La rue Saint-Denis sur la touche

L’une des artères les plus animées du Plateau-Mont-Royal est en perte de vitesse sur le plan commercial. De nombreuses boutiques pionnières de la rue Saint-Denis ont dû fermer leurs portes à cause des loyers élevés et du manque de clientèle.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’une des artères les plus animées du Plateau-Mont-Royal est en perte de vitesse sur le plan commercial. De nombreuses boutiques pionnières de la rue Saint-Denis ont dû fermer leurs portes à cause des loyers élevés et du manque de clientèle.

«La situation est sérieuse », concède Joël Pourbaix. Cette déclaration pèse lourd dans la bouche du nouveau directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Pignons rue Saint-Denis, créée il y a seulement trois ans. Le mot d’ordre parmi les commerçants est de ne pas trop ébruiter les problèmes. On commence à saisir l’ampleur de la situation. « Ça ne va pas bien. Même les restos les plus connus, comme L’Express et Le Continental, sont parfois déserts le midi », a soutenu un propriétaire qui a requis l’anonymat.

 

Pionniers de l’artère principale du Plateau, les boutiques Arthur Quentin, Zone, Georges Laoun opticien, la librairie Ulysse et les fleuristes Marcel Proust et Fauchois tiennent le fort, souvent parce qu’ils sont propriétaires. Mais d’autres, faute de clients ou étranglés par des loyers exorbitants, sont tombés au front. Bleu Nuit, Départ en mer, l’Essence du papier et le vendeur de chaussures Sena, notamment, ont plié bagage. La bannière Bedo a fermé boutique, et celle de Mexx, en sérieuse difficulté au Québec, s’apprêterait à quitter le prestigieux immeuble de la banque située à l’angle de Rachel et Saint-Denis. Selon nos sources, Le Continental, une icône du Plateau, est à la recherche d’un acheteur.

 

Pour la jeune SDC de la rue Saint-Denis, il est urgent de stopper l’hémorragie. « Ce n’est pas un cycle. Des tendances lourdes sont en cause : la baisse démographique à Montréal, la montée du commerce électronique et le manque de relève chez les commerçants », diagnostique M. Pourbaix. Un coup de sonde réalisé l’été dernier démontre que les banlieusards fréquentent moins l’artère. « La concurrence était moins grande il y a 15 ans. Mais on reste quand même une rue de destination, pas seulement de quartier. On doit voir ces locaux vacants comme une occasion de se renouveler et de développer de nouveaux créneaux comme l’alimentation fine, l’artisanat et la mode », dit-il.

 

Des commerçants plus amers accusent carrément l’arrondissement et la Ville d’être indifférents à leur sort. « Il faut arrêter de mettre notre problème sur le dos des banlieues, dit l’un d’entre eux. On a des pinottes pour acheter quelques décorations de Noël. Si la rue tombe, c’est tout le Plateau qui va être malade. La ville centre doit aussi investir. Il y a une vie en dehors du Quartier des spectacles ! » La SDC, qui regroupe 300 commerçants entre Roy et Gilford, prévoit de déployer un plan d’illumination des bâtiments d’ici la fin de l’année et annoncer un nouvel événement culturel dès ce printemps.

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NDLR: Une modification a été apportée à ce texte après la mise en ligne.