L'appel à l'aide de centaines de locataires sans chauffage - Vivre dans le froid et dans l'inconnu

Les enfants de Jaouad Alaoui se réchauffent près du four de l’appartement familial, où le chauffage et l’eau chaude sont en panne depuis des jours. Des centaines d’autres locataires de deux immeubles vivent le même cauchemar dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les enfants de Jaouad Alaoui se réchauffent près du four de l’appartement familial, où le chauffage et l’eau chaude sont en panne depuis des jours. Des centaines d’autres locataires de deux immeubles vivent le même cauchemar dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.
Depuis quelques jours, Jaouad Alaoui chauffe avec son four son petit logement situé dans le complexe immobilier « Les appartements Joie de vivre » situé rue Deguire à Saint-Laurent, dans l’ouest de Montréal. Ce père de famille de trois enfants est désespéré alors que le système de chauffage et d’eau chaude de son immeuble ne fonctionne plus depuis deux semaines. « On vit comme dans un congélateur », lance-t-il.

Le propriétaire du complexe immobilier, la société Capreit dont le siège social est à Toronto, affirme que des travaux sont en cours pour installer une nouvelle chaudière afin de chauffer ses deux immeubles de quinze étages où habitent en majorité des familles immigrantes, mais aussi des personnes âgées.

« Mais ça fait des mois que la compagnie sait qu’il y a un problème et que l’hiver s’en venait. Rien n’a pourtant été fait », affirme M. Alaoui en regardant tendrement ses enfants qui sont obligés de porter leur manteau dans l’appartement.

Avec la chute des températures des derniers jours, les résidants du complexe immobilier ont cherché tant bien que mal à obtenir de l’aide pour forcer Capreit à accélérer les travaux d’urgence. Selon leurs dires, la Régie du logement « ne pouvait rien pour eux » et la Ville a seulement été en mesure d’exiger que des chaufferettes soient distribuées dans tous les appartements et dans la garderie située au rez-de-chaussée de l’un des deux immeubles.

« C’est bien beau d’avoir des chaufferettes, mais elles sont loin de régler le problème », affirme Zineb el Alaoui, qui en a assez de ne pas savoir quand la situation sera rétablie. « On a tous des enfants en bas âge ici, il y a même des nouveau-nés, c’est vraiment dangereux de laisser ces chaufferettes au milieu de nos appartements, nos enfants peuvent se brûler et c’est dangereux, ça pourrait mettre le feu », indique-t-elle.

Lorsque Le Devoir s’est rendu sur les lieux, lundi après-midi, les résidants du complexe commençaient à s’impatienter d’être laissés pour compte. Dans le hall de l’entrée de l’immeuble où ils étaient réunis, de nombreux résidants racontaient qu’ils n’avaient pas pris de douche depuis plus d’une semaine, qu’ils devaient garder leur manteau d’hiver à l’intérieur et que la majorité des enfants étaient malades.

Malgré nos tentatives de parler à un représentant de Capreit sur place, aucun employé n’a voulu répondre à nos questions en nous disant que seul le président de la société, Thomas Schwartz, était en mesure de répondre à nos questions. Après avoir essayé de le joindre à Toronto, nous n’avons pas non plus été en mesure de lui parler. Un communiqué nous a toutefois été transmis sur lequel il était indiqué que les anciennes chaudières des deux immeubles avaient été remises en fonction lundi pour assurer un chauffage d’appoint et qu’une nouvelle chaudière devrait être fonctionnelle le 4 décembre prochain. Dimanche, Capreit avait toutefois diffusé un avis aux locataires où il était plutôt mentionné « que le problème pourrait perdurer jusqu’au 15 décembre, ce qui pourrait occasionner des répercussions néfastes sur les résidants et leurs enfants ».

Des familles avec des enfants malades

« Qu’est-ce qu’on va faire d’ici là ? Pour combien de temps en avons-nous encore à geler », demande Abdelhakim Fourari, qui doute que les réparations soient faites d’ici une semaine. « Il y a quelques semaines, des travaux pour réparer le système de chauffage ont débuté, mais la CSST a arrêté le chantier parce qu’ils ont découvert de l’amiante dans le garage où les employés travaillaient. Depuis, il n’y a plus rien », affirme-t-il. « Dimanche, on a aussi rencontré la directrice des opérations de Capreit, on a discuté pendant plusieurs heures avec elle, on s’est mis d’accord sur plusieurs points, elle devait nous confirmer le tout, mais lundi matin, elle était déjà repartie. Comment voulez-vous qu’on les croie ? », renchérit pour sa part Ghezladli Abdelaziz.

