Les Grands Montréalais, tous des bâtisseurs

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
La classification des Grands Montréalais par domaines de contribution à la collectivité permet à la CCMM de souligner adéquatement le travail d’individus exemplaires.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La classification des Grands Montréalais par domaines de contribution à la collectivité permet à la CCMM de souligner adéquatement le travail d’individus exemplaires.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Chaque année, l’Académie des Grands Montréalais rend hommage à quatre personnalités montréalaises dont la contribution à la collectivité mérite d’être reconnue, que ce soit sur le plan économique, social, culturel ou scientifique. Pour la quatrième fois depuis sa création, en 1984, autant de femmes que d’hommes seront aujourd’hui honorés à l’occasion d’une réception commémorative.

« C’est rare que ça arrive, cette parité homme-femme au moment des nominations, signale d’emblée M. Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Ça s’est produit en 1991, 1995 et 2009. »

 

Ces femmes singulières, ce sont, en cette année 2013, Lise Watier, fondatrice de la maison de cosmétiques du même nom, et Julie Payette, astronaute canadienne et directrice du Centre des sciences de Montréal. Nommées Grandes Montréalaises pour leur contribution respective sur les plans économique et scientifique, elles figurent au tableau des honneurs 2013, aux côtés de Kent Nagano, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), et Pierre Bourgie, président de la Société financière Bourgie inc. Ceux-ci se sont pour leur part distingués dans les secteurs culturel et social.

 

« Ce que je trouve qui ressort cette année, c’est que tous nos participants sont de grands bâtisseurs, indique M. Leblanc. Mme Watier a fondé son entreprise et c’est une grande femme d’affaires. M. Nagano, lui, est l’emblème du succès que connaît l’Orchestre symphonique de Montréal. S’il n’avait pas connu tous ces succès, on n’aurait jamais vu naître la Maison symphonique. Quant à M. Bourgie, c’est sur le plan social qu’on reconnaît sa force de bâtisseur. C’est un grand mécène et philanthrope. Et puis, Mme Payette, eh bien, c’est une source d’inspiration. Elle, qui est allée dans l’espace, redonne à la collectivité en travaillant au Centre des sciences. Sa contribution est exceptionnelle ! »

 

Fait intéressant, Mme Watier est seulement la seconde femme d’affaires à être honorée pour son apport économique, la première ayant été Hélène Desmarais, nommée en 2010. Du côté des sciences, Mme Payette fait également partie des pionnières, la plupart des Grandes Montréalaises ayant été saluées pour leur contribution culturelle ou sociale.

 

« Jadis, les femmes étaient peut-être moins visibles qu’elles ne le sont aujourd’hui, commente M. Leblanc. Cette année, on leur rend hommage et je suis heureux que le rapport soit égalitaire. »

 

Une sélection rigoureuse

 

Comme chaque année depuis sa fondation, en 1984, les lauréats de cette édition ont été choisis par l’Académie des Grands Montréalais. « On a fait un appel de candidatures, explique le président de la CCMM. On a écrit à tous les Grands Montréalais et à des leaders de la collectivité pour leur demander qui devrait être mis en candidature. Cette année, on en a reçu beaucoup, comme à l’accoutumée ! Ce qu’il faut savoir, c’est que, lorsqu’on nous suggère un nom, on le garde pendant 10 ans. Cette année, il y a des noms qui se sont ajoutés à la liste et des noms qui étaient déjà là. »

 

Après cet appel général de candidatures, les Grands Montréalais honorés en 2012 ont été consultés, puis chargés de ramener le compte à quatre candidatures par catégorie. Ces 16 propositions ont été soumises à l’Académie, qui a alors demandé à ses membres de voter pour un candidat par secteur et de désigner quatre lauréats.

 

Souvent questionné quant au nombre des catégories de sélection des Grands Montréalais, M. Leblanc estime que leur compte est bon pour le moment : « On a quatre catégories depuis plusieurs années et ce n’est certainement pas trop ! Au départ, on honorait beaucoup de sportifs et de gens d’affaires. Ce dont on s’est aperçu, c’est que notre ville regorge de talents parfois moins connus. Je pense aux gens de la communauté scientifique, par exemple, qui sont souvent méconnus, mais qui contribuent à l’avancement de la science de façon importante. C’est une façon de lancer le message que, oui, être un Grand Montréalais, c’est créer de la richesse, mais c’est aussi créer des connaissances. »

 

Michel Leblanc ajoute que la classification des Grands Montréalais par domaines de contribution à la collectivité se veut aussi appropriée et permet à la CCMM de souligner adéquatement le travail d’individus exemplaires. Il considère que la plupart des leaders positifs montréalais peuvent être associés à l’une ou l’autre des catégories existantes (apport économique, social, scientifique ou culturel) et que celles-ci ne s’avèrent pas trop restrictives.

 

« On me demande souvent pourquoi on n’ajoute pas de catégorie politique, dit-il. Ma réponse, c’est que, pour l’instant, on considère que peu de gens ont eu une contribution politique assez importante pour qu’ils soient nommés Grands Montréalais. Il y en a eu quelques-uns dans l’histoire, mais ils sont trop peu nombreux pour qu’on crée une catégorie. Jean Drapeau, par exemple, avait été honoré en 1978, lorsque le CN parrainait les Grands Montréalais. Peut-être qu’un jour il sera temps d’honorer un nouveau politicien — on se le souhaite tous — mais, si on va dans cette voie-là, il faudra s’assurer qu’on ne joue pas un jeu politique. »

 

Un ajout à la constellation

 

L’an dernier, à l’occasion des célébrations du 190e anniversaire de la CCMM, la Constellation des Grands Montréalais a été inaugurée. Sorte de grande murale interactive où percent 122 points lumineux en l’honneur des 122 Grands Montréalais nommés jusqu’alors, l’oeuvre a été installée dans le hall ouest du Palais des congrès, du côté du parc Riopelle. Cette année, pour représenter les plus récents gagnants, quatre étoiles seront ajoutées à la constellation.

 

« C’est la première fois qu’on rajoutera des noms à la Constellation, souligne M. Leblanc. Lorsqu’on a décidé qu’on installait cette oeuvre pour les Grands Montréalais, j’ai partagé mon désir qu’on opte pour quelque chose qui puisse évoluer dans le temps. C’est pour ça qu’on a laissé de la place pour des ajouts. Je pense qu’on a l’espace nécessaire sur la Constellation pour les 35 prochaines années ! Le reste, ce sera à mon successeur de s’en occuper ! »