Les femmes sont largement sous-représentées

Le professeur en sciences de l’information de l’Université de Montréal Vincent Larivière
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le professeur en sciences de l’information de l’Université de Montréal Vincent Larivière

Le professeur en sciences de l’information de l’Université de Montréal Vincent Larivière est quelque peu déprimé en constatant les résultats de sa recherche sur la place des femmes en science menée pour la toute première fois à l’échelle internationale. Le constat est sans équivoque : les femmes sont largement sous-représentées dans le système de publication scientifique. Les femmes, qui occupent des postes de professeur ou de chercheur, sont moins publiées dans les revues savantes, sont moins citées, collaborent moins à l’international et sont moins actives que les hommes dans la majorité des champs d’études.

 

« Parmi les 5,4 millions d’articles évalués, on constate que seulement 30 % des auteurs sont féminins et 70 %, masculins. C’est sûr qu’il y a plus de professeurs hommes, mais les femmes sont plus nombreuses dans les universités, alors c’est un écart important », note M. Larivière, qui a réalisé son étude avec quatre autres chercheurs de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université de l’Indiana aux États-Unis. Elle a été publiée, à la mi-décembre, dans la revue Nature. Et depuis, The New York Time, The Scientist ou encore le Der Spiegel en Allemagne ont tous relégué les résultats de la recherche.

 

Il faut dire que l’étude démontre que c’est dans les pays de l’ancienne Union Soviétique où les femmes et les hommes sont les plus égaux en ce qui concerne le nombre de publications scientifiques. « Les femmes sont à parité en Ukraine, alors que ce n’est pas le cas ici, aux États-Unis et en Europe », note M. Larivière, qui est affilié à l’Observatoire des sciences et des technologies à l’UdeM.


Canada et Québec

 

Au Canada, parmi les 275 000 articles scientifiques publiés de 2008 à 2012, 31 % des auteurs étaient des femmes, alors qu’elles étaient 33 % au Québec. « Nos professeurs femmes publient plus que celles en Alberta, mais moins que dans certains pays d’Amérique du Sud », indique M. Larivière en spécifiant que 48 % des auteurs d’articles étaient des femmes en Argentine et qu’elles étaient 40 % au Brésil. « On voit dans des cas comme ça, où des femmes sont au pouvoir, que le contexte sociopolitique favorise les femmes », souligne le professeur de l’UdeM.

 

Or, le Québec et plusieurs autres provinces canadiennes ont actuellement des femmes au pouvoir. Comment se fait-il que les professeures d’ici publient moins que leurs confrères ? « On pourra sûrement voir l’influence de nos dirigeantes sur la société ces prochaines années. Mais il y a dans la recherche scientifique le même phénomène du plafond de verre. Les femmes entrent dans les programmes de bac, de maîtrise, de doc, mais elles sont moins nombreuses à décrocher des postes de professeur et de chercheur », mentionne M. Larivière, qui tient à dire que l’étude de son équipe visait à tracer un portrait mondial des publications scientifiques en fonction du genre et qu’elle ne visait pas à déterminer les causes des disparités. Les résultats n’ont donc pas permis d’expliquer pourquoi les femmes publiaient moins dans le monde.

 

« C’est ça qui me déprime. J’aurais aimé avoir une explication qui serait liée, par exemple, au processus de publication, au réseau de contacts ou par rapport aux sujets étudiés par les femmes. Les causes de cette disparité semblent sociales et non structurelles », constate le chercheur.

 

Emploi et maternité

 

Bien qu’il ne puisse l’affirmer avec preuve à l’appui, Vincent Larivière avance tout de même que « la maternité » est une des raisons qui explique cette disparité. « C’est la raison avec laquelle les gens sont le moins à l’aise. Mais l’âge auquel vient le temps de postuler à des postes de professeur, c’est aussi l’âge auquel il est temps de faire des enfants. Comme c’est un milieu compétitif, on perd malheureusement des femmes en chemin »,dit-il en déplorant la situation.

 

M. Larivière soutient malgré tout que la situation s’améliore avec les années. À la suite de la publication de son étude, le chercheur au postdoctorat et Fellow à Environnement Canada Alex Bond a d’ailleurs proposé aux chercheurs de prendre leur CV et de calculer le nombre de publications faites en collaboration avec des femmes. Sur Twitter, il leur a demandé d’afficher leurs résultats en mettant le mot-clé « gender gap » (fossé des sexes).

 

Depuis quelques jours, des dizaines de chercheurs se sont prêtés au jeu. On peut lire, entre autres, que la professeure d’écologie marine à l’Université Fraser, Isabelle M. Côté, a cosigné 18 articles avec des femmes et 19 avec des hommes. L’étudiant au doctorat en entomologie à l’Université McGill, Guillaume Dury, écrit que son ratio d’articles cosignés est de trois femmes pour quatre hommes. « C’est une belle façon de conscientiser les scientifiques et de se demander comment ça se fait que je collabore plus avec des gars. »,lance M. Larivière.

