L’enjeu n’est pas la seule démocratie représentative

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour favoriser la présence et l’expression des femmes en politique, des personnes engagées dans les groupes de femmes proposent des réformes de notre système démocratique.

 

Blanche Paradis, coordonnatrice du Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec, voit ainsi l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel comme l’une des solutions. Cette idée avait été appuyée par plusieurs groupes de femmes lors des consultations sur l’avant-projet de loi sur la réforme du système électoral, en 2005. « Ça ne garantirait pas qu’il y aurait plus de femmes élues, mais il y aurait plus de voix politiques différentes à l’Assemblée nationale. Et on sait que les femmes ont une plus forte présence dans les partis qui ont le moins de chances d’être élus », indique Mme Paradis. Arrimé à certaines mesures, ce mode de scrutin pourrait couper court à l’habitude des partis politiques de présenter leurs candidates dans des circonscriptions déjà perdues d’avance. « Il faudrait établir des listes nationales, avec une alternance obligatoire de candidatures féminines et masculines », propose Mme Paradis.

 

« L’idée de limiter le nombre de mandats ne serait pas une mauvaise chose, souligne de son côté Esther Lapointe, directrice générale du Groupe femmes, politique et démocratie. Ça ne reviendrait plus toujours aux mêmes d’occuper les postes décisionnels dans la société. »

 

Candidatures

 

Elle croit aussi que des élections à date fixe aux niveaux provincial et fédéral donneraient « la chance à tout le monde de préparer sa candidature avant de se lancer ». Au niveau municipal, son groupe peut justement former de futures candidates des années à l’avance. Elle note que les femmes ont souvent tendance à réfléchir plus longuement et à consulter leur famille avant de faire le saut dans l’arène politique. « C’est difficile pour une femme quand on lui demande de se présenter deux mois avant une campagne électorale. »

 

Reste aussi à améliorer le soutien aux femmes déjà élues. « Ce qui me désole, c’est qu’on reçoit de l’argent pour former de futures élues, mais, après, il n’y a plus rien pour elles. On n’a plus du tout d’argent pour faire des activités », dit Esther Lapointe. Le Groupe femmes, politique et démocratie tente d’ailleurs actuellement de stimuler le réseautage entre politiciennes pour qu’elles s’épaulent entre elles une fois au pouvoir.

 

Blanche Paradis suggère, de son côté, quelques mesures coercitives, comme exiger des partis politiques qu’ils rendent des comptes au Directeur général des élections sur leur plan d’action visant à atteindre la parité interne, ou encore modifier les bonifications financières accordées selon la présence de femmes dans le parti.

 

Mais l’enjeu ne se limite pas à la démocratie représentative. Blanche Paradis croit qu’il est tout aussi important, dans les instances près de la population et dans les villes, de développer en parallèle « de bons mécanismes de démocratie participative [qui] feraient en sorte que les femmes s’engageraient et apporteraient leurs points de vue. Elles sont souvent plus à l’aise dans ces lieux d’expression. Il y a moins de barrières. »

 

Dans le même ordre d’idées, Mme Paradis suggère de revoir le modèle des Conférences régionales des élus, qui ont remplacé, en 2003, les Conseils régionaux de développement, dans lesquels la société civile pesait plus lourd. « Les femmes étant actuellement sous-représentées au niveau des élus municipaux, automatiquement elles se retrouvent sous-représentées dans ces structures, qui déterminent les grandes orientations du développement dans chacune des régions du Québec », déplore Mme Paradis

 

 

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