Prix Armand-Frappier - Et le Centre de recherche sur le cancer de McGill fut

Martine Letarte Collaboration spéciale
Quand Michel L. Tremblay a pris la direction du Centre de recherche sur le cancer de McGill, on y comptait que 6 chercheurs principaux. Treize ans plus tard, ils sont 25.
Photo: Rémy Boily Quand Michel L. Tremblay a pris la direction du Centre de recherche sur le cancer de McGill, on y comptait que 6 chercheurs principaux. Treize ans plus tard, ils sont 25.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2013

Michel L. Tremblay, directeur du Centre de recherche sur le cancer Rosalind Morris Goodman de l’Université McGill de 2000 à 2012, a reçu le prix Armand-Frappier pour avoir réussi comme chercheur à favoriser la relève scientifique et à susciter l’intérêt de la population par sa contribution au développement d’un établissement de recherche.

 

De retour d’une année sabbatique au Japon, où il a continué à faire avancer différents projets, Michel L. Tremblay travaille entre autres au développement d’un vaccin contre le cancer avec une entreprise de biotechnologie qu’il vient de créer. Rien ne semble pouvoir l’arrêter, un peu comme lorsqu’il a pris la direction du Centre de recherche sur le cancer de McGill, il y a 13 ans. On y trouvait alors six chercheurs principaux, alors qu’ils sont aujourd’hui 25 professeurs et près de 300 étudiants et techniciens. « J’étais convaincu que, pour être compétitif, le Centre devait avoir une masse critique de chercheurs multidisciplinaires sur d’importantes plateformes technologiques », raconte-t-il.

 

Pour y arriver, Michel L. Tremblay devait obtenir des locaux plus spacieux. Il a atteint son objectif avec l’ouverture, en 2008, du Complexe des sciences de la vie, où le Centre s’est installé.

 

Enthousiaste de s’installer dans son nouveau bureau, Michel L. Tremblay s’y est rendu avant que tout ne soit terminé. « J’ai vu deux personnes, je croyais qu’elles étaient perdues, mais elles ont commencé à me poser des questions sur le Centre, raconte-t-il. Je leur ai expliqué ma vision pendant plus de 30 minutes. Par la suite, j’ai su qu’il s’agissait de Rosalind et Morris Goodman, qui voulaient en savoir plus sur le Centre pour décider s’ils allaient y faire un don substantiel. Ils l’ont finalement fait et on a rebaptisé le Centre en leur honneur. »

 

Créneaux de recherche

 

Rapidement, Michel L. Tremblay voulait agrandir l’équipe de chercheurs. « Il y avait un groupe à l’hôpital Royal Victoria qui faisait presque la même chose que nous, alors j’ai convaincu les gens du Centre universitaire de santé McGill que ce groupe devait se joindre à nous. Le nombre de chercheurs du Centre a monté d’un coup à une quinzaine », explique le professeur aux Départements de biochimie et d’oncologie de l’Université McGill.

 

Il a ensuite formé des équipes multidisciplinaires de chercheurs autour de certains créneaux. « L’équipe qui arrivait du Royal Victoria a continué à travailler sur le cancer du sein. Nous avons créé les créneaux de la biologie du développement animal, de la signalisation cellulaire, de la mort cellulaire et du métabolisme. »

 

Cette dernière équipe obtient d’ailleurs beaucoup de succès, remarque M. Tremblay. « Elle regarde comment l’énergie, comme les acides gras et le glucose, est utilisée par les cellules cancéreuses. Cela permet de comprendre le rôle du diabète et de l’obésité dans le cancer, puis de trouver de nouvelles approches thérapeutiques. Ce fut la première équipe multidisciplinaire à travailler en oncométabolisme moléculaire au Canada et peu d’équipes en Amérique du Nord sont aussi bien structurées. »

 

Michel L. Tremblay croit que la force du Centre se trouve largement dans ces équipes. « Chacune a ses infrastructures, ses bourses et sa masse critique de chercheurs pour faire avancer ses projets de recherche ; tout ce qu’il faut pour recruter de bons étudiants et de jeunes chercheurs dans un milieu de travail où ils seront compris et soutenus », affirme le professeur, précisant que plus d’une centaine d’articles scientifiques sont publiés chaque année par 23 chercheurs du Centre.

 

L’établissement organise même des séances d’information pour le grand public depuis 2009. « Sans recherche fondamentale, nous traiterions encore les cancers comme il y a 50 ans, affirme Michel L. Tremblay. Nos travaux de recherche ont contribué à l’arrivée de nouveaux médicaments sur le marché. Les scientifiques doivent mettre cela en perspective pour le grand public. De plus, le Centre reçoit environ 16 millions en fonds de recherche chaque année et la grande majorité de cette somme vient des contribuables, alors il y a un souci de transparence. »

 

Chercheur prolifique

 

La carrière de Michel L. Tremblay a commencé sur les chapeaux de roue au début des années 1990, alors qu’il faisait un postdoctorat au National Institute of Health, près de Washington.

 

« J’ai réalisé la première souris démontrant le phénotype d’une maladie génétique humaine par la technique du knock-out (recombinaison homologue dans les cellules souches), explique-t-il. C’était un modèle de la maladie de Gaucher, qui a d’ailleurs été utilisé pour identifier de nouveaux traitements. »

 

L’Université McGill a recruté immédiatement le jeune chercheur. « J’ai été le premier à faire une souris génétiquement modifiée par recombinaison homologue en cellules souches embryonnaires au Québec », indique celui qui évalue à près de 850 000 $ en moyenne les fonds de recherche qu’il obtient chaque année.

 

En 1999, il a publié un article dans la revue scientifique Science, dans lequel il identifiait un gène comme cible thérapeutique du diabète de type II. « Des entreprises travaillent toujours à amener des inhibiteurs de cette cible en recherche clinique de phase II », précise le chercheur.

 

Michel L. Tremblay continue de travailler sur ce gène et il a découvert que la protéine agissait aussi comme un oncogène dans certains cancers. « Nous avons obtenu de très bons résultats démontrant l’association du gène avec certains facteurs de risque en cancérologie, tel que l’obésité », affirme M. Tremblay.

 

Le travail se poursuit

 

Il dirige également une nouvelle unité au Centre sur la thérapie génique et cellulaire pour les maladies génétiques.

 

À 55 ans, l’homme originaire de Québec, dont le père travaillait sur les chemins de fer, ne diminue pas le rythme.

 

Il s’investit aussi énormément dans la réalisation d’un vaccin contre le cancer. « Le vaccin réactive le système immunitaire du patient cancéreux pour tuer ses propres cellules cancéreuses. Nous terminons les études précliniques, puis nous irons en phase clinique », explique le professeur, qui a lancé trois entreprises de biotechnologie au cours de sa carrière.

 

Il réalise ce projet avec sa plus récente, Kanyr : « J’ai créé cette entreprise pour amener mes brevets aux étapes supérieures, grâce à du capital privé, et éviter ainsi qu’ils restent sur les tablettes, précise-t-il. Malheureusement, c’est souvent le cas en recherche fondamentale. »

 

Le professeur Tremblay, qui a été influencé dans son choix de carrière par le décès de sa mère d’un cancer du sein pendant qu’il réalisait sa maîtrise à l’Université de Sherbrooke, tente ainsi de faire en sorte que les fruits de ses recherches puissent apporter une réelle contribution au traitement des patients.



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