14 commentaires
  • Mathieu Bouchard - Inscrit 6 janvier 2014 01 h 53

    Relégué ?

    « ont relégué » ou « ont relayé » ??... c'est pas mal antonyme.

  • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2014 08 h 50

    Mais pourquoi publie-t-on ?

    Celui ou celle qui va lire une publication scientifique le fait probablement pour le contenu en connaissances et non pas par attrait du sexe de celui ou celle qui l'a écrit.

    Je comprends difficilement qu'il y ait matière à dépression à constater que dans tel coin de pays, il y ait plus d'hommes que de femmes qui publient.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 janvier 2014 10 h 28

      S'il y a des obstacles à ce que les femmes signent des articles, il y a des obstacles à leur carrière scientifiqueé

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 6 janvier 2014 10 h 01

    Peut-être qu'elles essaient tout simplement moins de publier!

    J'ai un peu de mal avec la conclusion du chercheur (ou de la journaliste!) qui saute aux conclusions sociologiques en voyant la différences hommes/femmes dans les publications. En fait, est-ce que c'est tout simplement parce qu'elles essaient moins de publier?

    Dans mon doctorat en musique, j'ai eu une directrice et une codirectrice de thèse. Ce qui me fascinait, c'est que les deux ne ressentaient aucunement l'urgence que j'avais de publier. Or, cela se comprenait parfaitement car elles avaient des postes administratifs importants : l'une était doyenne et l'autre son adjointe. Cela m'amène à l'hypothèse suivante : est-ce que l'ensemble des femmes universitaires publieraient moins car elles feraient des choix de carrières différents?

    Pour vraiment conclure à un rejet plus grand des articles écrits par des femmes, il faudrait d'abord comparer le rapport hommes/femmes des articles soumis et celui des rapports publiés. Ce n'est pas ce que je lis dans cet article.

    Désolé, mais là, il nous manque des données pour « déprimer ».

    • Nicole Bernier - Inscrite 6 janvier 2014 16 h 39

      Pourquoi étiez-vous si empressé de publier? Combien d'énergies avez-vous mises pour construire des cours intéressants et intelligents?

      C'est important de savoir que seulement 30 % des articles sont publiés par des femmes? Quels sont les avantages de publier? Combien de femmes permettent à la structure universitaire de survivre au quotidien alors que certains universitaires mises sur leur carrière et leur prestige, ce qui finit aussi par alimenter le système universitaire... mais pourquoi un trajet plutôt qu’un autre… Est-ce à dire que les hommes ne s’investissent pas plus dans l’éducation de leurs enfants qu’avant ?

      D'ailleurs, devant ce constat, il serait intéressant de voir les revenus et les statuts des professeurs en relation avec le pourcentage de diplômés féminins et masculins et en relation avec le parcours des uns des autres. Est-ce vrai que les femmes mises davantage sur des carrières universitaires davantage axées sur la pratique, le professionnalisme, ce qui ne nécessiterait aucun effort au niveau de la publication?

      Et, ce qui est dommage c'est que cette recherche n'ouvre pas sur d'autres questions et pistes à explorer pour mieux comprendre comment le système finit par produire un tel décalage.

      La compétition est énorme dans le milieu universitaire et il y a trop peu d'études sur les contraintes de ce système.

      Personnellement, je trouve tellement hypocrite le fait que la plupart des hommes dans ces commentaires ne voient aucun problème au fait que si peu de femmes publient... en passant des commentaires du genre elle n’ont peut être pas les talents nécessaires pour exécuter cette tâche… Encore on fait semblant qu'il n'y a pas de sexisme et d'inégalités dans notre société, mais on est toujours prêt à attaquer les inégalités des autres sociétés que la nôtre.

    • Frédéric Chiasson - Inscrit 6 janvier 2014 23 h 21

      Nicole Bernier : Cela paraît que vous ne connaissez pas grand chose du milieu universitaire. Un doctorant (ou une doctorante, le sexe ne change rien à l'affaire) doit publier pour se faire un c.v. et être engagé comme professeur, et ensuite doit continuer à publier pour obtenir des subventions et donner du prestige à l'université, ce qui attire des bons étudiants.

      Un cours «intéressant et intelligent» ne se fait pas juste avec un bon prof, mais aussi avec un savoir de pointe et des étudiants intelligents et motivés. La recherche et l'enseignement se complémentent, ils ne s'opposent pas.

      Pour le sexisme, je n'insinue en rien qu'il n'existe pas. Je dis juste que ce n'est pas cette étude qui va le prouver. Il manque des données importantes. De meilleures données auraient pu trouver des résultats convaincants, et peut-être étonnants.

      La discussion serait d'ailleurs de plus haut niveau si vos commentaires n'étaient pas aussi fielleux.

