Non, l’égalité homme-femme n’est pas acquise !

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
La majorité des proches aidants sont des femmes. Elles vivent plus longtemps que les hommes et vieillissent plus souvent seules.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La majorité des proches aidants sont des femmes. Elles vivent plus longtemps que les hommes et vieillissent plus souvent seules.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

La présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Alexa Conradi, déplore le discours ambiant qui véhicule que l’égalité est atteinte au Québec, alors qu’il reste encore un bon bout de chemin à parcourir avant de pouvoir crier victoire.

Pour la présidente de la FFQ, en poste depuis 2009, les différents gouvernements provinciaux, autant libéraux que péquistes, ont beau répéter haut et fort leur désir d’une égalité entre les femmes et les hommes, la vaste majorité de leurs programmes ne refléteraient pas cette volonté. « Qu’on regarde les programmes économiques, éducatifs, ou en santé, ils ne parlent jamais de cette égalité à atteindre. Il y a une absence de réflexion sur le fait que les femmes continuent à être pénalisées par les inégalités. »

 

Autonomie! Quelle autonomie?

 

Madame Conradi cite en exemple le récent programme de l’assurance autonomie, qui permet aux personnes en perte d’autonomie de choisir leur lieu de vie et les services qu’elles reçoivent. La majorité des proches aidants sont des femmes, rappelle la présidente de la FFQ. Elles vivent plus longtemps que les hommes, et vieillissent alors plus souvent seules. Ce sont donc elles qui reçoivent et qui fournissent les services d’aide liés à l’assurance autonomie. Pourtant, il n’y a pas de mention de l’enjeu de l’égalité dans cette politique, déplore la présidente. « Ni la FFQ ni le Conseil du statut de la femme n’ont été appelés en commission parlementaire pour en discuter. »

 

Dans les discussions sur les systèmes de retraite, notamment avec la récente publication du rapport D’Amours, nulle mention non plus de la place des femmes. « Les femmes gagnent 59 % des revenus des hommes, mais aucune réflexion dans ce rapport n’a été faite sur une façon de s’assurer que les femmes gagnent plus de revenus à la retraite. »

 

Dans un même ordre d’idée, madame Conradi souligne qu’un article paru la semaine dernière dans La Presse révélait que sur 20 ans, une femme avec un baccalauréat gagne moins qu’un homme avec un diplôme d’études secondaires…

 

Les inégalités ne sont pas toujours d’ordre économique, faut-il le souligner. Alexa Conradi rappelle, par exemple, que neuf victimes de meurtre conjugal sur dix sont encore des femmes. « Plusieurs femmes sont aussi victimes d’agressions sexuelles, même au sein d’une relation conjugale », ajoute madame Conradi.

 

« Il faut arrêter de nourrir l’idée que l’égalité est atteinte ! », répond madame Conradi lorsqu’on la questionne sur ses idées pour faire avancer cette égalité. « Il faut accepter collectivement que c’est faux. On a besoin que les gouvernements mettent en haut de leur liste de priorités l’atteinte de l’égalité homme-femme. Et qu’ils y pensent lorsqu’ils développent des politiques fiscales, de santé ou d’éducation. Hélas, ce n’est pas dans les moeurs actuelles. »

 

Réflexions des féministes québécoises

 

La présidente de la FFQ revient sur les États généraux de l’action et de l’analyse féministe, qui avaient lieu en novembre dernier et qui réunissaient plus de 1000 femmes du Québec.

 

Plusieurs propositions y étaient adoptées, qui pourront servir à guider le travail des féministes pour les prochaines années, estime Alexa Conradi. « C’est un peu le regard féministe sur un projet de société. »

 

Parmi ces propositions, on critique notamment les stéréotypes sexuels et sexistes dont sont toujours victimes les femmes, et la manière dont le corps des femmes sert encore à vendre des produits. « Les femmes [durant les États généraux] ont identifié un retour en force de ce genre d’images, de la petite enfance jusqu’à l’âge adulte, que ce soit dans les jouets, les livres, la musique, les publicités. Cela devient un enjeu important pour le mouvement des femmes », explique la présidente.

 

Reconnaissance de la diversité

 

Un des autres sujets abordés durant les États généraux était la reconnaissance de la diversité du féminisme (noir ou autochtone, par exemple) et de ses tactiques. Cette approche au sein de la FFQ est-elle critiquée par certaines féministes ? Alexa Conradi croit au contraire qu’il y avait presque unanimité durant les États généraux sur ces approches intersectionnelles. « Il est vrai que certains courants féministes sont moins à l’aise avec cette approche, reconnaît madame Conradi, mais dans la perspective dans laquelle travaille la FFQ, il faut s’assurer de ne laisser aucune femme derrière au nom du projet féministe. Si cela veut dire être sensible à différentes formes d’oppression, c’est plutôt une fierté. »

 

La présidente de la Fédération croit aussi que cette approche colle à la réalité des jeunes féministes, très actives sur les réseaux sociaux et dans les débats publics. Elle ne se soucie donc guère de la relève féministe, bien présente selon elle. Les récentes discussions autour de la charte, notamment, ont aussi permis de débattre plus que jamais du féminisme et de ses différents courants, ce qui est très sain, croit Alexa Conradi.

 

La Fédération des femmes du Québec rassemble environ 200 organisations et 700 membres à titre individuel. Ce n’est évidemment qu’une goutte d’eau dans l’ensemble des femmes québécoises, mais la présidente de la FFQ estime que son organisation représente bien les réseaux de féministes actives. « Nous espérons que notre vision touche toutes les femmes. Mais nous savons aussi que nous adoptons parfois des points de vue plus minoritaires, qui reflètent néanmoins les réflexions féministes de notre époque. Et dans l’histoire du féminisme, il arrive régulièrement que les organisations soient en parfaite phase avec les femmes, et que d’autres fois, elles ne le soient pas. C’est typique des mouvements féministes », conclut la présidente de la FFQ.