Transport ferroviaire - Produits dangereux: les villes seront avisées

Les compagnies canadiennes de classe 1 transportant des produits dangereux devront faire rapport tous les trois mois.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les compagnies canadiennes de classe 1 transportant des produits dangereux devront faire rapport tous les trois mois.
Ottawa – Les compagnies ferroviaires dont les trains traversent les villes canadiennes chargés de matières dangereuses devront désormais aviser les municipalités du contenu de leurs convois. Mais l’information sera fournie de façon trimestrielle ou annuelle, et non pas préliminaire.

À la veille d’une visite du premier ministre Stephen Harper à Lac-Mégantic, la ministre des Transports Lisa Raitt en a profité, mercredi, pour annoncer une mesure fort attendue des maires du pays.

Depuis des années, et d’autant plus après l’accident tragique qui a frappé le cœur de la ville de l’Estrie en juillet dernier, les municipalités canadiennes réclamaient de connaître les produits dangereux qui traversent leurs communautés. À Ottawa jusqu’à présent, on leur répliquait de faire une demande d’accès à l’information. Mais voilà que le ton a changé, mercredi.

Ordre préventif

La ministre Raitt a annoncé qu’un ordre préventif obligerait maintenant les compagnies ferroviaires à dévoiler cette information aux municipalités qu’elles sillonnent. Afin que les services d’urgence et les municipalités sachent à quoi s’attendre, en cas de catastrophe comme celle qui a fait 47 morts à Lac-Mégantic l’été dernier, a expliqué la ministre.

« Cette étape n’en est pas une de prévention. C’en est une de réponse », a consenti Mme Raitt en point de presse.

Car les grandes sociétés canadiennes — comme le Canadien National (CN) ou le Canadien Pacifique (CP) — devront dévoiler la nature et le volume des produits dangereux transitant dans les villes de façon trimestrielle. Du côté des autres compagnies ferroviaires — plus petites ou étrangères, comme l’américaine Montreal, Maine and Atlantic, qui est responsable de l’accident de Lac-Mégantic —, le rapport sera attendu annuellement. Si les cargaisons changent entre-temps, les entreprises devront avertir les municipalités « dès que possible ».

Étape importante

S’il reste du chemin à faire, il s’agit néanmoins d’une « étape très importante » dont s’est réjouie la Fédération canadienne des municipalités (FCM).

« Dans toutes les industries, on sait ce qu’il y a à l’intérieur des bâtisses de nos municipalités. Enfin, on va savoir ce qui se passe sur nos chemins ferroviaires », a réagi Jacques Demers, représentant du Québec à la FCM et administrateur de la Fédération québécoise des municipalités (GQM) qui a aussi salué l’annonce.

Le préfet de Memphrémagog a cependant prévenu que « c’est juste une étape ». Idéalement, les municipalités seraient avisées aussitôt qu’un nouveau produit dangereux s’apprête à transiter sur leur territoire, et non pas après. Et M. Demers aimerait que l’industrie les aide à se préparer à se doter de l’équipement nécessaire pour répondre aux catastrophes que peuvent engendrer leurs cargaisons dangereuses, de même que voir les compagnies confrontées à un échéancier lorsqu’un tronçon de voie ferrée est jugé non sécuritaire et qu’elles doivent le réparer. 

La FCM et la FQM souhaitent enfin qu’Ottawa exige des couvertures d’assurance plus importantes des sociétés ferroviaires.

Les maires du pays n’ont pas de droit de veto quant au contenu des trains qui traversent leur municipalité. Et ils n’en demandent pas tant, a noté M. Demers, car le transport ferroviaire « aide nos collectivités du point de vue économique ».

Critiques

Le chef néodémocrate a immédiatement critiqué l’annonce d’Ottawa, arguant qu’elle n’aiderait en rien à prévenir les tragédies. « C’est un sparadrap qu’on est en train d’apposer sur une blessure assez profonde » causée par les coupes dans la fonction publique et la réduction d’inspections, a reproché Thomas Mulcair.

Quant au chef bloquiste, il espère que M. Harper « arrive [à Lac-Mégantic] les mains pleines avec des mesures concrètes » pour la reconstruction, la décontamination et un plan de relance pour soutenir l’économie de la région.
7 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 20 novembre 2013 19 h 13

    beau principes

    Mais combien cela va coûter aux villes? parce que les rapports, il fau les étudier, les classer, préparer la municipalité à tout éventualité, soit des camions spéciaux, des entrainements pour le personnel, etc. C'est cela que la CAQ ne comprend pas. Pour eux tout est facile. Mais on ne peut pas mettre cela sur le bureau d'une secrétaire.

  • Murray Henley - Inscrit 20 novembre 2013 21 h 06

    Un peu plus de paperasse inutile

    Ces mesures de brassage de papier n'auraient pas pas empêché l'accident de Lac Mégantic.

    • Jacques Moreau - Inscrit 21 novembre 2013 11 h 26

      Tout à fait d'accord. Création d'emploies gouvernementaux inutile.

  • Claude Lafontaine - Abonné 20 novembre 2013 21 h 55

    Priorise-t-on les bonnes mesures préventives ?