    • Nicole Bernier - Inscrite 7 janvier 2014 08 h 10

      M. Chiasson quand vous dites "Cela paraît que vous ne connaissez pas grand chose du milieu universitaire." vous êtes totalement dans l'erreur car j'ai passé des années à superviser des étudiants qui ne recevaient aucun appui du système parce qu'ils refusaient de reproduire les discours dominants.. Je les ai justement encouragé à se bâtir de bons C.V. pour obtenir des grosses subventions, ce qu'ils ont obtenus sans devoir se courber devant les discours dominants... Et, la nécessité de publier n'est pas suffisant, car beaucoup des publications faites par les jeunes sont sans réels contenus, ils ne sont que des petits exercices de créativité artistiques (savoir bien écrire) sans aucune substance scientifique, et surtout, sans aucun fondement permettant de faire avancer les débats scientifiques ou sans aucun engagement social sur les conséquences des idéologies défendues sur le social...

      Peut-être que le fielleux que vous percevez dans la discussion est enraciné dans votre refus d'admettre tous les jeux de pouvoir qui s'exercent dans le milieu universitaire... Cela se comprend quand on sait que vous avez choisi ceux qui dirigent votre département, donc qui représentent le discours dominant de ce département...

    • Frédéric Chiasson - Inscrit 7 janvier 2014 12 h 02

      Arrêtez de me faire un procès d'intention! De dire que «beaucoup des publications faites par les jeunes sont sans réels contenus, [...] sans aucune substance scientifique» est vraiment insultant pour les doctorants qui contribuent grandement à la recherche : http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/scienc

      Arrêtez d'insinuer que j'ai choisi mes directrices de recherche à cause de leur statut! Je les ai choisies pour leurs qualités de compositrice, de chercheure et pour nos intérêts communs. Elles n'avaient même pas leur poste quand nous avions commencé à travailler ensemble. C'est vraiment insultant pour elles et pour moi!

      Le véritable problème est qu'on produit des doctorants à la pelle pour les jeter comme des vieilles chaussettes une fois leur thèse terminée, qu'ils soient des hommes ou des femmes!

      Non, je n'ai pas de poste car j'ai choisi le «discours dominant» de ma faculté. Je suis l'une de ces vieilles chaussettes dont on disait le plus grand bien dans la faculté et dont on s'en fout dès que j'ai le diplôme, au plus grand dam de mes collaborateurs hors faculté. ...Et non, le fait d'être un homme n'a rien changé!

    • Nicole Bernier - Inscrite 7 janvier 2014 14 h 27

      M. Chiasson

      D'abord, c'est vous qui avez commencez les procès d'intention en m'accusant de ne rien connaître à la situation des doctorants

      De plus, de dire que la qualité des publications de tous les doctorants n'est pas toujours au rendez-vous et il n'a rien d'insultant d'affirmer une telle situation de fait pour les doctorants honnêtes et capables de vivre avec la réalité... Les trois types de publication peu reluisantes dont j'ai parlé existent. Donc, parmi les publications, dont parlait le chercheur de l'article, j'exprimais comment j'aurais aimé une étude qui illustrent quelle est la valeur des publications. Il n'est pas suffisant de dire que les hommes publient davantage, il importe de voir si la qualité est aussi au rendez-vous..

      D'ailleurs, dans mon commentaire, je n'ai pas fait un procès d'intention sur la qualité de vos publications, je parlais en général. Par contre, vous auriez pu le faire en ce qui a trait à mon commentaire sur le fait que vous aviez deux directrices représentant les valeurs dominantes de ce département. Je ne vois pas ce qu'il y a d'insultants pour ces deux femmes qui acceptent un poste administratif d'admettre qu'elle ne représentent pas nécessairement toutes les visions possibles de ce qu'est l'art musical et ce qu'est une bonne composition musicale. Dans les universités que je connais, l'appui de la majorité des collègues est essentiel pour l'obtention de ce genre de poste.

      Finalement, les explications supplémentaires que vous apportez sur votre parcours illustrent bien d'autres niveaux de problème dans le milieu universitaire. Plusieurs doctorants se sentent traiter comme une vieille chaussette et pour différentes raisons, mais le fait de nier que les femmes peuvent vivre des affronts spécifiques à leur sexe ne rend pas votre situation plus sympathique et cela ne permet pas non plus de comprendre pourquoi on vous traite de la sorte...

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 6 janvier 2014 10 h 48

    Qu'est-ce qui a changé?

    On pourrait reférer au livre de Luce Gauthier "Propos d'une physicienne sur la situation de la femme de science" Ed. Carte Blanche/ 1999

  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 6 janvier 2014 10 h 50

    L'exigeance de la recherche

    Faire de la recherche aujourd'hui est très exigeant pour un professeur universitaire. En plus des cours à dispenser, des étudiants à diriger aux cycles supérieurs, des projets de recherche à évaluer pour les organismes subventionnaires, il faut être une «superwoman» pour choisir d'en faire tout en menant sa vie personnelle, surtout lorsqu'on veut avoir des enfants. L'hypothèse de cette disparité donnée par M. Larivière m'apparait tout à fait plausible et bien réelle.

    • Frédéric Chiasson - Inscrit 6 janvier 2014 23 h 25

      Plausible, oui. Réel, on n'a pas assez de données.