L’itinérance frappe parmi les vétérans de l’armée canadienne

Le ministère des Anciens Combattants a à ce jour réussi à localiser 250 vétérans qui vivaient dans les rues. Plusieurs sont en choc post-traumatique, ou présentent des signes de dépression.
Photo: La Presse canadienne (photo) Murray Brewste Le ministère des Anciens Combattants a à ce jour réussi à localiser 250 vétérans qui vivaient dans les rues. Plusieurs sont en choc post-traumatique, ou présentent des signes de dépression.

Ils ont souvent vécu le front, les baraquements, la guerre. Plusieurs ne s’en sont pas remis. Depuis quelques années, le ministère des Anciens Combattants a fini par admettre que l’itinérance constituait un problème parmi les vétérans des Forces armées à travers le Canada.

 

Sous les pressions de l’ombudsman des vétérans, le ministère a mis en place certains programmes pour tenter de rejoindre ces anciens combattants dans les rues des grandes villes du Canada.

 

À ce jour, ils ont réussi à localiser 250 vétérans qui vivaient dans la rue à travers le Canada, dont 50 à Montréal, raconte Robert Cormier, le directeur du district de Montréal des Anciens Combattants du Canada. « Ce sont les données sur le nombre de personnes qu’on a identifiées et à qui on a réussi à venir en aide, dit-il. Mais ce n’est sûrement pas représentatif du nombre de vétérans sans-abri dans la rue au Canada. » Les programmes ne peuvent en effet rejoindre que les gens « qui s’identifient comme anciens vétérans et qui acceptent qu’on les aide », ajoute-t-il.

 

« Certains ont servi outremer dans des zones comme l’Afghanistan et la Bosnie, d’autres sont restés au Canada et ont servi dans les Forces canadiennes, poursuit-il. C’est sûr qu’il y en a une bonne proportion qui souffre effectivement de choc post-traumatique ou de problèmes de dépression. »

 

Les vétérans itinérants que les Anciens Combattants ont aidés ont de la mi-trentaine à la mi-cinquantaine. « Il y en a qui ont plus de 55ans », dit Robert Cormier. Plusieurs ont des problèmes de santé mentale et tentent de s’automédicamenter et développent des problèmes de toxicomanie, explique-t-il. « Ce sont des gens qui ont des réseaux sociaux très limités, même éclatés, et peu de soutien familial. »

 

Population à risque

 

En 2011, Susan Ray, de l’Université Western Ontario, a fait une étude sur la présence de vétérans parmi les itinérants du Canada. Avec son équipe, elle a rencontré 54 vétérans âgés de plus de 50 ans. « Dans l’armée, leur vie était très structurée, dit-elle. Lorsqu’ils ont quitté l’armée, ils n’avaient pas les compétences pour faire un budget, par exemple. »

 

L’échantillon de Susan Ray, qui exclut les militaires plus jeunes qui ont vécu les conflits de l’Afghanistan ou de la Somalie par exemple, comptait plusieurs militaires qui avaient déjà des problèmes de consommation d’alcool avant et pendant qu’ils étaient dans l’armée.

 

Depuis quelques années, le ministère des Anciens Combattants a en effet mis sur pied différents mécanismes de dépistage des problèmes que peuvent rencontrer des militaires libérés. « Aujourd’hui, avant qu’il soit libéré, le militaire doit rencontrer quelqu’un du ministère des Anciens Combattants pour une entrevue », dit Robert Cormier.

 

Le programme du ministère des Anciens Combattants prévoit l’accès à des services psychiatriques ou de psychothérapie, de l’aide pour la reprise d’un travail et un accompagnement en travail social.

 

Si le vétéran souffre d’une invalidité liée à son service militaire, il peut avoir accès à une pension d’invalidité. Lorsqu’elle est accordée à 100 %, cette pension peut atteindre 300 000 $.

 

« La plupart des vétérans itinérants avec qui on travaille n’avaient pas fait de demande antérieure, et n’avaient pas demandé de services au ministère », dit Robert Cormier. Certains sont sortis de la rue, d’autres y sont encore.

 

Susan Ray croit quant à elle que les services actuels sont insuffisants. Il n’existe pas de statistiques sur la présence de vétérans parmi les itinérants du Canada. Aux États-Unis, par contre, on sait qu’ils représentent 26 % des itinérants alors qu’ils ne forment que 11 % de la population mâle. Dans des pays comme l’Australie ou la Grande-Bretagne, ils forment autour de 3 % des itinérants. « Je crois que la situation du Canada doit ressembler à celles de l’Australie et de la Grande-Bretagne, dit Ray. Parce que, si on compare avec les États-Unis, on compte moins de personnes dans l’armée. »

 

La politique nationale sur l’itinérance sera dévoilée le gouvernement du Québec ce jeudi.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 février 2014 03 h 24

    Rien de neuf...

