementaire, le Conseil a mis en ligne son mémoire sur le projet de loi 60. À l’unanimité, les membres appuient ce document qui adhère aux grands principes de la charte. À propos des signes religieux ostentatoires, le Conseil est d’avis « [que l’interdiction] devrait se limiter au personnel des écoles primaires et secondaires et au personnel des tribunaux, en plus des corps d’emplois visés par le rapport Bouchard-Taylor » et « que le consensus social et politique n’est pas suffisant en ce moment au Québec pour étendre davantage une telle interdiction ».