Des messes aux accents exotiques

À Brossard, le nouveau prêtre Walnès St-Clair utilise beaucoup l’humour pour gagner la confiance de ses paroissiens.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir À Brossard, le nouveau prêtre Walnès St-Clair utilise beaucoup l’humour pour gagner la confiance de ses paroissiens.

L’abbé Diego Molina est fébrile quelques heures avant de célébrer la grande messe de minuit à Amqui, dans le Bas-Saint-Laurent. Lorsqu’il est arrivé dans cette communauté de la vallée de La Matapédia comptant quelque 7000 habitants en décembre 2011, le jeune prêtre de 32 ans, d’origine colombienne, a eu tout un choc. Le mercure indiquait -32 °C. Les sapins illuminés étaient recouverts de neige. Il s’est senti tout d’un coup bien loin de la chaleur et de l’effervescence de Medellín, en Colombie. En plus, il ne parlait pas un mot français.

 

« Ça n’a pas été facile, je ne comprenais rien, mais on m’invitait quand même à partager des repas et à goûter le cipaille », raconte l’abbé Molina qui pourra présider, en ce 24 décembre, la messe de Noël dans la langue de Molière avec d’autres confrères colombiens et québécois. « La patience des gens d’ici m’a permis de mieux m’exprimer parce que je crois que je n’étais pas le seul à ne rien comprendre, eux non plus ne devaient pas me comprendre », reconnaît-il.


Recruter à l’étranger

 

De Gaspé à Havre-Saint-Pierre en passant par Joliette, Mont-Laurier et Amos, il est de plus en plus courant de voir des prêtres venus d’ailleurs dans les églises du Québec. Dans le diocèse de Gaspé, par exemple, on compte actuellement sept prêtres recrutés à l’étranger.

 

Alors que la moyenne d’âge des prêtres d’ici oscille autour de 75 ans, que la relève est rare, les diocèses se voient forcés de recourir à des prêtres plus jeunes provenant de pays étrangers. « On doit reconnaître qu’on vit une crise actuellement, on assiste en quelque sorte à la mondialisation de l’Église et on doit s’adapter à ces changements », explique Mgr Jean Gagnon, l’évêque de Gaspé, qui ajoute que les prêtres recrutés à l’étranger viennent généralement pour des contrats de deux à trois ans.

 

La situation est toutefois différente au diocèse de Montréal. Parmi les 75 prêtres d’origine étrangère, la plupart d’entre eux sont des prêtres qui ont décidé d’émigrer au pays ou des immigrants qui ont décidé de faire leur prêtrise une fois au pays.


S’adapter aux traditions régionales

 

En arrivant à Rouyn-Noranda en août 2012, Jean Corneille Baatano se souvient que l’été était déjà terminé là-bas. Heureusement, il avait emmagasiné un peu de chaleur de son pays natal : la République démocratique du Congo. « J’avais eu une formation sur la culture du Québec avant de partir de Kinshasa, je m’étais préparé à cette mission, mais je ne pouvais m’imaginer à quoi ça ressemblait tant que je n’y étais pas », mentionne l’abbé Baatano.

 

Au pays de la bitt à Tibi, il avait notamment lu que les prêtres faisaient parfois la bénédiction des motoneiges. Pour un prêtre africain, cette tradition très québécoise, très régionale, était tout simplement inconcevable. « Mais l’an passé, on m’a emmené faire de la motoneige. C’était toute une expérience, mais je n’en ai pas encore béni », lance-t-il avant d’éclater de rire.

 

En quelques mois, ce prêtre congolais s’est intégré à son nouveau milieu de vie, non sans faire quelques efforts. « C’est l’fun ! Je me demandais bien ce que ça voulait dire », lâche-t-il en confiant qu’il garde désormais chez lui un dictionnaire d’expressions québécoises.

 

À part les difficultés linguistiques, l’abbé Baatano a aussi dû adapter quelque peu sa pratique religieuse. Les messes d’ici sont beaucoup moins animées qu’en Afrique, les églises sont plus vides et les paroissiens sont plus vieux. « Mais le plus difficile était de présider des cérémonies avec des urnes parce que, chez nous, ça ne se fait pas », mentionne-t-il.