    Avant le cas de Lac Mégantic plusieurs déraillements de trains sont survenus au Québec qui ont fait des dégâts matériel importants mais qui auraient pu être catastrophiques, c'est arrivé à quelques reprises à Montmagny entre autre, les autorités locales ont jugé qu'une diminution de la vitesse des trains au passage des villes pouvait réduire sensiblement le risque de déraillement et limiter sensiblement aussi les dégâts si un déraillement survient malgré ça. Montmagny a essuyé un refus catégorique du CN, d'autres municipalités ont peut-être fait la même démarche et reçcu la même réponse, de toute évidence la ministre des transports fed. n'a pas cru bon d'intervenir face aux transporteurs pour appuyer les municipalités, pourquoi ?

    À Lac Mégantic le piteux état du chemin de fer a été maintes fois souligné, rien encore dans la présente action de la ministre pour obliger les propriétaires de ces voies ferrées à mieux les entretenir, ce serait pourtout une autre bonne façon de minimiser les risques de déraillement, pourquoi ?

    Obliger les transporteurs à faire rapport aux municipalités (après coup) sur les matières dangereuses qu'ils ont fait transiter sur leur territoire est un plus (s'ils ne le faisaient pas avant) et oui ça va aider les municipalités à planifier / développer leurs plans de mesures d'urgence, mais ça devrait aller beaucoup plus loin que ça, par exemple obliger les transporteurs à mieux identifier / à encoder plus précisément sur les wagons le type de matière dangereuse qu'ils contiennent, rappelons nous que ça n'était pas adéquatement encodé sur les wagons de la MMA, pourquoi pas de mesure claire et dèes maintenant là-dessus ?

    Depuis que le pétrole de l'Ouest et du Dakota ne peut plus se rendre à St-Jean N.B via Lac Mégantic, par où pensez vous qu'il passe... Montmagny, Riv-du-Loup, etc.. sans réduction de vitesse aux passage dans les villes, les risques sont moins grands qu'avec MMA le CN entretenant mieux ses voies ferrées, mais pas nuls !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 novembre 2013 05 h 54

    Paperasse

    Encore de la paperasse ! C'est pas ça qui va «protéger» les citoyens ! Ils ne vont qu'être au courrant de «ce» qui brûle leurs maisons au lieu d'avoir des chemins de fer réparés et sécuritaires ! Mais effectivement, faire un 'tit rapport coûte beaucoup moins cher que de régler le problème, n'est-ce pas ?

    Et le gouvernement demande aux cie. de trains de se procurer plus d'assurance ! «On va continuer de détruire votre environnement, vos maisons, tuer votre monde, mais ne soyez pas inquiet, on va vous rembourser !» Ça protège qui ???

    Si je peux faire un rapprochement, c'est comme si Coderre, au lieu de réparer les routes, mettait des pancartes diminuant la vitesse admise et enverrait aux municipalité les raisons pourquoi il le fait au lieu de réparer les trous ! Imaginez un seul instant cette solution avancée à Montréal ! Même Tremblay n'était pas aussi stupide que ces fédéraux !

    On a payé nos rues et nos trottoirs plus cher que partout ailleurs sur la planète, mais on avait de l'asphalte neuve, pas que de la paperasse !!! Et on va gober ça... encore. J'en peux tout simplement pus ! Chu pu ca-pa-be !

    PL

  • Daniel Bérubé - Abonné 21 novembre 2013 15 h 04

    " ...Ils ne vont qu'être au courrant de «ce» qui brûle leurs maisons au lieu d'avoir des chemins de fer réparés et sécuritaires ! ..."

    Non, ces papiers ne serviront pas uniquement à ça...

    Les pompiers ayant à intervenir sur ce type d'incendie doivent savoir ce qu'ils combattent. Aujourd'hui, avec tout les contextes chimiques que l'on retrouve en circulation ferroviaire, pouvant dégager des gaz invisibles parfois mortels... les possibilités sont très grandes...

    Différents types de mousses peuvent aussi être employé pour avoir un effet "étouffant", privant les flammes d'oxygène ( c'est ce qui fut utilisé en très grandes quantités à Lac Mégantic). Tout les groupes de pompiers rassemblé au moment de l'incendie ne possédaient pas encore assez de produit moussant pour l'importance de l'incendie, et durent aller en chercher dans une usine manipulant des produits pétroliers en grande quantité et qu'elles possédaient dans ses réserves d'équipements de sécurité.

    Aujourd'hui, le métier de pompier ne consiste pas simplement à garocher de l'eau sur un feu. Les cours de formation dépassent les 1,000 hrs de cours, sans compter les autres cours spécialisés qui peuvent s'y anexer.

    Mais, quand je lis que les compagnies privées pourront émettre ces informations qu'une fois par année... nous ne pouvons que constater que ce gouvernement n'agit que pour pouvoir dire qu'il a fait quelques chose... mais, entièrement innefficace...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 novembre 2013 05 h 14

      Bravo pour les pompiers ! Mais pourrait-on réparer les chemins de fer pour que les pompiers n'aient pas à sortir la nuit pour éteindre des feux de trains ?

      PL