Lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres - Le Conseil oeuvre à établir la solidarité entre les communautés

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Un kiss in a été organisé le 9 septembre dernier, devant le consulat de la Russie, pour protester contre les lois antigais en vigueur dans ce pays.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Un kiss in a été organisé le 9 septembre dernier, devant le consulat de la Russie, pour protester contre les lois antigais en vigueur dans ce pays.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Conseil québécois LGBT est plus que jamais préoccupé par le respect des droits des gais, des lesbiennes, des bisexuels et des transgenres à l’extérieur de nos frontières. Entrevue avec le directeur général, Steve Foster, qui désire développer une meilleure solidarité internationale dans le domaine.

 

Des lois répressives contre les homosexuels en Russie à l’adoption de la loi autorisant le mariage de conjoints du même sexe en France, l’année a été mouvementée sur la scène internationale en ce qui concerne les droits des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres. Au point où la défense de ces droits à travers le monde commence à devenir une préoccupation centrale du Conseil québécois LGBT. En entrevue, Steve Foster, directeur général du Conseil LGBT, finit par continuellement revenir sur ces questions.

 

« À l’international, ce qu’on voit actuellement, c’est qu’il y a deux courants : il y a des avancées à bien des endroits, tandis qu’il y a des reculs magistraux à bien d’autres endroits, observe M. Foster. Les gains qu’il y a eu, on s’en réjouit. Mais, ce qui est dommage, c’est qu’on dirait que, parce qu’il y a des gains à certains endroits, il y a d’autres pays qui semblent se sentir dans l’obligation de tout de suite vouloir mettre des choses en place pour restreindre ces droits, comme s’ils ne voulaient pas que ça évolue comme partout ailleurs ».

 

Ce qui se passe à l’étranger est loin de laisser de marbre le Conseil québécois LGBT. « Le Conseil, à l’avenir, va vraiment porter une attention particulière à ce qui se fait à l’international », affirme M. Foster. « C’est difficile de pouvoir étendre notre action à l’international, reconnaît-il, expliquant que les groupes communautaires LGBT du Québec survivent avec peu de financement. Par contre, je pense qu’il y a des choses qui peuvent être faites par solidarité, comme écrire aux élus ou interpeller les instances. »

 

D’ailleurs, le Conseil québécois a été assez actif de ce côté durant la dernière année. Il a envoyé un message aux élus français pour leur rappeler comment le mariage entre conjoints du même sexe avait été entériné au Canada, un autre au Comité international olympique (CIO) à propos de la sécurité et des lois répressives de la Russie à la veille des Jeux de Sotchi, ainsi qu’une missive demandant des éclaircissements au pape François par rapport à la légère ouverture qu’il a manifestée à l’endroit des homosexuels. « Il reste qu’on est quand même limité dans notre capacité à intervenir tout le temps », admet M. Foster.

 

La voix du Conseil québécois LGBT résonne sur plusieurs tribunes au Québec, au sujet de la controverse entourant les Jeux olympiques. L’organisme s’est prononcé contre un boycottage des compétitions, invitant plutôt les athlètes à rendre visible le drapeau arc-en-ciel et le grand public à boycotter les commanditaires des Jeux. D’ailleurs, le Conseil québécois LGBT vient de rejoindre la coalition Pride House International, qui fait pression pour obliger les villes hôtesses de grandes compétitions sportives à tenir en marge une Pride House, comme lors des Jeux olympiques de Vancouver en 2010 et de Londres en 2012.

 

« On a un levier médiatique qui permet aux médias de s’intéresser à la cause. Le problème est que, une fois que les Jeux vont être terminés, il va se passer quoi ? On le voit dans d’autres endroits du monde, comme en Ouganda, où on a tenté de rendre l’homosexualité passible de la peine de mort. Les médias [d’ici] ne s’y sont pas intéressés. Ça devient plus difficile de sensibiliser aux réalités sur le plan international. »

 

Bâtir des ponts

 

Le conseil québécois LGBT a toujours pris la parole sur ce qui se produit au niveau international, mais il désire maintenant pousser la solidarité plus loin. « À partir de maintenant, on aimerait développer davantage notre intervention, ne serait-ce, pour le Conseil et d’autres organismes LGBT du Québec, que de faire du parrainage d’organisations qui existent à l’échelle internationale, pour avoir un partage de connaissances. »

 

Une façon de faire qui permettrait d’approfondir la solidarité entre communautés LGBT du monde, plutôt que de réagir à une urgence ou à une circonstance, afin de bâtir des ponts solides à long terme. « Il faut arriver à dépasser la simple signature de pétitions en ligne. Il faut aller plus loin que ça maintenant. »

 

Ainsi, il entrevoit des possibilités de mieux connaître les réalités des communautés LGBT dans certains pays et des possibilités, pour elles, de partager leurs expériences, leurs expertises et leurs connaissances. Mais, précise-t-il, la démarche doit se réaliser dans une dynamique d’écoute. « On a une tendance à militer au niveau international de la même façon qu’on le fait dans nos propres pays, comme au Québec ou au Canada. Mais, des fois, on oublie l’histoire et la culture environnante dans certains pays. »

 

Intervenir au Canada

 

Pour l’instant, si la voix du Conseil québécois LGBT demeure restreinte dans l’écho qu’il peut avoir sur la scène internationale, il se fait un devoir d’interpeller le gouvernement Harper, dont les positions sur les droits des gais, des lesbiennes, des bisexuels et des transgenres sont « à géométrie variable », selon M. Foster. « C’est étrange, la façon dont le gouvernement Harper intervient, car il ne semble pas y avoir une cohérence dans son intervention au niveau des droits de la personne, dans le sens large du terme, et plus spécifiquement des droits LGBT […]. C’est ce qui nous fait douter des réelles intentions du gouvernement en matière de droits de la personne. »

 

Par exemple, le Conseil québécois LGBT s’est réjoui de la sortie de John Baird, ministre des Affaires étrangères, lorsque celui-ci a dénoncé, cet été, les lois contre les homosexuels ayant été promulguées en Russie. N’empêche, il demeure frais dans les mémoires, le moment où l’ancien ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, avait avalisé, après une suspension de 24 heures, les subventions accordées à l’organisme Crossroads, dont le site web décrivait l’homosexualité comme un « péché » et une « perversion », qui est actif en Ouganda.

 

« D’un côté, le gouvernement semble vouloir défendre davantage les droits LGBT, mais, d’un autre côté, on se retrouve avec des groupes qui font de la coopération internationale religieuse en allant dans des pays où, déjà, on a de la difficulté avec les droits LGBT. Ça ne vient pas faire avancer les droits », dit M. Foster.

 

Le Conseil a aussi récemment manifesté son mécontentement de voir le gouvernement Harper laisser entrer au pays des conférenciers islamistes radicaux tenant des propos haineux envers les femmes et les personnes LGBT. Ces conférenciers n’ont finalement pas eu de tribune par suite de l’annulation de l’événement, pour des raisons de sécurité, par le Palais des congrès de Montréal. « C’est un autre défi qu’on a, comme organismes du Québec et du Canada, de dire au gouvernement Harper d’être cohérent. »

 


Collaborateur