Sébaste: des centres jeunesse à la rue

Sébaste pourrait se trouver un emploi, mais il a du mal à sortir de la judiciarisation.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Sébaste pourrait se trouver un emploi, mais il a du mal à sortir de la judiciarisation.

Même à dix heures du matin, il fait sombre dans l’entrée du métro Bonaventure, où Sébaste est assis avec sa chienne Sappy. Une façon comme une autre de se faire oublier, de la police entre autres, puisqu’il est mieux connu dans d’autres stations de métro. Autour de lui, des ombres circulent, le visage gris. Quand on y regarde bien, ils sont des dizaines d’itinérants à hanter ainsi le métro Bonaventure, à tourner en rond comme des âmes en peine.

 

Sébaste a vécu ses premiers épisodes d’itinérance alors qu’il fuguait des centres jeunesse, où il avait été placé à cause d’épisodes de délinquance, « vols d’autos, introductions par effraction », se souvient-il. « J’étais trop tannant. J’avais trop besoin de liberté. »

 

Les centres jeunesse, Sébaste, qui a aujourd’hui 23 ans, en parle comme on parle d’une prison. Il y a eu du « temps ferme », dit-il, quand il a su qu’il ne pourrait pas retourner chez lui « après sa sentence », parce que ses parents ne voulaient pas le reprendre.

 

La première fois qu’il a fugué, il a volé une couverture sur une corde à linge pour dormir dans un champ. Puis, à Montréal, il a rencontré des punks qui lui ont donné des trucs pour survivre dans la rue : comment trouver des bouches d’air chaud, comment se procurer un sac de couchage, ou où trouver des toilettes ou des douches, au restaurant, à l’hôtel, ou même à l’hôpital… Depuis qu’il a quitté les centres jeunesse, à 18 ans, il dit qu’il n’a fait « rien pantoute ». Ce qui n’est pas tout à fait vrai.

 

De temps en temps, Sébaste se fait une blonde. De belles femmes, pleines d’allure, selon lui. « Je ne sors jamais avec des filles de la rue », dit-il. Il dit même avoir obtenu une formation de l’Association québécoise des transports et des routes, et a eu un appartement quelques mois. Mais il dit être régulièrement freiné dans ses démarches, entre autres à cause de séjours en prison. Pour avoir fait des graffitis, entre autres…

 

« La rue, c’est pas un endroit fréquentable. On y trouve des alcooliques, des psychiatrisés, des gens qui sont sur la flûte [pipes à crack] ou des junkies. C’est ça qu’on trouve dans la rue », résume-t-il. Pas vraiment d’amis.

 

« J’essaie de changer l’image des gens de la rue », dit-il. Ses cartes de l’AQTR pourraient lui permettre de travailler à la signalisation routière. Un emploi qui lui plairait, s’il arrivait à sortir de la judiciarisation et du cycle de la rue.

8 commentaires
  • Leclerc Éric - Inscrit 15 février 2014 12 h 48

    D'abord se prendre en mains

    Outre les évènements du passé (séjours en prison, etc...) qui ont entraîné la création d'un casier judiciaire, cet individu s'il réussi à prouver qu'il est PRÊT à changer son comportement avec suivis réguliers, avec un travailleur social ou toute autre professionnel et obtient la confiance d'un employeur pourrait avoir une vie «bien à lui», mais il ne doit pas replonger dans son passé et doit se créer un nouveau milieu social exempt de tous ceux et celles qui EUX, ne veulent pas «réorienter» leur avenir vers de meilleurs jours.

    • Michel Vallée - Inscrit 15 février 2014 20 h 33

      @Leclerc Éric

      Comme si votre moral serait une panacée pour résoudre le sort de cet enfant.

    • Leclerc Éric - Inscrit 16 février 2014 16 h 25

      @Michel Vallée, cher monsieur, si cet adulte de 23 ans n'arrive pas un jour "à jeun" à se regarder dans un miroir et se questionner sur ce qu'il veut vraiment faire de sa vie (à moins de vouloir sombrer à jamais dans l'itinérance) il aura des choix à faire pour «remonter la pente» qu'en pensez-vous?

  • Félix-Antoine Ebacher - Inscrit 16 février 2014 06 h 37

    Surtout, éviter la stigmatisation

    Il faut prendre en considération que les ressources - de qualité - se font de plus en plus rares. Beaucoup d'intervenants sociaux ont tendance à mettre tous leurs "usagers" dans le même bateau. Ce qui peut provoquer une intense colère chez ces gens qui en sont déjà imbibés depuis l'enfance, généralement. L'intervenant ne doit pas prendre ses insinuations pour des réalités, il doit prendre en considération que chaque individu est différent, unique. Beaucoup de "professionnels" s'adonnent autant que n'importe qui à la stigmatisation.

    Il ne faut pas oublier, non plus, que la rue est un cercle vicieux: l'itinérant à la recherche d'un loyer, se le fait refuser car il est dénué de revenus. Lorsqu'il va chercher du travail, il se fait claquer la porte au nez car il n'a pas d'adresse fixe, où simplement pas les moyens de "paraître convenable" devant les directeurs d'entreprises. Et avec le manque de ressources, en particulier, les difficultés d'accès à l'éducation, la réinsertion sociale est encore plus difficile.

