Les wagons DOT-111 seront remplacés, mais petit à petit

Selon le consensus qui s'est dégagé dans le cadre d'un forum sur la sécurité des chemins de fer, lundi à Ottawa, il n'existe pas de solution rapide pour un problème vieux de plusieurs décennies qui touche quelque 80 000 wagons à risque.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon le consensus qui s'est dégagé dans le cadre d'un forum sur la sécurité des chemins de fer, lundi à Ottawa, il n'existe pas de solution rapide pour un problème vieux de plusieurs décennies qui touche quelque 80 000 wagons à risque.
Ottawa — Le responsable de la sécurité au Canadien National affirme que l’industrie ferroviaire souhaite se débarrasser graduellement des vieux wagons-citernes DOT-111, qui ont récemment été impliqués dans plusieurs accidents.

Toutefois, selon le consensus qui s’est dégagé dans le cadre d’un forum sur la sécurité des chemins de fer, lundi à Ottawa, il n’existe pas de solution rapide pour un problème vieux de plusieurs décennies qui touche 80 000 wagons à risque transportant des liquides inflammables sur les voies ferrées nord-américaines.

Et ce sont les consommateurs qui devront à terme en assumer les coûts, croit l’industrie.

Vieilles normes

Sam Berrada, directeur général des services de santé et de sécurité du CN, a déclaré à une assemblée de gens de l’industrie, des organismes de réglementation, des firmes de lobbying et d’agences de services d’urgence que les transporteurs ferroviaires « continueraient de faire activement pression » pour se doter de wagons plus résistants et plus sécuritaires.

Un déraillement suivi d’un incendie impliquant un train du CN dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, la semaine dernière, a relancé les appels en faveur d’une sécurité accrue dans le transport de pétrole sur rails. Ces préoccupations avaient déjà bondi à l’avant-plan médiatique après la tragédie de Lac-Mégantic, qui a fait 47 morts en juillet dernier.

Au cours de la fin de semaine, la ministre fédérale des Transports, Lisa Raitt, a promis que le gouvernement canadien officialiserait les normes, volontairement adoptées par l’industrie ferroviaire en octobre 2011, pour la fabrication de nouveaux wagons plus sécuritaires. Ces normes annoncées par Ottawa ne sont cependant ni nouvelles ni plus strictes, puisqu’elles ne font que reprendre celles déjà adoptées par l’industrie il y a plus de deux ans.

Lors du forum de lundi, M. Berrada et d’autres intervenants ont même indiqué que des wagons plus résistants que ceux répondant à ces normes de 2011 pourraient s’avérer nécessaires.

Les gouvernements du Canada et des États-Unis se sont cependant montrés peu enthousiastes à l’idée de s’attaquer à la flotte des plus vieux wagons DOT-111, notamment en raison des coûts et des problèmes logistiques d’une mise à niveau générale.

Selon Malcolm Cairns, ex-président du Groupe de recherche sur les transports, une intervention gouvernementale sera nécessaire pour forcer l’industrie de la location de wagons — qui possède environ 75 % de tous les wagons-citernes utilisés en Amérique du Nord — à assumer la facture pour la mise à niveau des wagons plus âgés — une facture qui devrait dépasser le milliard de dollars.

L’opposition critique

Marc Garneau, le porte-parole libéral en matière de commerce international, se demande ce qu’attend le gouvernement pour agir. « Il ne fait aucun doute que la décision responsable à prendre, pour l’État, est de s’assurer que les DOT-111 soient mis à niveau s’ils doivent continuer d’être utilisés. »

Au Nouveau Parti démocratique, la porte-parole aux transports, Olivia Chow, parle d’un « recul des conservateurs » sur la sécurité ferroviaire. « Ils ont impitoyablement décidé de revenir sur les règles d’urgence mises en place l’été dernier », a-t-elle soutenu lundi.

« Ils laissent finalement les trains transportant des matières dangereuses sans surveillance, ne s’engagent pas à retirer progressivement les wagons DOT-111 qui ont causé la tragédie de Lac-Mégantic, et refusent d’aller de l’avant avec l’évaluation des systèmes de freinages d’urgence. »


Par Bruce Cheadle
2 commentaires
  • Patrick Lépine - Inscrit 13 janvier 2014 16 h 37

    Ha bon! Des mesures pour "relancer" l'économie!

    Et «profiter» bien entendu du "boom" pétrolier... En fait je devrais dire "surboom" pétrolier, puisque le boom a déjà eut lieu au XXième siècle si je ne m'abuse. À moins que la crise des années quatre-vingt n'aie déjà tout éteint, mais comme ça a repris de plus belle depuis deux mille, et que malgré les mises en garde écologiques et climatologiques, et malgré les développements technologiques qui permettent de se passer d'une bonne partie des ressources pétrolières, celles-ci font tout de même l'objet d'une spéculation éffrènée. Je suis heureux de voir qu'on pourra "rallumer" l'économie avec ces mesures de sécurité, et refaire la "boom" en attendant un autre Lac Mégantic.

    Mais peut-être que ça s'appellera une "nappe pétrolique" à la place...

    Consolons-nous, car mettre à jour des wagons ça coûte moins cher de que mettre à jour des automobiles!

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 janvier 2014 10 h 18

    Je ne comprends pas.

    L'augmentation du trafic pétrolier ferroviaire à commencé en 2009. J'imagine qu'on a construit de nombreux wagons depuis. En effet, selon La Presse du 8 juillet, «L'Association des chemins de fer du Canada a récemment estimé que jusqu'à 140 000 wagons-citernes transportant du pétrole brut devraient circuler sur les rails du pays cette année, comparativement à seulement 500 en 2009.....»

    La nouvelle norme date de 2011. Alors, logiquement, la majorité des wagons circulant actuellement devrait suivre cette norme. Ce n'est sûrement dans les quelques centaines de wagons datant d'avant cette époque qu'on transporte aujourd'hui autant de pétrole. Alors, comment se fait-il qu'on ait autant de vieux wagons-citernes en activité?

    Quelque chose n'est donc pas clair. Qu'on m'explique.