Chaleur humaine

 

Son confrère africain Gabriel Dieudonné Nguimbis a connu une expérience assez similaire en venant s’installer, il y a un peu plus d’un an, à Québec. Après quelques mois à vivre dans la capitale, ce prêtre camerounais de 36 ans a été appelé à présider la messe à Saint-Joseph-de-Beauce. Son arrivée dans la petite communauté de 4500 habitants est loin d’être passée inaperçue.

 

Là-bas, les enfants l’appellent joliment « le prêtre chocolat ». Les adultes, eux, lui offrent plutôt des chocolats et de la dinde en ce temps des Fêtes. « C’est comme en Afrique, je peux m’arrêter partout pour manger, c’est tellement fraternel, c’est tellement familial », relate l’abbé Nguimbis qui qualifie son expérience avec les Beaucerons de carrément « exceptionnelle ». « Il y a ici une chaleur humaine incroyable qui donne envie d’y rester et d’y vivre. Si je pouvais, je déménagerais l’Université Laval en Beauce ! », dit-il en expliquant qu’il est en train de terminer sa maîtrise à Québec.

 

La vie en région lui plaît jusqu’ici beaucoup plus que celle de la ville. L’été dernier, il a d’ailleurs assisté aux compétitions de tir et d’accélération de camion. « Je priais pour que les camions freinent avant de foncer dans le presbytère », dit-il en riant.


Se mêler même au débat de la charte

 

À Brossard, le nouveau prêtre Walnès St-Clair utilise lui aussi beaucoup l’humour pour amadouer ses paroissiens et gagner leur confiance. Depuis son arrivée en octobre dernier dans la paroisse, ce prêtre haïtien doit relever des défis complètement différents de ceux de ses confrères en région. « Nous accueillons dans cette église 44 communautés ethniques, alors, des accents, nous en entendons de toutes les sortes », indique l’abbé St-Clair qui était auparavant curé à la paroisse de Saint-Jean-sur-Richelieu en Montérégie. « Dans mon ancienne paroisse, il y avait surtout des cheveux blancs, mais ici il y a vraiment des gens de tous les âges, de toutes les couleurs et de tous les milieux », relate-t-il.

 

Depuis son arrivée au pays en 1991, Walnès St-Clair constate que le visage de l’Église catholique au Québec et même du Québec en soi a bien changé. Il a suivi comme tout le monde le fameux débat sur la charte de la laïcité. Sans vouloir se prononcer sur le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale, l’abbé St-Clair affirme tout de même « qu’il est normal qu’une société qui accueille se pose des questions ». « Il y a des valeurs ici, comme la liberté et la démocratie, et je crois que celui qui arrive d’un autre milieu a intérêt à apprendre de ce qui existe déjà », dit-il.

 

À quelques kilomètres de là, à la paroisse de Saint-Constant, Wieslaw Polewczak dit seulement que les Québécois ne doivent pas « avoir honte de leur identité » en parlant de la charte. Ce prêtre polonais de 48 ans, qui est arrivé au Québec en 2007, tient également à dire que ce genre de débat a déjà fait surface dans son pays d’origine. « On a suggéré de retirer la croix à la chambre basse du Parlement », dit-il en ajoutant que, chez lui aussi, la question était sensible.

 

Mais en cette veille de Noël, l’abbé Polewczak espère que les Québécois profiteront de cette occasion pour se réunir et passer du bon temps en famille. « Les soupers de Noël au Québec sont d’une grande simplicité et en même temps très conviviaux. C’est un moment de rencontres et d’échanges extraordinaire », note-t-il.

 

Alors si la charte devient un sujet de débat autour de la table du réveillon ce soir, « le défi est de laisser chacun s’exprimer tout en respectant les autres personnes. C’est un débat qui doit se faire dans l’ouverture », conseille sagement l’abbé Polewczak.

1 commentaire
  • Roberto Vecchio - Inscrit 26 décembre 2013 09 h 28

    Plus ça change ,plus c'est pareil.Grande expérience.Joyeux Noël.