États généraux - Une image unie du mouvement féministe

Des participantes de tous les âges et de tous les horizons ont pris part dimanche au Forum qui a conclu les États généraux sur le féminisme, à l’Université du Québec à Montréal. Lors de la plénière, seules quelques femmes portaient le voile islamique.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Des participantes de tous les âges et de tous les horizons ont pris part dimanche au Forum qui a conclu les États généraux sur le féminisme, à l’Université du Québec à Montréal. Lors de la plénière, seules quelques femmes portaient le voile islamique.

Les États généraux sur le féminisme se sont conclus par une démonstration d’unité derrière ce qui doit servir de grandes orientations au mouvement pour les vingt prochaines années, et qui se veut une meilleure reconnaissance des « réalités complexes et diversifiées » des femmes.

Le Forum de quatre jours, qui venait couronner plus de deux ans de réflexion dans le cadre des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, s’est terminé, dimanche, à l’Université du Québec à Montréal, par une plénière où plus d’une trentaine de propositions ont été adoptées par d’imposantes majorités, voire à l’unanimité, par les quelque 500 participantes présentes. Si plusieurs dizaines d’autres propositions n’ont pas pu être adoptées, ce n’est pas parce qu’elles ont été défaites, mais parce qu’il y en avait trop pour le temps alloué et que les discussions de procédures ont pris beaucoup de place durant la journée.

 

« C’est la confirmation qu’on est proche des femmes dans toutes les régions et de tous les milieux et qu’on a trouvé des propositions qui ont du sens pour elles pour l’époque où nous vivons », a déclaré au Devoir l’une des organisatrices de l’événement, Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec. « Quand on voit la grande diversité des femmes présentes ici, on voit que, pour une rare fois, toutes ont pris part à la démarche, a ajouté la coporte-parole des États généraux, Delice Mugabo. C’est la grande réussite de ce week-end. »

 

Présentés par leurs organisatrices comme un événement historique, ces premiers États généraux du féminisme en plus de vingt ans au Québec ont porté sur une grande diversité d’enjeux, dont la conciliation travail-famille-études, la violence faite aux femmes, le sort réservé aux autochtones, aux immigrantes et aux lesbiennes, la pauvreté, l’éducation, l’accès aux postes décisionnels, les normes sociales, la marchandisation du corps de la femme, le colonialisme, l’environnement et même les accords commerciaux. Voulant rester sur les grands principes et sachant le mouvement féministe divisé sur la question, les propositions n’abordaient pas directement l’une des questions de l’heure, c’est-à-dire la charte de la laïcité québécoise du gouvernement du Parti québécois.

 

Cette question a tout de même fait l’objet d’ateliers de discussions et de formation au début du week-end bien qu’elle ne se soit pas rendue jusqu’à la plénière finale, a précisé la coporte-parole des États généraux, Isabelle Picard. « Si on a fait les choses comme cela, c’est qu’on pense qu’on a encore besoin de se nourrir, de s’enrichir, d’apprendre ensemble, et ce serait difficile pour moi de me prononcer là-dessus aujourd’hui. Je crois que ce sont des choses qui restent à venir et à regarder. »

 

« Intersection des oppressions »

 

Les États généraux se voulaient aussi une occasion de reconnaître les changements intervenus dans nos sociétés et la nécessaire adaptation de la pensée et des modes d’action féministes. Reconnue sous l’appellation de l’« intersection des oppressions », cette approche vise à prendre acte du fait que des femmes peuvent être victimes de plusieurs dynamiques liées non seulement à leur sexe, mais aussi à leur statut d’immigrantes ou de membres d’une minorité visible, à leur orientation sexuelle, à un handicap, à leur religion, ou à toutes autres caractéristiques personnelles.

 

Utilisée depuis longtemps dans le reste du Canada, cette approche permet de mieux cerner les problèmes vécus par de nombreuses femmes qui se sentaient incomprises et abandonnées par le mouvement féministe québécois, explique Delice Mugabo. Cela permet aussi de montrer certaines de ses contradictions, comme voir que l’amélioration des conditions de vie de la professionnelle peut être liée aux mauvaises conditions de travail de l’immigrante qui lui sert d’aide ménagère.

 

Unité de façade

 

« Tous ces beaux discours sont très vertueux, mais leurs conséquences pourraient l’être beaucoup moins », a lancé à l’assemblée l’une de ses rares voix discordantes.

 

Entourée d’une toute petite garde rapprochée, Michèle Sirois, est venue à quelques reprises au micro pour mettre en garde les autres participantes, entre autres contre le danger de vouloir tellement respecter le droit de chacune de décider ce qui est bon pour elle qu’on en vienne à perdre de vue les intérêts collectifs des femmes.

