Le contexte socioéconomique est «défavorable» au gaz de schiste

«C’est un rapport de mise en garde qui établit des faits scientifiques pas aussi inquiétants que ce qu’on a bien voulu croire, mais qui met en relief le fait que l’acceptabilité sociale n’est pas là», a résumé le ministre Yves-François Blanchet.
Photo: Michaël Monnier - Archives Le Devoir «C’est un rapport de mise en garde qui établit des faits scientifiques pas aussi inquiétants que ce qu’on a bien voulu croire, mais qui met en relief le fait que l’acceptabilité sociale n’est pas là», a résumé le ministre Yves-François Blanchet.

Compte tenu du prix du gaz naturel sur le marché nord-américain, du niveau des redevances en place et de l’inclusion du carbone dans les coûts, le contexte «n’est pas favorable au développement» du gaz de schiste au Québec, conclut le Comité de l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur cette filière énergétique.

 

Il s’agit de l’un des constats figurant dans un rapport de près de 300 pages rendu public lundi en fin de journée par le ministère de l’Environnement, à la veille du début des consultations sur le projet de loi interdisant certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste.

 

Les auteurs du document daté de janvier 2014 préviennent également que l’exploitation «à grande échelle» de cette filière énergétique pourrait «affecter considérablement» le bilan du Québec en matière de qualité de l’air et «compromettre l’atteinte des cibles de réduction» des gaz à effet de serre (GES).

 

«C’est un rapport de mise en garde qui établit des faits scientifiques pas aussi inquiétants que ce qu’on a bien voulu croire, mais qui met en relief le fait que l’acceptabilité sociale n’est pas là», a résumé le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet en entrevue lundi soir.

 

Le rapport, qui brosse une synthèse de 73 études, relève également que, «de façon générale, les composés les plus fréquemment utilisés dans la fracturation hydraulique se sont révélés pour la plupart relativement peu toxiques», mais que trois additifs chimiques présentent néanmoins «un potentiel à la fois de persistance, de bioaccumulation et de toxicité».

 

Dans le contexte actuel, la question de fond est la fracturation hydraulique — technique employée non seulement pour l’extraction du gaz de schiste, mais aussi pour celle du pétrole de schiste, comme celui que le gouvernement Marois espère trouver dans le sous-sol de l’île d’Anticosti —, selon André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. «Au-delà des gaz de schiste, dont on n’a pas besoin parce qu’on peut produire du gaz de toutes sortes de façons, la question importante, c’est ce qu’on sait sur cette technique», a exposé M. Bélisle. «On reconnaît qu’il y a des problèmes, mais on tente de les minimiser, a-t-il dénoncé. On nous dit que tout va bien, que tout est beau, eh bien non. Nous, on peut vous fournir beaucoup plus de rapports qui démontrent qu’il y en a des problèmes. La fracturation hydraulique empoisonne l’eau.»

 

La question de la gouvernance de l’industrie a également été étudiée dans le cadre de l’EES, et quelques-uns des constats donnent des munitions aux citoyens qui dénonçaient son attitude parfois cavalière. «En matière de pratiques responsables, l’industrie du gaz de schiste accuse un net retard par rapport aux entreprises chefs de file des secteurs minier, pétrolier et chimique», peut-on lire dans le document. «Gérés dans le secret, les contrats individuels ont dans plusieurs cas fragilisé la cohésion sociale et même divisé des communautés, mais aussi réduit le niveau de confiance au sein des populations concernées», ont en outre conclu les auteurs.

 

Le dépôt de ce rapport ouvre la voie à la tenue d’une seconde consultation publique du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur le gaz de schiste, qui doit se mettre en branle le 31 mars 2014.


Par Mélanie Marquis

25 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 18 février 2014 00 h 56

    le méthane, un gaz rare?

    Le CH4 (méthane) n'est pas un gaz rare. Certes, on peut faire du méthane (ou gaz de schiste, gaz naturel) avec nos résidus verts ou bruns par la décomposition dans un digesteur à méthane : facile tant à la ferme avec le purin qu'au chalet avec la fosse sceptique qu'en ville afin d'envoyer des eau moins usées à l'égout et chauffer l'immeuble.

    Dans le contexte de l’inclusion du carbone dans les coûts, de tels projets réduisant l'émission de GES peuvent rapporter gros sur le dos d'industries polluantes.

    Nous courrons actuellement un risque avec le réchauffement de la planète : nous avons beaucoup de méthane enfoui dans la neige au nord du Québec, qu'on peut laisser s'échapper dans l'air. Ou qu'on pourrait, probablement à plus faible cout que la fracturation, récupérer en collectant en même temps des crédits-carbone.

    L'enjeu ici sur lequel le m.d.d.e.f.p. et le m.r.n. devraient se porter est de choisir entre une production qui réduit un risque ou qui peut en causer un.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 février 2014 07 h 16

      Et le méthane dont parle Guillaume BB pourrait être qualifié de VRAI gaz naturel.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 18 février 2014 08 h 04

      M. Labranche,

      Cette désinformation est un peu usée. Recyclez-vous, svp.

    • Pierre Vincent - Inscrit 18 février 2014 08 h 16

      Bien d'accord avec la première partie de votre commentaire, sur la bio-méthanisation, notamment, qui est coûteuse mais durable. Toutefois, pour ce qui est du méthane enfoui dans la neige, je pense que vous voulez plutôt parler du méthane qui se trouve dans le pergélisol nordique et qui serait libéré par la fonte éventuelle du pergélisol en raison du réchauffement climatique. Et pour ce qui est de le capter, bonne chance, ce serait très compliqué et surtout, peu rentable étant donné la distance par rapport aux marchés du Sud, n'est-ce pas...

  • Carole Dionne - Inscrite 18 février 2014 01 h 02

    Un show de boucane

    C'est ce que veut faire croire Mme Marois avant les élections, en pensant que plusieurs souverainistes vont suivre le PQ les yeux fermés. Elle a peut-être raison, les québcois suivent...

    • Guy Vanier - Inscrit 18 février 2014 10 h 08

      Mlle Carole Dionne,

      s'il vous plait ne pas utiliser mon expression favorite <Un show de boucane> contre Mme Marois.....LOL
      je crois que les Québecois (es) vont surtout voter pour le PQ en ayant les yeux grands ouverts sur couillard et sa bande de comiques....

  • Mario Leroux - Inscrit 18 février 2014 02 h 05

    Mise en garde

    A bon entendeur,salut!

  • Albert Labranche - Inscrit 18 février 2014 03 h 35

    Ca me rappelle

    L'ouverture du Manoir Richelieu. Travail 12 mois par année.
    «Gérés dans le secret, les contrats individuels ont dans plusieurs cas fragilisé la cohésion sociale et même divisé des communautés, mais aussi réduit le niveau de confiance au sein des populations concernées», ont en outre conclu les auteurs.

  • Albert Labranche - Inscrit 18 février 2014 04 h 05

    A quel nord-amériacain

    Se réfere le rapport?

    <<Compte tenu du prix du gaz naturel sur le marché nord-américain>>

    2.50 du MMBTU en 2012 a presque 8.00 en Fev 2014.
    La purete du gaz des basses terres du ST-Laurent mérite une surprime de 2.00 du MMBTU

    Que vont penser ceux qui investissent des miliards et la création de centaine de milliers d'emplois, qu'ils font tout cela pour rien?

    • Yvan Dutil - Inscrit 18 février 2014 07 h 03

      Je ne sais pas d'où vous tenez vos chiffres. Le Henry Hub était à 6,35 la semaine passée. Mais, c'est uniquement en raison de la pointe hivernale.