Philosophes, sortez de votre caverne!

Les « pelleteux » descendent de leur nuage pour s’attaquer à l’abstraction dans leur image. Dans une campagne « légèrement humoristique » dévoilée mardi, la Faculté de philosophie de l’Université Laval a décidé en effet d’inviter d’anciens diplômés en philo à faire leur « coming out philosophique » pour démontrer à la face du monde - et du Web - leur utilité et pertinence dans la bonne marche du présent.

 

Baptisé « ensemble contre la philophobie », le plan de lutte contre les nombreux préjugés qui affligent généralement les étudiants et diplômés en philo compte d’ailleurs sur le témoignage vidéo de plusieurs personnalités publiques étant passées par l’étude rationnelle de la nature et des valeurs humaines, avant de faire leur marque dans le monde de la musique, celui des affaires ou de l’ingénierie, et ce, pour que cette campagne soit plus qu’une allégorie.

 

« Tout ça a commencé par une blague que nous avons décidé d’assumer jusqu’au bout, résume à l’autre bout du fil le responsable de cette campagne, Alexandre Lavallée, diplômé en philosophie, mais également en relations publiques. Il n’y a pas de honte à étudier la philosophie et ce n’est jamais mauvais, surtout en ce moment, de se le faire rappeler. »

 

Selon lui, les grèves étudiantes passées, en mettant sur la table l’idée de droits de scolarité modulables en fonction de la contribution sociale de chaque filière académique, ont fait remonter à la surface les préjugés à l’égard de plusieurs d’entre elles, dont la philo. Ces études, où les barbus prolifèrent, dit-on, ne mèneraient qu’au chômage ou à l’enseignement, en plus d’alimenter la société en citoyens dysfonctionnels. En gros.

 

Le site www.philophobie.com cherche à démontrer le contraire, mais également à mettre en lumière la diversité des destinations où peut conduire l’étude de Platon, Aristote, Habermas, Foucault, Böhm et les autres. Il y est question, entre autres, de Damon Horowitz qui, avec son doctorat en philo, est aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google, de Louis Massicotte, le président de Mass Media Capital et de Net Création et entrepreneur du Québec numérique, tout comme d’Hélène Barbeau, responsable de l’image de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ). De nouveaux « coming out » devraient s’ajouter dans les prochains jours pour affirmer que la philophobie, tout comme l’homophobie dont cette campagne s’inspire, n’est finalement pas une fatalité.

 

« Une société qui se transforme gagne à stimuler la multiplication en son sein de personnes capable de remettre en question les idées reçues », mais aussi de mettre la réalité en perspective, d’appréhender les problèmes de la vie avec méthode, avec plus de raison que d’émotion, dit M. Lavallée. Une promotion de l’engagement philosophique, en somme, qui, selon lui, n’a pas l’obligation d’être hermétique et peut du coup passer par un clin d’oeil.

7 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2013 06 h 49

    Le temps

    L'avantage d'avoir été philosophe au début de cette science est que si peu avait été écrit sur le sujet, ce qui laissait beaucoup de place à la recherche personnelle, à la découverte de sens et beaucoup moins à répéter ce qu'on a lu !

    Les meilleurs pilosophes n'ont pas vraiment beaucoup lu sur le sujet, mais ils y ont «réfléchit» !

    Ce n'est qu'une opinion évidemment !

    Y a t'il quelqu'un qui a déjà dit :«Pense par toi-même» ? Aristote peut-être ? Je ne sais vraiment pas.

    PL

    • Alexandre Rouette - Inscrit 23 octobre 2013 15 h 31

      Selon le philosophe allemand Immanuel Kant, la devise des Lumières était « Sapere Aude ! » c'est-à-dire « Aie le courage de te servir de ton entendement ! » C'est le meilleur exemple que j'ai pu trouver.

  • Rafik Boualam - Inscrit 23 octobre 2013 09 h 33

    le besoin

    Et par le temps qui court, on besoin de plus en plus de philosophes capables de nous éclairer. Dans un contexte où la réflexion, la profondeur, la subtilité, l'introspection sont des dimensions honnies, ridiculiséeset écartées au profit de l'immédiateté, du court terme, de la fugacité, la philosophie, plus que jamais , est indispensable.

  • Gérard Croteau - Abonné 23 octobre 2013 16 h 32

    Le besoin

    Je vois assez souvent des débats tourner en rond, car chacune des parties s'évertue à multiplier des arguments qui passent entièrement à côté du coeur du problème, pour penser qu'un peu plus de philosophie dans le cursus de chacune aurait pu sauver beaucoup de temps et d'énergie pour tout le monde.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 octobre 2013 05 h 11

      Ne comptez pas sur les philosophes pour faire ça M. Croteau, tout ce que j'ai lu, écrit par eux, est complètement vaporeux et déconnecté de la réalité. Que de la brume venue de la «cité mythique» !

      PL

    • Alexandre Lavallée - Inscrit 25 octobre 2013 10 h 37

      Monsieur Lefebvre,

      Il est vrai que plusieurs écrits dits "philosophiques" sont très hermétiques. Je suis par exemple le premier à condamner le style d'écriture d'Hegel ou d'Heidegger (même si j'avoue n'avoir lu que les traductions).

      Il y a cependant autant de styles et de philosophies qu'il y a d'individus, et la généralisation dont vous faites preuve témoigne de la pertinence de la campagne "Ensemble contre la philophobie".

      Les conséquences d'une initiation à la philosophie diffèrent pour chacun d'entre nous : si, après être passé par la philosophie, nous en venions tous à exprimer les mêmes idées de la même manière, le monde serait bien triste!

      Mais ce qui est certain, c'est que confronter ses opinions, ses valeurs et ses interprétations à celles des autres de manière rationnelle, puis tenter de les formuler dans un discours cohérent, cela nuit rarement à la découverte de soi et à la capacité de dialoguer...

  • Georges LeSueur - Inscrit 25 octobre 2013 20 h 44

    oui mais...

    « Une société qui se transforme gagne à stimuler la multiplication en son sein de personnes capable de remettre en question les idées reçues »

    Oui ! À condition que les idées reçues soient entendues....