Consommation - Un service au poil, pour patients à quatre pattes

Claude Lefrançois, vétérinaire, se déplace à vélo pour ses visites à domicile. 
Photo: Émilie Folie-Boivin Le Devoir Claude Lefrançois, vétérinaire, se déplace à vélo pour ses visites à domicile. 
Quand la vétérinaire Claude Lefrançois a stationné sa vieille bicyclette pour sortir un coffre à outils de sa remorque, sa cliente, Mme Chagnon, était un peu embêtée. Tempête, son labrador de 15 ans, ne boitait plus. Mais comme le chien était âgé, mieux valait vérifier la patte de la bête qui, de toute façon, avait déjà le museau fourré dans les biscuits de cette vétérinaire ambulante.

Trois jours par semaine, Mme Lefrançois, une dame tout-terrain à la mine bon teint, habillée selon son humeur du jour — bas d’Halloween ce matin-là — prend congé de sa clinique pour rencontrer ses patients à vélo. Elle sillonne la Rive-Sud de Montréal, affrontant les éléments hivernaux, équipée de gants « pas de coutures » et de pneus cloutés. Réduit à sa plus simple expression, son cabinet vétérinaire mobile (deux coffres et une pompe à air) comporte tout le nécessaire, même de quoi pratiquer l’euthanasie à domicile.

Ce docteur Dolittle sur roue fait flèche de tout bois pour mener ses examens. L’îlot de cuisine, ou le sofa préféré de Fido, devient la table de consultation. Ce jour-là, les escaliers de la cour servent d’appui pour ausculter la patte de Tempête. Pour le test glycémique de Lady, autre patiente poilue, elle fait main basse sur le glucomètre de son maître Bernard, diabétique comme sa chatte. « En clinique, tu achètes ce qui est efficace, c’est tout. À vélo, ça te force à “ penser léger ”. Ça fait travailler la créativité, une qualité peu mise à profit dans le milieu de la santé », souligne cette tricot-graffiteuse, qui recouvre de laine le mobilier urbain.

En calculant les frais de taxis ou de nettoyage de la voiture, comme ça se produit pour Bernard quand sa Lady, effrayée, souille l’auto entière, un vétérinaire qui se déplace peut devenir une aubaine. Patricia Chagnon, une mère de famille active, a été charmée par ce concept unique.

Qu’importe son moyen de locomotion, « on devrait choisir son vétérinaire non pas par le prix, mais pour le service », pense Claude Lefrançois. « C’est un peu comme choisir son médecin de famille. » Ses clients ? « Ce sont des gens qui ont parfois plusieurs animaux, des professionnels aussi qui n’ont pas le temps de patienter en clinique ou dont l’animal est nerveux ou agressif. Certains en profitent pour avoir de la compagnie. Mais les gens ne sont pas nécessairement aisés », précise-t-elle. À ses tarifs s’ajoutent les frais de déplacement, établis selon le territoire couvert entre Longueuil et Brossard.

Si quelques vétérinaires traditionnels offrent aussi des services à domicile, ils n’ont pas à craindre sa concurrence, précise la soignante à bicyclette. Elle ne fait pas plus de trois visites par jour, cinq en période intense de vaccination contre les vers du cœur. « En clinique, les vétérinaires n’ont que 20 à 30 minutes pour examiner l’animal et trouver la source du problème. » Un beau défi quand les maîtres n’ont aucune idée de ce qu’ils servent à manger à leur animal, sauf la couleur du sac. Claude Lefrançois consacre au moins une heure à ses protégés, fait de la prévention, jette un regard sur la cour pour déceler la cause d’une blessure à la patte. « Les médecins de famille peuvent ouvrir les frigos pour voir comment leur patient s’alimente. Moi, je vois les litières. Je dis si le bac est trop petit, je leur suggère d’en acheter un nouveau, s’il n’a pas été changé depuis dix ans. »

La grande sportive a eu l’idée de prendre les guidons de sa profession, inspirée par Ramon Vitesse, libraire mobile de Cowansville, et par un gars du Danemark qui dépiste de porte en porte les pertes de chaleur des maisons, traînant à vélo 100 livres d’équipement. Dotée d’un amour des gens et d’un bon sens de la communication, elle ne veut plus lâcher ses patients, nourrie par toutes ces rencontres qu’elle fait sur la route. « Ça me permet de voir un Saint-Lambert que je ne vois pas dans le journal. » Et tout cela se fait dans le cadre rassurant de la maison.

Avant de quitter Tempête, la vétérinaire remet des anti-inflammatoires et de la glucosamine à sa maîtresse. « Ce n’est pas un cas de radiographie. Peut-être de l’arthrose ou une bonne tendinite. Je t’appelle dans quelques jours pour faire le suivi. » Sa cliente lui promet des petits gâteaux pour la prochaine visite. Si c’est au printemps, elle arrivera peut-être accompagnée de sa stagiaire, une étudiante montréalaise dont le conjoint est, tiens, un mécanicien de bicyclettes. Avec un peu de chance, l’île aura peut-être bientôt sa propre vétérinaire à vélo.
1 commentaire
  • Danielle - Inscrit 4 novembre 2013 13 h 06

    L'amimaleuse humaniste.

    Merci pour votre humanisme envers les humains et les animaux. ''Dites moi comment vous traitez votre animal et je vous dirai qui vous êtes''. Lorsque je suis témoin d'une telle délicattesse envers les animaux, cela me touche et me fait du bien.