Le Québec a finalement sa politique de lutte contre l’itinérance

Après des années d’attente, Québec a dévoilé jeudi sa politique nationale de lutte contre l’itinérance intitulée «Ensemble, pour éviter la rue et en sortir». Un projet fait de principes et d’engagements qui est bien accueilli par les acteurs du milieu.
Photo: - Le Devoir Après des années d’attente, Québec a dévoilé jeudi sa politique nationale de lutte contre l’itinérance intitulée «Ensemble, pour éviter la rue et en sortir». Un projet fait de principes et d’engagements qui est bien accueilli par les acteurs du milieu.

On n’y trouve pas d’argent supplémentaire pour l’instant, mais des engagements et des principes qui lient 13 ministères et qui lieront aussi les gouvernements à venir. Attendue depuis huit ans par les organismes qui combattent l’itinérance sur le terrain, la politique nationale de lutte contre l’itinérance a été dévoilée jeudi à Montréal par la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon.

 

Des principes, donc, mais qui en ont réjoui plusieurs. La politique reconnaît par exemple des axes d’intervention prioritaires en itinérance : l’accès au logement, aux services de santé et aux services sociaux, au revenu, à l’éducation, l’insertion sociale et socioprofessionnelle, la cohabitation et les enjeux liés à la judiciarisation.

 

« Je suis content qu’ils reconnaissent le droit au logement. Ça n’est même pas un droit inscrit dans la Charte des droits de la personne », disait François Saillant, du Front d’action populaire en réaménagement urbain, au terme de la présentation du ministre.

 

Sur le plan de la santé et des services sociaux, la ministre a avancé qu’il faut que les services se rendent à la personne plutôt que d’amener la personne à l’hôpital. C’est d’ailleurs ce que font les psychiatres de rue du projet PRISM, qui sera par ailleurs reconduit, annonce la ministre. En général, la ministre promet aussi de s’attaquer aux embûches administratives en ce qui a trait entre autres à la perception des chèques d’aide sociale.

 

Un plan d’action après les élections ?

 

Les nouvelles ressources qui doivent être liées à la politique de lutte contre l’itinérance restent à venir. Elles feront l’objet d’un plan d’action « dans les prochains mois », soit vraisemblablement après les élections. Le gouvernement s’attardera également à quantifier l’itinérance au Québec, pour laquelle les dernières données remontent à la fin des années 1990.

 

Dans le cadre du dernier budget, le gouvernement Marois avait déjà annoncé la construction de 3250 logements sociaux dans la prochaine année, dont 500 attribués spécifiquement à l’itinérance. 45 % de ces logements seront construits à Montréal. Un nouveau budget de 6 millions était quant à lui dédié à l’itinérance comme telle.

 

La politique a été généralement très bien accueillie par les groupes communautaires, qui ont d’ailleurs participé à son élaboration. « Dans l’ensemble, on est satisfait », disait jeudi Pierre Gaudreau, coordonnateur du Réseau aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

 

Lacunes

 

Éric Latimer, économiste de la santé qui enseigne au Département de psychiatrie de l’Université McGill, ne partage pourtant pas cet avis. « Si on se limite à ces orientations générales, dit-il, les progrès seront insignifiants. »

 

Selon M. Latimer, il manque plusieurs choses à la politique avancée par Québec. D’abord, il faudrait assurer un suivi quantitatif des personnes itinérantes tous les deux, trois ou quatre ans pour s’assurer du succès des politiques, croit-il. « Cela se fait à Vancouver, Toronto et Calgary », dit-il. M. Latimer est par ailleurs un grand défenseur des projets de type « Chez soi », par lesquels les personnes sans-abri sont logées dans des appartements privés et ont accès à un encadrement externe.

 

« Les itinérants veulent avoir des logements normaux », dit-il.

 

Pour sa part, la ministre Hivon a salué les avantages du projet « Chez soi », mais a ajouté que ce n’était « pas la seule façon de sortir les gens de la rue ».

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