 

« Ce n’est quand même pas normal que le vote le plus serré [69 % de oui] ait porté sur une proposition condamnant les proxénètes, parce qu’on a peur d’avoir l’air de juger les femmes qui se prostitueraient par choix !», a déploré ensuite au Devoir la sociologue, anthropologue des religions et présidente d’un nouveau groupe féministe appelé Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Q).

 

Lancé jeudi, après presque un an de réflexion, le nouveau groupe dit vouloir défendre le droit des femmes à l’égalité et à la dignité qui « transcende l’opposition entre droits des femmes et droits culturels et religieux véhiculée par les tenants du relativisme culturel ».

 

« La voie empruntée par les États généraux risque de fragmenter le mouvement féministe, martèle Michèle Sirois qui estime, elle aussi, parler pour une majorité de féministes et de Québécoises. Toutes celles qui ont essayé de corriger sa trajectoire ont été systématiquement écartées ou ignorées. C’est pour cela qu’elles ne sont pas venues au Forum en fin de semaine. »

48 commentaires
  • Diane Veilleux - Inscrite 18 novembre 2013 00 h 25

    Une image unie du mouvement féministe!!!!

    Il est facile de paraître uni lorsqu'on s'assure d'évacuer toute question qui puisse engendrer des points de vues différents. De plus à fractionner les batailles comme elles le sugèrent « Intersection des oppressions » la seule chose qu'elles vont accomplir est de freiner l'avancement de l'égalité, ce qu'elles ont déjà presque réussi à faire, à preuve, l'absence d'évolution du salaire des femmes comparativement à celui des hommes. Si vous croyez que c'est chose faite l'égalité j'ai bien peur que vous viviez dans une bulle. Depuis un bon nombre d'années, la FFQ se complait dans des batailles contre des moulins à vents. Ont-elles finalement réussi à présenter une position articulé quant à la décriminalisation de la prostition. J'en doute!

    Diane Veilleux

    • Amel Yaddaden - Inscrit 18 novembre 2013 10 h 13

      il n'y a pas qu'une seule facon d'etre feministe Mme !

    • Solange Bolduc - Inscrite 18 novembre 2013 10 h 28

      Comment peuvent-elles présenter une position articuée quand elles sont si unies en l'absence de véritables débats, ne conservant que ceux qui feraient la belle unanimité, ou un beau show !

      De la démocratie féminine : Il faut que l'on pense toutes pareil, c'est trop fragile la couënne d'une femme pour tenir des propos "virils" !

      Une sorte de "dictature" rassurante que je connais depuis toujours !

      Derrière le voile de la belle unanimité se cacherait alors la soumission "au chef" de file féminin !

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 novembre 2013 12 h 32

      Sans farce, quelle organisation, lors d'une rencontre publique d'orientation stratégique, voudra s'embourber dans des discussions sur de tels sujets divisifs (la Charte veut unir, je sais, mais voyez ce que ça donne).

      Non pas qu'il faille éviter ce débat. Il ne faut pas le lancer au pigeon comme le parti québécois. Dans le cadre d'une rencontre aux 20 ans, je ne suis pas certain que c'était le moment de faire cette confrontation. Je n'ai par ailleurs pas de doute que le sujet est débattu énormément dans les milieux, en fait foi la sectarisation de Mme. Sirois et cie (qui croit avoir la majorité derrière elle...). Encore une fois, la Charte est un symbole d'unité, à croire que certains n'ont pas compris.

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 18 novembre 2013 02 h 25

    une honte

    Qu'on aperçoive Geneviève Lepage sur la photo qui illustre un article sur le féminisme.

    • Amel Yaddaden - Inscrit 18 novembre 2013 10 h 12

      mais quel mepris !

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 novembre 2013 12 h 29

      La Charte est là pour unifier, n'est-ce pas, Mme. Collin?

    • Louka Paradis - Inscrit 18 novembre 2013 12 h 53

      Vous avez raison, Mme Collin : elle n'est pas représentative de la vaste majorité. Il n'y a aucun mépris là-dedans, ce n'est qu'un constat. C'est comme si un regroupement de pacifistes était représenté par l'image d'une personne en tenue militaire...

      Louka Paradis, Gatineau

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 novembre 2013 15 h 20

      @Mme. Paradis. Comparaison éloquente. Donc, le voile serait le symbole de l'anti-féminisme? Ou de l'anti-femme?

