Ville intelligente, citadin stupide?

«Montréal intelligent, c’est l’antidote à et au cynisme ambiant» —  Denis Coderre
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir «Montréal intelligent, c’est l’antidote à et au cynisme ambiant» —  Denis Coderre

Tout comme pour le téléphone, la question va finir par se poser : une ville dite intelligente risque-t-elle, à l’usage, de conduire ses habitants sur le chemin de la stupidité ? « Cela va dépendre de l’intelligence que l’on va mettre dedans », répond avec philosophie Stéphane Roche, professeur de géomatique et penseur de cette modernité urbaine.

 

Le portrait de cette ville fantasmée par le présent n’est pas très clair. Mais il est aussi soutenu actuellement par des politiciens en mal de solutions simples à des problèmes complexes, certes, mais également par de grands joueurs du monde de l’informatique, comme les Google, Cisco, IBM, Dell et d’autres dont les intentions commerciales derrière l’avènement des villes connectées pourraient, croient plusieurs aujourd’hui, ne pas toujours être profitables aux citadins dont on cherche pourtant à améliorer le cadre de vie.

 

La crainte coule de source dans un présent marqué par des révélations en rafales sur l’espionnage sournois des citoyens par les gouvernements et par les nouveaux potentiels de contrôle social induit par la numérisation des rapports humains. C’est que pour prévoir le déplacement des citadins, pour anticiper leurs besoins, pour gérer l’efficacité, la ville intelligente va devoir enregistrer chaque pas, chaque déplacement et, qui plus est, enregistrer et conserver ces informations sur des serveurs, sans doute privés, avec à la clef, des questions importantes sur le respect de la vie privée, mais également sur la propriété des données produites. « La confiance dans les gens qui gouvernent va être cruciale », résume Marie-Andrée Doran, spécialiste des villes intelligentes à l’Université Laval. « Une ville intelligente va devoir servir le citoyen, pas l’inverse. »

 

La prémisse est inspirante, tout en lustrant le mythe avec une bonne dose d’humanisme. Elle « replace le citoyen au coeur du débat » sur cette révolution urbaine, se réjouit le géomaticien Stéphane Roche, de l’Université Laval, tout en évoquant le besoin pour ce citoyen d’être « actif », « informé » et « engagé » dans pareille structure. « Depuis toujours, les organisations humaines, publiques ou privées, utilisent les innovations pour affirmer leur pouvoir, dit-il. Dans la ville intelligente, cette logique va encore être là et du coup, sa passivité, le citoyen pourrait la payer cher. » Après tout, la donnée numérique étant binaire, l’utopie qu’elle construit ne peut qu’être accompagnée de son contraire : une dystopie dans laquelle la ville intelligente pourrait aussi tomber.

2 commentaires
  • Yves Ouellette - Abonné 22 février 2014 07 h 16

    Place aux citoyens

    Il est important que le client (citoyen) soit au centre de ce changement. Que les livrables soient pensés pour son bien. Donc des livrables utilisables et qui apportent une plus valu.

  • Gabriel Vergara Lara - Inscrit 22 février 2014 18 h 55

    Qui a le contrôle? qui aura le contrôle?

    "Mais le plus extraordinaire se produira quand on n’aura plus besoin du contrôle policier car chaque citoyen sera une personne décidée, protégeant les autres des mensonges qu’un terroriste idéologique pourrait leur inculquer. Ces défenseurs auront une telle responsabilité sociale, qu’ils se précipiteront vers les moyens de communication où ils trouveront un accueil immédiat, pour alerter la population ; ils écriront de brillantes études qui seront aussitôt publiées ; ils organiseront des forums dans lesquels des faiseurs d’opinion très cultivés, éclairciront toute personne non avertie et qui pourrait être encore à la merci des forces obscures du dirigisme économique, de l’autoritarisme, de l’anti-démocratie et du fanatisme religieux. Il ne sera même pas nécessaire de poursuivre les perturbateurs car, avec un système de diffusion aussi performant, personne ne voudra s’approcher d’eux, pour ne pas être contaminé. Dans le pire des cas, on les “déprogrammera” avec efficacité, et ils remercieront publiquement pour leur réinsertion et pour les bénéfices obtenus en reconnaissant les bienfaits de la liberté. Pour leur part, ces défenseurs zélés, s’ils ne sont pas spécialement envoyés pour accomplir cette importante mission, seront des gens ordinaires qui pourront ainsi sortir de l’anonymat, être reconnus socialement pour leur qualité morale, signer des autographes et, dans la logique des choses, recevoir une rétribution méritée"
    Source: Silo: Lettres a mes amis. premiere lettre.