AQOCI - Les organismes québécois sonnent l’alarme

Martine Letarte Collaboration spéciale
Cette boulangerie solidaire, située à Ouagadougou, au Burkina Faso, a été mise sur pied par une petite centrale syndicale, l’Organisation nationale des syndicats libres, partenaire du CISO. Une cinquantaine de personnes y travaillent.
Photo: Michèle Asselin / CISO Cette boulangerie solidaire, située à Ouagadougou, au Burkina Faso, a été mise sur pied par une petite centrale syndicale, l’Organisation nationale des syndicats libres, partenaire du CISO. Une cinquantaine de personnes y travaillent.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors que différentes formes de financement du gouvernement fédéral se font attendre, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) sonne l’alarme face à la situation devenue critique pour plusieurs organismes québécois et partenaires du Sud.

 

Depuis plus de deux ans, le gouvernement canadien n’a pas fait d’appel régulier de propositions pour le financement de projets de développement international. Le financement du programme de coopération volontaire qui se terminera le 31 mars prochain n’a pas encore été renouvelé. De plus, le gouvernement n’a pas reconduit le Programme de stages internationaux jeunesse depuis mars dernier. L’AQOCI y voit une menace pour le maintien de l’expertise développée par ses membres et des conséquences graves pour les populations du Sud.

 

« Il y a un problème majeur au niveau du financement des organismes de coopération internationale qui sont extrêmement fragilisés », affirme Michèle Asselin, vice-présidente de l’AQOCI et coordonnatrice du Centre international de solidarité ouvrière (CISO).

 

D’après une recherche exploratoire menée par le chercheur Paul Cliche, 22 organismes de coopération internationale sur 54 au Québec étaient en mauvaise situation financière en 2012. Pour 21 d’entre eux, la crise s’était traduite par une baisse globale, entre 2010 et 2012, de plus de 22 % de leur budget et de près de 29 % du nombre d’emplois rémunérés.

 

Et la situation s’est aggravée depuis 2012, affirme Mme Asselin. «Plusieurs organismes ont dû mettre à pied du personnel ou réduire le temps de travail à quatre jours par semaine, par exemple. D’autres ont dû mettre certains employés en période de chômage. »

 

Mme Asselin a dû elle-même mettre à pied trois employés sur cinq au CISO depuis son arrivée, en 2010. Ce genre de situation provoque un effet domino dans les pays du Sud, remarque l’ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec. « Nos partenaires, à Haïti notamment, ont aussi dû mettre à pied des employés, affirme-t-elle. Au Québec, nous avons un filet de sécurité sociale, mais ce n’est pas le cas à Haïti et ailleurs, alors l’impact d’une mise à pied n’y est pas le même sur les familles. »

 

Des organismes prévoient même fermer des bureaux au niveau international dès la fin de 2013, d’après l’AQOCI.

 

Plusieurs coups durs

 

Cette situation n’est pas étrangère au fait que les organismes de développement international ont reçu peu de financement du gouvernement fédéral pour leurs projets au cours des dernières années. « Seulement 11 % de l’enveloppe budgétaire du dernier appel de propositions lancé il y a plus de deux ans a été accordée à des organismes du Québec, précise Michèle Asselin. C’est peu, considérant le nombre important d’organismes québécois reconnus. Depuis, plus rien. »

 

Le mode de financement des projets inquiète aussi. « Auparavant, on pouvait obtenir du financement au fur et à mesure qu’un projet venait à échéance, en travaillant étroitement avec son agent de programme à l’ACDI [Agence canadienne de développement international, aujourd’hui intégrée au ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada]. Maintenant, nous devons attendre les appels de propositions sans savoir à quel moment ils auront lieu. Cela ne permet pas aux organismes de bien planifier leur travail », explique Mme Asselin.

 

L’AQOCI s’inquiète aussi de voir que le programme de coopération volontaire, qui se terminera le 31 mars, n’a pas encore été renouvelé. Soulignons que c’est par l’entremise de ce programme que des organismes comme Oxfam-Québec et le CECI envoient des volontaires dans les pays du Sud.

 

En mode solutions

 

Pour l’AQOCI, la crédibilité du Canada en matière de coopération internationale est en jeu avec cette crise. « En travaillant sur des projets à long terme, on a réussi à développer des partenariats locaux solides, maintenant menacés, indique Michèle Asselin. C’est très inquiétant, puisqu’on ne réussit pas à faire du développement international avec des petits projets ponctuels. Ça prend de la pérennité, de l’enracinement. »

 

Plusieurs organismes font des pieds et des mains pour trouver des façons innovantes de réaliser leurs activités. « Par exemple, le projet du CISO au Burkina Faso n’a pas obtenu de financement du gouvernement fédéral lors du dernier appel de propositions, mais il a été réalisé grâce à la solidarité du mouvement syndical, raconte Mme Asselin. Le projet a une moins grande envergure que prévu, mais, au moins, nous n’avons pas lâché nos partenaires. »

 

L’AQOCI travaille aussi avec le gouvernement du Québec sur un projet d’agence québécoise de solidarité internationale. « Un comité de travail paritaire a été mis sur pied à l’initiative du ministre Jean-François Lisée, précise Mme Asselin. On devrait faire un rapport à la fin de l’année. Cela pourrait nous permettre d’enchâsser les orientations québécoises en matière de développement international dans le financement de projets. »

 

Elle affirme que le Canada doit continuer à jouer son rôle en matière de développement international. « Le gouvernement doit assumer ses responsabilités, affirme Mme Asselin. Tous les organismes sont en attente de financement en ce moment. Nous lançons un cri d’alarme. »

 


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