      Mais je comprends que vous ne savez pas exactement en quoi consiste ce genre de rassemblement. Le but n'est pas de plaire à la «majorité», ou de n'envoyer que ses représentants. Lorsqu'on parle des structures d'oppression, la majorité n'est pas toujours du côté des opprimés, comme dans le cas de l'esclavage ou des droits civiques. Même, plus récemment, dans le cas du droit de vote des femmes ou des luttes des années 60-70.

      Mais quand on est prête à tout pour faire l'apologie d'un parti, on tourne parfois les coins rond. Ah, Charte de l'unité qu'elle disait.

  • André Nadon - Inscrit 18 novembre 2013 04 h 30

    Belle façon de noyer le poisson.

    Sous prétexte de démontrer une belle unanimité, le sujet de l'heure n'a pas été abordé directement, mais noyé dans des discussions sans doute importantes mais savamment contrôlées par l'exécutif en place et son penchant pour le multiculturalisme favorisant l'individu.
    Mais que peut un individu seul contre le système. Très peu. Qui peut être contre la vertu? D'où l'unanimité du congrès sur des thèmes comme: Aimez-vous la tarte aux pommes et comment l'améliorer. Beau contrôle des foules. Les dirigeantes devraient aider les policiers du SPVM pour le contrôle des foules sans violence.
    Bonnes chances les femmes.

    • Solange Bolduc - Inscrite 18 novembre 2013 10 h 29

      L'humour qui vous donne raison ! Vaut mieux en rire !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 novembre 2013 05 h 01

    parler pour une majorité

    Le dernier paragraphe m'en dit plus long que tout l'article au complet, sauf la conclusion de Mme Sirois «qui estime, elle aussi, parler pour une majorité de féministes et de Québécoises.» si de l'autre côté «Toutes celles qui ont essayé de corriger sa trajectoire ont été systématiquement écartées ou ignorées.»

    Facile de ramasser une majorité si celles qui ne sont pas d'accord ne sont pas présentes.

    Y a pas de mystère. Quelqu'un de méchant pourrait aller jusqu'à dire que c'était une réunion «paquetée». Et les résultats de cette rencontre,après presque un an de réflexion, demeure encore et toujours «relatifs» !

    Et ça me rappelle quelques rencontres, y a pas si longtemps, où ceux qui étaient en dedans des murs s'entendaient pendant que les gens dans la rues criaient au meurtre.

    Peut-être que le nom de la rencontre à été mal choisit. Au lieu de nommer ça «États généraux»; «États ciblés» décritait mieux la rencontre. Je dis ça de même !

    PL

    • Solange Bolduc - Inscrite 18 novembre 2013 10 h 33

      Tout à fait d'accord avec vous !

  • Nicole Bernier - Inscrite 18 novembre 2013 06 h 22

    500 participantes...

    En ne mentionnant pas comment ces 500 femmes ont été sélectionnées ou quelles organisations féministes sont derrière ces 500 femmes, l'article ne nous permet pas de savoir le degré de représentation de ces consensus. D'autant plus que la priorité du journaliste est accordée à la dissidence, à ceux qui n'auraient pas participé selon une seule féministe (Michele Sirois).

    De plus, l'argument du journaliste décrédibilise la possibilité d'arriver à construire des consensus. Ce qui me semble le plus déterminant, c'est le fait que le travail à la base a été effectué, une démarche que j'ai vu en action chez les autochtones d'Amérique du Sud depuis une quarantaine d'année... En d'autres mots quand le leadership émane des volontés de la base, il est beaucoup plus solide que lorsqu'il émerge des professionnels du mouvement... En d'autres mots, Madame Sirois pourrait avoir raison, en disant que c'est une unité de façade, si elle pouvait faire la preuve que ces 500 personnes ne représentent qu'elles seulement, mais si le travail d'élaboration des propositions s'est étendue sur deux ans et que l'objectif était d'établir où était les consensus, je suis convaincue que cela va donner une indication claire aux leaders du mouvement. Là encore, il est impossible de savoir le degré de représentation de cette dernière. Le journaliste a une approche très individualiste de la question, alors que dans un mouvement d'activistes, la tendance est plutôt de parler des organisations présentes...

    De plus, quand on voit comment Madame Sirois ou le journaliste accorde davantage d'importance à son statut (professeur d'université en sociologie et en anthropologie des religions) qu'à celui des activistes; on reconnait la tension entre les intellectuels et les praticiens, une tension qui selon le milieu universitaire québécois est irréconciliable... Par contre, quand les mouvements écologistes ou autochtones parviennent à surmonter cette tension, le consensus est vraiment solide..