    De plus, un jeune quitte la rue, on l'envoie travailler chez McDonald. Le patronat ultra-autoritaire et le travail à la chaîne, n'est pas du tout la bonne voie pour la réinsertion sociale: encore pire, cela en pousserait plusieurs à se révolter, et à retourner aux anciens vices.

    Combattre l'itinérance, de façon sérieuse et efficace, demande une réorganisation complète du système, où l'emphase doit être moins basée sur la valeur économique d'un citoyen, mais plutôt sur l'identité, l'exploitation des talents et des passions de l'individu.

  • Félix-Antoine Ebacher - Inscrit 16 février 2014 06 h 54

    Surtout éviter la stigmatisation

    Il faut prendre en considération que les ressources - de qualité - se font de plus en plus rares. Beaucoup d'intervenants sociaux ont tendance à mettre tous leurs "usagers" dans le même bateau. Ce qui peut provoquer une intense colère chez ces gens qui en sont déjà imbibés depuis l'enfance, généralement. L'intervenant ne doit pas prendre ses insinuations pour des réalités, des évidences. Il doit prendre en considération que chaque individu est différent, unique. Beaucoup de professionnels de la santé s'adonnent autant que n'importe qui à la stigmatisation.

    Il ne faut pas oublier, non plus, que la rue est un cercle vicieux: l'itinérant à la recherche d'un loyer, se le fait refusé car il est dénué de revenus. Lorsqu'il va se chercher du travail, il se fait claquer la porte au nez car il n'a pas d'adresse fixe, ou simplement pas les moyens de "paraître convenable" devant les directeurs d'entreprises. Et avec le manque de ressources, en particulier les difficultés d'accès à l'éducation, la réinsertion sociale est encore plus difficile.

    Exemple banal: un jeune quitte la rue, on l'envoie travailler chez McDonald. Le patronat ultra-autoritaire et le travail à la chaîne, ne sont pas la bonne voie pour la réinsertion sociale: encore pire, cela en pousserait plusieurs à se révolter, à retourner aux anciens vices.

    Combattre l'itinérance, d'une façon sérieuse et efficace, demande une réorganisation complète du système, où l'emphase doit être moins basée sur la valeur économique du citoyen, mais plutôt sur l'identité, l'exploitation des talents et des passions de l'individu.

    F. Ebacher

    • john fitzpatrick - Inscrit 16 février 2014 14 h 51

      « Le patronat ultra-autoritaire et le travail à la chaîne, ne sont pas la bonne voie pour la réinsertion sociale »

      Si le travail est bon pour les autres, pourquoi ne l'est-il pas pour un jeune comme Sébaste?

      Devrait-il avoir le loisir de ne pas se présenter au travail ou de faire à sa tête?

  • Manon Desylva - Inscrite 16 février 2014 09 h 46

    Prendre le problème à la source

    La source de ses difficultés est probablement la négligence parentale et/ou un enfant ayant un tempéramment plutôt difficile. Les jeunes qui se retrouvent à la rue ont vécu, selon moi, des difficultés dans leur milieu familial. Comme société, il faut mettre l'emphase sur la prévention, les CLSC ont un rôle à jouer. Mais ce n'est pas tout. il faut bien se le dire beaucoup de gens font des enfants sans en avoir les capacités. Ces parents sont à la recherche d'un rôle social, d'amour et ils croient que d'avoir des enfants va résoudre/combler leur vie.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 17 février 2014 07 h 41

      Combien vous avez raison! Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir.

      Vous avez raison, mais il y a pire...

      Voir une petite fille que son père caresse abusivement dans l'escalier roulant d'une pharmacie qui cherche votre regard d'un air suppliant. Vous vous dites qu'est-ce que je peux faire? Lui crier après? Le temps de réfléchir de changer de bord et de monter à votre tour, on dirait qu'ils ont disparu... Je me suis même informé. Qu'aurais-je pu faire d'autre? Les suivre de loin espérant arriver devant leur domicile et puis dénoncer? Est-ce qu'une telle démarche aurait porté fruit? Voir, sur une rame de métro un homme assis avec un petit garçon, peut-être même pas 5 ans, et qui le torture au limite du supportable, mais sans même qu'il pleure ou se rebiffe: un jeune homme les regarde avec un sourire troublant et là aussi je me dis qu'est-ce que je fais?

      Vous avez écrit "beaucoup de gens font des enfants sans en avoir les capacités. Ces parents sont à la recherche d'un rôle social, d'amour". C'est vrai, et parmi eux il y en a qui dérapent ensuite, mais il y a aussi des prédateurs qui recherchent une femme un peu perdue avec enfants, et qu'ils pourront abuser. Des hommes qui ont été abusés eux même physiquement ou sexuellement, et se disent que ce n'est pas si pire, ils en sont la preuve vivante, non? - de vrai dur à cuir, quoi. Dur de les débusquer, d'arrêter la roue de tourner...