D’ici à ce que le système de chauffage et d’eau chaude soit remis en fonction, les résidants du complexe immobilier aimeraient bien que les familles avec des enfants malades puissent au moins se loger ailleurs. Ils ont demandé à Capreit de leur payer quelques nuits à l’hôtel, mais la société de Toronto a refusé.
29 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 26 novembre 2013 04 h 19

    Incongruité!

    Si la loi interdit à une société d'état tel Hydro Québec de privé de courant ses abonnés durant les mois hivernaux, pourquoi cette loi ne pourrait-elle pas avoir une sorte d'extension qui s'appliquerait aux propriétaires d'immeubles à logements, loi qui aurait des dents pour ces propriétaires qui se fichent de ceux qui les enrichissent, c'est à dire leurs locataires, une loi qui imposerait des amendes suffisamment salées pour leur enlever le goût de recommencer....

    • Yves Gingras - Inscrit 26 novembre 2013 07 h 32

      Notre gouvernement aime s'occuper de voiles et de crucifix !

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 novembre 2013 08 h 21

      Pas besoin d'amende. Il suffirait qu'ils aient à payer l'hôtel à ces gens. Mais, pour ça, ça prendrait une ordonnance de cour.

    • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 26 novembre 2013 11 h 05

      Si la régie du logement ne prend pas acte, le protecteur du citoyen et le vérificateur général devraient agir promptement. Qu'ils lisent les journaux dans leur revue de presse le matin...
      Capreit ne mérite pas votre prochain chèque de loyer : Carpeit mérite une injonction pour faire effectuer les réparations, au frais de la ville avec hypotèque légale, Carpeit mérite une poursuite pour publicité mensongère (après avoir vu leur annonce sur kijijii), les résidents du "joie de vivre" (SIC!) méritent au moins que l'on appelle le bureau de location pour savoir combien de gens trouvent la situation inhumaine.

      indignant et peinant... un appui chaleureux aux locataires du "joie de vivre" (SIC!)

      Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Marcel Bernier - Inscrit 26 novembre 2013 05 h 35

    Complètement inadmissible...

    Indigne d'une société civilisée!

  • Simone Lussier - Inscrit 26 novembre 2013 06 h 34

    Inacceptable!

    Si cette situation ne durait qu'une seule heure chez M. Thomas Schwartz, je ne crois pas qu'il resterait calme et «comprendrait». Quelle négligeance! On parle souvent de mauvais locataires mais il y a aussi toute une armée de propriétaires radins et avaricieux qui se fichent complètement des gens qui habitent leurs logements tant et aussi longtemps que l'argent arrive. Que la Régie ne puisse rien faire? Foutaise. Ça devrait être leur rôle, justement, de se mêler de ce genre de situation. Une autre de nos institutions publiques affaiblie par les coupures. La Régie a des règlements mais ils ne sont pas enforcés, n'ont pas de poids. Les propriétaires rapaces de ce genre se fichent carrément de la Régie, ils font leurs propre loi. Et ça marche.

  • Monique Bisson - Inscrit 26 novembre 2013 07 h 00

    Impardonnable et inacceptable

    Une situation tout à fait inacceptable, faut la dénoncer sur toutes les tribunes. Aussi, Mme Loisel, poursuivez votre excellent travail et contactez d'autres ressources montréalaises, qui informées de cette situation, sauront comment agir auprès de cette entreprise qui ne mérite pas de porter un tel titre si elle ne réagit pas dans les heures qui viennent. Peut-on imaginer situation semblable dans un immeuble cossu??? Évidemment, non.

    Ensuite, on se demande pourquoi des personnes se fâchent ou se découragent complètement.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Solange Bellemare - Abonnée 26 novembre 2013 07 h 25

    libre entreprise!

    Et Vive la libre entreprise!!! Une Tête sans coeur, qui se cache derrière une Personne morale... Et où se cache la moralité dans tout ça? Rajoutez là-dessus les dédales de la bureaucratie et vous obtenez cette situation. Et dans trois jours on aura oublié... une autre "nouvelle" plus croustillante aura pris la place. Qu'est-ce qu'on peut faire?? Qu'est-ce que je peux faire, à part éprouver un dégoût profond pour notre belle société dite civilisée!?

    • Benoît Landry - Inscrit 26 novembre 2013 10 h 15

      Moralité ?????? On pourrait suggérer aux résidents d'adopter une couple de phoquesm car à en voir le jugement de l'OMC hier, la moralité semble plus admissible pour les animaux que pour les humains....