De nouvelles munitions pour la lutte contre la faim

Comme employés de Provigo, Patrick Soultan et Carole Surprenant participent à la nouvelle collecte des produits de la viande, des denrées rarissimes pour les banques alimentaires.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Comme employés de Provigo, Patrick Soultan et Carole Surprenant participent à la nouvelle collecte des produits de la viande, des denrées rarissimes pour les banques alimentaires.

L’idée de faire une percée majeure dans la lutte contre la faim au Québec n’est plus un vague espoir, mais est en voie de prendre forme, kilo par kilo, camion par camion.

 

Tout cela grâce aux « rêveurs réalistes » que ce sont Dany Michaud, directeur général de Moisson Montréal, et Jean-François Archambault, à la barre de la Tablée des chefs, qui viennent de conclure deux ententes importantes avec les géants de l’alimentation pour récupérer, grâce à la congélation, des centaines de tonnes d’aliments qui prenaient jusqu’ici le chemin des poubelles.

 

Depuis déjà quatre semaines, un premier projet-pilote de collecte des produits de la viande bat son plein dans 16 supermarchés de Montréal affiliés à Provigo et Loblaws. D’ores et déjà, l’expérience a permis d’acheminer une tonne et demie de produits carnés chez les centaines d’organismes desservis par Moisson Montréal. Pour ce faire, les produits de la viande qui ont atteint la date de péremption sont retirés chaque jour des comptoirs et disposés immédiatement au congélateur dans des bacs destinés à Moisson Montréal.

 

« Je crois que ça pourrait facilement être étendu à la grandeur du Québec. On pourrait atteindre des centaines de kilos par semaine si des centaines de magasins emboîtent le pas », affirme Dany Michaud. Si la récolte semble mince par rapport aux 1200 tonnes de denrées recueillies chaque mois par Moisson Montréal, elle est cruciale, puisque la viande est rarissime dans les banques alimentaires. Lentement, la culture des détaillants en alimentation est en passe de changer quant aux produits périssables, affirme M. Michaud.

 

Mais pour cela, il a fallu travailler de pied ferme pour développer un système de traçabilité des aliments en cas d’alerte à la bactérie E. coli ou de tout autre contaminant. « Le principal frein des marchands était que les denrées dépérissent pendant le transport et qu’on leur impute la responsabilité d’empoisonnements alimentaires », dit-il.

 

Le fameux système permet de déterminer l’heure et le lieu de provenance du produit congelé récupéré, qui est réétiqueté et remballé avec le logo de Moisson Montréal. « Nous aurions besoin de 150 000 à 200 000 kg de viande par mois au Québec pour atteindre 10 à 15 % de la nourriture totale distribuée. On est loin du compte », tempère Dany Michaud.


Des mets préparés

 

Un deuxième projet pilote lancé par la Tablée des chefs, touchant 12 magasins Métro et Super C de la région métropolitaine, permet quant à lui de récupérer charcuteries, produits de boulangerie, mets préparés et fromages. La congélation systématique de ces produits, à la date de péremption, permettra de récupérer environ 2000 kg de nourriture par mois, soit l’équivalent de 6600 portions.

 

« Si on arrive à étendre ça aux centaines de magasins Métro au Québec et à leurs bannières, on pourra atteindre des millions de portions. On peut rêver!», affirme le directeur de la Tablée des chefs, qui relie ces grandes surfaces à des organismes locaux dans le cadre de son programme de courtage alimentaire durable.

 

Le projet a ceci de particulier que la majorité des denrées récupérées sont des plats préparés, « prêts à manger », une manne inespérée pour les personnes seules, âgées ou démunies quant à la préparation d’aliments.

 

« Ça va avoir un impact majeur sur la qualité de l’alimentation de ces personnes », ajoute M. Archambault. Tortellinis, pâtés au saumon, charcuteries, plats en sauce : tous les invendus arrivés à leur date de péremption passent au congélateur en fin de journée, en attendant que le camion d’un organisme local recueille le précieux butin.

 

Pour Loblaw, l’objectif est d’étendre cette expérience du « congeler-récupérer » réalisée avec la viande, non seulement à d’autres magasins à Montréal, mais aux autres régions, soutient Hugues Mousseau, porte-parole pour le groupe Loblaw, qui compte au Québec 400 magasins sous les enseignes Loblaws, Provigo, Maxi, Maxi Cie et d’autres affiliés, dont Axep, Intermarché et Club Entrepôt. « Maintenant que les équipements sont en place, le projet pourrait même s’étendre un jour aux fruits et aux légumes », assure Hugues Mousseau, porte-parole de Métro.

 

« Quand on imagine cela en marche dans tout le réseau Métro, ce serait assez impressionnant, la quantité de nourriture qui pourrait être récupérée », rêve Jean-François Archambault.

 

Cette manne pourrait aussi changer le quotidien des 350 000 personnes, dont 125 000 enfants, qui recourent chaque mois aux banques alimentaires au Québec.

 

Avec ces deux projets, des milliers de kilos d’invendus éviteront le compacteur à déchets. « Avant, affirme Hugues Mousseau, la viande non vendue était jetée ou ramassée par des compagnies qui la revendent, entre autres, à l’industrie des produits cosmétiques. » Du statut de futur cosmétique, la viande passera au statut de comestible, un sort un tant soit peu plus logique pour les milliers d’usagers des banques alimentaires.

1 commentaire
  • Michel Vallée - Inscrit 28 novembre 2013 11 h 49

    La Charité publique s’exerce au détriment de la Justice sociale

    L’esprit des Fêtes (sic) ne doit pas occulter la revendication pour le partage de la richesse (ce qui n’a rien à voir avec la distribution des invendus périmés, surgelés ou pas !).