Charte de la laïcité : les jeunes intimidés par le débat

Aucune des grandes associations étudiantes ne s’est prononcée et certaines n'ont même pas l'intention de le faire (sur notre photo, les trois leaders étudiants du printemps étudiant 2012, Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin)
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Aucune des grandes associations étudiantes ne s’est prononcée et certaines n'ont même pas l'intention de le faire (sur notre photo, les trois leaders étudiants du printemps étudiant 2012, Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin)
Les jeunes ne participent pas au débat sur la charte de la laïcité? C'est qu'ils sont intimidés par les plus vieux, ont déclaré au Devoir les ex-leaders étudiants qui ont fait le printemps 2012.

«Depuis le début, il y a eu toute une série de sorties publiques, comme celles de Guy Rocher et Jeannette Bertrand. Et ils ont tout à fait le droit. Mais ce sont des gens d'un certain âge qui ont utilisé leur expérience pour donner beaucoup de crédibilité à leurs propos et pour donner l'impression aux jeunes que leur opinion l'était moins», fait remarquer Gabriel Nadeau-Dubois, ex-porte-parole de la CLASSE. «C'est un sophisme d'autorité».

Cet automne, lors de son intervention sur la charte au Mégaphone de l'ONF, au Quartier des spectacles, des baby-boomers lui avaient fait la morale lors de la période de discussion. «Je m'étais fait dire “nous les baby-boomers, on a vécu la Révolution tranquille, on sait de quoi on parle et vous, vous n'êtes pas au courant. Vous devez nous écouter.”», note M. Nadeau-Dubois. «Les jeunes sont intimidés. Personne n'essaie de les faire taire volontairement, mais c'est l'impression que ça donne. Et ce n'est pas très invitant.»

À part celles des organisations comme le Jeune Barreau, les ailes jeunesse de partis politiques et de quelques jeunes intégrées à des groupes multigénérationnels, bien peu de voix de moins de 30 ans se sont fait entendre sur la charte. Aucune des trois grandes associations étudiantes (FECQ, FEUQ et ASSÉ) ne s’est prononcée et certaines n'ont même pas l'intention de le faire. «Je peux comprendre que des jeunes aient décidé de ne pas se prononcer. Qu'ils soient en faveur ou en défaveur, ils vont se faire rabrouer», croit Martine Desjardins, ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ).

«C'est un débat hautement politique, et où il est difficile de comprendre d'où viennent tous les commentaires sur le sujet qui sont nombreux et impressionnants. Je comprends que les jeunes, ça ne doit pas leur tenter de parler. Et je compatis.»

Si les jeunes participent moins c'est qu'ils sont de toute façon moins enclins à participer aux débats sur la place publique, quels qu'ils soient, croit Léo Bureau-Blouin, ancien président de la Fédération étudiante collégiale devenu député péquiste. «Ça ne veut pas dire qu'ils n'ont pas d'opinion, mais ils se retrouvent peut-être moins dans le sujet.»

Celui-ci est complexe et le processus de commission parlementaire peut leur paraître rebutant, ajoute-t-il.

Le Devoir