Charte des valeurs québécoises - Les actes islamophobes se sont multipliés, selon des organismes

Certaines des plaignantes affirment avoir été agressées verbalement après des manifestations.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Certaines des plaignantes affirment avoir été agressées verbalement après des manifestations.

Le Collectif québécois contre l’islamophobie a reçu plus de 100 plaintes de femmes voilées qui disent avoir été invectivées, voire brutalisées dans les rues depuis le début du débat sur la Charte des valeurs québécoises, à la fin du mois d’août. Entre le 15 septembre et le 15 octobre seulement, le comité a reçu 117 plaintes, de 114 femmes, toutes voilées, et de trois hommes, concernant des agressions verbales et physiques liées à l’islamophobie. 80 % de ces plaintes visaient des incidents survenus à Montréal.

 

Hamadi Saad, par exemple, rapporte avoir été suivie et injuriée alors qu’elle revenait d’une manifestation contre la Charte des valeurs québécoises avec deux de ses copines. Lorsqu’elle s’est adressée à un policier pour réclamer sa protection, ce dernier a fermé la vitre de sa voiture sans l’écouter, rapporte-t-elle. À un autre moment, Mme Saad, qui tient une garderie en milieu familial, s’est fait accuser en pleine rue de tenter d’islamiser les enfants, en plus de se faire dire de « retourner chez elle ». Depuis cet incident, Mme Saad dit ne plus vouloir marcher seule dans la rue et se fait accompagner de son fils.

 

Pour sa part, Salam El Menyawi, président du Conseil musulman de Montréal et qui vit ici depuis plus de 40 ans, affirme s’être fait dire pour la première fois de « rentrer chez lui » par un passant. Enfin, Adil Charkaoui, coordonnateur du Collectif québécois contre l’islamophobie, a reçu des menaces de mort sur son site Facebook. Le responsable de ces menaces fait présentement face à des accusations concernant ce méfait.

 

Rappelons que, dans les sept mois précédant le début du débat sur la Charte des valeurs québécoises, le comité n’avait reçu que 25 plaintes, ce qui fait dire à ses représentants que c’est bien le débat sur la Charte qui a déclenché ce courant islamophobe.

 

Plaintes contre les médias

 

Par ailleurs, le collectif a aussi reçu 146 plaintes d’islamophobie contre les médias, dont 58 visaient le chroniqueur Richard Martineau, 55, le chroniqueur Robert Dutrizac et 14, l’animateur Paul Arcand.

 

Mardi en conférence de presse, l’avocat Julius Grey, qui accompagnait les deux autres organismes, a établi un rapprochement entre l’islamophobie prévalant présentement en Occident et l’antisémitisme qui régnait dans les années 1930.

 

Me Julius Grey insiste pour dire que cette islamophobie n’est pas propre au Québec, mais règne partout en Occident. De leur côté, les membres du Collectif québécois contre l’islamophobie ont tenu un sondage auprès de 556 musulmans du Québec âgés de plus de 18 ans. Du nombre, 43,2 % ont qualifié de « très tendu » le climat social général actuel au Québec, 25,6 % ont dit avoir été victimes de comportements haineux à cause de leur appartenance religieuse et 18 % disent que des membres de leur famille en ont été victimes. 56,8 % estiment qu’un climat anti-musulman s’est installé depuis quelques mois, tandis que 16,5 % croient que cette tendance était enclenchée depuis des mois et que 24,3 % considèrent que cette tendance était installée depuis des années.

4 commentaires
  • Robert Laroche - Abonné 6 novembre 2013 09 h 39

    Une lumière jaune à tenir compte

    Il faut tenir compte de ces informations pour éviter que a société québécoise glisse dans une crainte démesuré de l’Islam.

    Tout questionnement à propos des grilles d’analyses et des sources d’information de ses groupes de défenses risques d’être interpréter comme xénophobe et islamophobes.

    Les risques de dérapages d’une société vienne de différente source y compris les intérêts de ceux et celles qui souhaitent ce dérapage pour d’autres considérations politiques.

    Présentement certains contributions au débat cherche à « démoniser » l’autre et ces comportements manipulateurs du domaine politique ne sont pas le fait exclusif du gouvernement minoritaire du PQ ou encore des tenants de la laïcité dans l’espace étatique.

    Chaque situation risque d’être instrumentaliser par les enjeux de pouvoir du jeu politique.

    Un des grands défi de la démocratie est de protéger et de renforcir la conscience citoyenne à travers ces enjeux de pouvoir.

    Cette information est une lumière jaune que la société québécoise a à tenir compte si elle souhaite être fidèle à sa propre nature.

    • Pierre Cloutier - Abonné 7 novembre 2013 11 h 40

      Vous avez bien raison. Il faut être très prudent et vérifier d'où viennent ces chiffres et ces informations.

      Qu'il y ait un peu plus de critiques verbales à l'endroit de femmes voilées, c'est déplorable mais c'est compréhensible étant donné que le sujet est très présent dans l'actualité présentement.

      La lumière n'est peut-être pas si jaune que ça. Avant de l'affirmer, il faut s'en assurer.

      Il faut aussi reconnaître qu'il y a, depuis peu, une augmentation troublante non seulement du nombre de voiles dans la rue mais de la longueur, de l'épaisseur et de l'étrangeté de beaucoup de ces accoutrements. Y aurait-il tentative de provocation ? Cela me semble une possibilité. On est très loin de la religion ici. C'est une bataille politique que nous livrent certains leaders islamiques qui sont justement les responsables de l'association décrite dans l'article ci-dessus comme ayant reçu des plaintes.

      ---

  • Rafik Boualam - Inscrit 6 novembre 2013 10 h 48

    crédibilité

    je n'accorde pas beaucoup de crédibilité au collectif québécois contre l'islamophobie parce qu'il défend en même temps une certaine conception de l'islam. Mais les informations sur des cas d'agressions verbales impliquant des femmes voilées proviennent aussi de plusieurs groupes de femmes, et ces groupes de femmes sont à mes yeux crédibles.

  • Pierre Cloutier - Abonné 7 novembre 2013 11 h 29

    Chers journalistes

    Svp, un peu de retenu. Dans une grande ville comme Montréal, chaque jour, des gens se heurtent, s'engueulent et même se bousculent pour toutes sortes de raisons. C'est malheureux et c'est pour ça qu'il faut travailler à construire une société où l'harmonie règne au maximum.

    Il faut être prudent avec les associations auto-déclarées ne comptant que très peu ou parfois aucun membre en règle. Avant de nous écrire des articles publiés dans le Devoir, journal très sérieux, il me semble qu'une vérification devrait être faite quant à la crédibilité de ces soi-disants associations. Par exemple, on peut vérifier auprès de la police pour voir si certaines agressions sont en hausse ou en baisse.

    En tant que lecteur, c'est le genre d'information dont j'ai besoin.

    Pierre Cloutier