    Il n'y a rien de neuf sous la pluie...
    Dans les années soixante soixante-dix, à Montréal, coin Saint-André et Ontario, il y avait une personne handicapée, cul-de jatte disait-on, qui tendait la main du soir au matin et en toute saisons. Avec une grosse paire de bretelles, il s'attelait à une planche de bois assez épaisse, qui en quelque sort lui servait à isoler son bassin du sol et se déplaçait en plaquant sur le troittoir deux poids à balance qu'il tenait en main (pour l'anecdote, je me souviens qu'il avait toute une paire de bras...).
    Avec mon père, nous ne passions jamais devant lui sans lui donner trois sous et lui dire quelques mots. D'évidence, je voyais que mon paternel le connaissait depuis longtemps.
    Un jour que je le questionnais sur cet homme qui me paraissait un peu sombre, il m'avait dit que lui aussi avait fait la guerre et qu'il y avait laissé ses deux jambes et un peu de sa tête... En raison de quoi, faute de pouvoir mieux faire, il fallait l'aider comme on pouvait et surtout, veiller à ce que personne n'abuse de lui.
    Comme quoi, rien de neuf sous la pluie.
    Pourquoi la pluie ?
    Simplement parce que mon m'avait alors dit, ce jour-là, qu'il pleuvait toujours plus sur ceux qui étaient déjà trop mouillés...
    Collectivement, ne devons-nous pas souvent beaucoup à des gens dont nous ignorons tout ?
    Bonne journée, ou soirée ?, à tous. Et merci de m'avoir lu.

  • France Marcotte - Inscrite 27 février 2014 08 h 54

    Qui sont ceux qui entrent dans l'armée?

    «L’échantillon de Susan Ray comptait plusieurs militaires qui avaient déjà des problèmes de consommation d’alcool avant et pendant qu’ils étaient dans l’armée.»

    Qu'est-ce qui motive ceux qui entrent dans l'armée? Le goût de servir le Canada dans les conflits, d'exercer un métier qu'ils choisissent ou simplement le dépit?

    En tout cas je ne crois pas qu'on y rencontre souvent des enfants de ministre.

    • Yves Côté - Abonné 27 février 2014 15 h 11

      Les enfants de ministres devraient avoir l'obligation de s'enrôler...
      Cela diminuerait sans doute les velléités guerrières de plus d'un gouvernement dans le monde.

    • Peter Kavanagh - Inscrit 27 février 2014 15 h 47

      Chere madame,
      Pour avoir passé 25 ans dans les Forces Armées, je peux vous dire que ceux qui joignent les Forces le font pour différentes raisons mais certainement pas par dépit. Le gout de l'aventure, l'envie de voyager, defis personnel, apprendre un metier figure parmi ces raisons. J'y ai rencontré des universitaires et d'autres qui n'avaient pas completé leur secondaire et puis oui, j'y ai connu un fils de ministre et meme un fils de senateur. Je peux comprendre que comme quebecoise, vous ayez peu d'estime et de respect pour les militaires, on le ressent d'ailleurs dans votre commentaire. C'est courant dans la belle province. Pour ce qui est de probleme de consomation d'alcool, il n'y en a pas plus dans le militaire que dans le civile et pour ce qui est des drogues douces ou dures, le monde civile l'emporte largement.

    • Yves Côté - Abonné 28 février 2014 03 h 39

      Monsieur Kavanagh, je partage votre point de vue.
      Sauf lorsque vous annoncez gratuitement "Je peux comprendre que comme quebecoise, vous ayez peu d'estime et de respect pour les militaires, on le ressent d'ailleurs dans votre commentaire."
      Monsieur, vous vous enfermez dans un préjugé canadien facile à manier et largement usé. Que Madame Marcotte soit antimilitariste ou pas, je n'en sais rien puisque je ne la connais ni d'Adam, ni d'Eve. D'ailleurs, à lire souvent ses commentaires, je mesure bien qu'elle soit suffisament outillée pour le faire elle-même si elle en juge utile...
      Est-ce par aveuglement ou par stratégie politique que vous rebâchez ce stéréotype raciste?, je ne peux ici en juger.
      Toutefois, à moins bien sûr que vous n'assumiez ses fondements, en quel cas la demande qui suit ne servira à rien, je vous invite à réfléchir sur l'histoire des Québécois sans prendre pour acquise une telle idée discriminatoire.
      Puisqu'il semble utile ici de vous le préciser, d'être contre l'obligation donnée à tous de se battre (conscription) n'est pas la même chose que de refuser de faire son devoir... Ainsi que les chiffres officiels du gouvernement du Canada le montrent d'eux-mêmes, je peux aussi en témoigner par l'expérience familiale que l'idée de choisir pour sa propre personne le risque de mourir pour une juste cause n'est pas antinomique avec celle de refuser qu'on oblige Pierre ou Paul à faire comme soi-même.
      En toute camaraderie, je vous incite à participer à la compréhension des choses réelles plutôt qu'au colportage de ce type d'idée nauséabonde qui ne sert qu'à une stigmatisation répétitive des Québécois.
      Québécois dont vous faites peut-être partie d'ailleurs ?...
      Salutations Monsieur.