Prix Jacques-Rousseau - Ce professeur qui fouille dans le cerveau

Thierry Haroun Collaboration spéciale
En tant que chercheur, l’objectif d’Yves de Koninck est d’essayer de comprendre comment l’information qui provient de notre corps est interprétée au niveau de la moelle épinière et du cerveau, pour ensuite être traduite sous forme de signal.
Photo: Source Yves De Koninck En tant que chercheur, l’objectif d’Yves de Koninck est d’essayer de comprendre comment l’information qui provient de notre corps est interprétée au niveau de la moelle épinière et du cerveau, pour ensuite être traduite sous forme de signal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Dr Yves De Koninck est professeur de psychiatrie et de neurosciences à l’Université Laval et chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale du Québec. Ce chercheur de haut rang vient de recevoir le prix Jacques-Rousseau pour avoir établi des ponts entre les disciplines des sciences physiques, computationnelles et médicales. En fait, il poursuit encore et toujours ce travail. On aura compris que ce noble objectif a pour but ultime de repousser les frontières des sciences de la vie. C’est-à-dire ?

 

La documentation afférente au dossier d’Yves De Koninck rappelle qu’il « a déployé de grands efforts pour développer des collaborations interdisciplinaires entre les physiciens spécialistes de l’optique photonique, les chimistes spécialistes des sciences des matériaux, les théoriciens spécialistes de l’analyse des signaux et de modélisations et les scientifiques des neurosciences ».

 

Il est aussi indiqué que les problèmes reliés au cerveau et à la santé mentale sont les maladies du XXIe siècle, en raison de leur incidence croissante, de leur complexité et des coûts socio-économiques qu’elles entraînent. Ainsi, leur traitement et leur soulagement passent par la compréhension du fonctionnement des cellules du cerveau, qui sont fragiles et sont d’une très grande complexité. « Le futur des neurosciences réside dans le développement de notre capacité à mesurer, dans leur contexte fonctionnel, les événements cellulaires et moléculaires permettant de comprendre comment chaque composante du cerveau traite et transfère l’information neurochimique qu’elle reçoit », lit-on plus loin.

 

Décodage

 

Tel est le monde dans lequel Yves De Koninck nage depuis des décennies. En entrevue, il prend le temps de vulgariser les choses. « Le cerveau est constitué de circuits de cellules nerveuses qui sont interconnectées entre elles. Et notre objectif comme chercheur - et moi qui travaille beaucoup sur la physiologie sensorielle - est d’essayer de comprendre comment l’information qui provient de notre corps est interprétée au niveau de la moelle épinière et du cerveau pour ensuite être traduite sous forme de signal. »

 

En d’autres mots, poursuit notre professeur, « que se passe-t-il lorsqu’on vous touche la main ou le pied ? Qu’est-ce qui se passe, au niveau du système nerveux central, qui fait que le signal est interprété comme un signal normal ou douloureux ? Et ce qui m’intéresse sur le plan biomédical, c’est de savoir ce qui ne va pas. Qu’est-ce qui va de travers, dans des conditions de douleurs chroniques, quand les gens perçoivent une douleur exagérée, une douleur aberrante ? Vous savez, un simple toucher peut déclencher une douleur. Et cela a à voir avec le traitement de l’information qui est captée par les nerfs, transférée à la moelle épinière, où il y a un traitement de l’information - si on peut parler ainsi - d’où un signal est ensuite envoyé au cerveau. »

 

Concrètement, pour parvenir à comprendre un tant soit peu la complexité du monde infini du cerveau où s’interconnectent des milliards de cellules, « on a besoin d’outils et notamment de ce qu’on appelle les neurosciences computationnelles. On utilise des outils issus des domaines de la physique et des mathématiques pour essayer de comprendre comment une cellule nerveuse intègre l’information, la traite, l’encode puis la transmet aux cellules suivantes. En pratique, ajoute M. De Koninck, les neurosciences computationnelles ont pour objectif de faire de la modélisation à l’aide d’ordinateurs en vue de modéliser le fonctionnement de la cellule nerveuse. »

 

«Un million de milliards de connexions!»

 

Percer le mystère du cerveau est l’un des grands enjeux de notre siècle, rappelle le professeur. « C’est un mystère fantastique de comprendre son fonctionnement. Il est d’une complexité absolument extraordinaire ! » Le cerveau, faut-il le rappeler, est constitué de 100 milliards de neurones qui font des milliers de connexions. « Jusqu’à 10 000 connexions entre elles. Ça fait un million de milliards de connexions ! », insiste le professeur, qui a fait un calcul rapide. « Il s’agit donc de comprendre ce qui se passe quand ça déraille, quand la maladie apparaît. C’est le cerveau qui contrôle tout notre corps. »

 

Il s’agit, dit-il, de penser à l’épilepsie, aux douleurs chroniques, à la maladie de Parkinson, à l’Alzheimer, aux dépressions et à la schizophrénie, entre autres. « Toutes ces maladies prises ensemble sont un fardeau social plus grand que toutes les maladies cardiovasculaires et les cancers réunis. Mais ce n’est pas surprenant quand on sait que le cerveau est notre centre de contrôle. »

 

Par ailleurs, souligne le professeur De Koninck, on a longtemps cru que le cerveau ne se régénérait pas. « Mais c’est faux. Nous avons dans notre cerveau des cellules souches qui sont produites constamment. Il y a donc une régénérescence, et ce, tout au long de notre vie. C’est une découverte encourageante, qui a été faite au cours des 10 à 15 dernières années. Et, en ce sens, il y a un champ de recherche prometteur, car, au lieu d’aller chercher des cellules souches chez les embryons, on peut essayer d’utiliser nos propres cellules souches pour essayer de stimuler la réparation de notre cerveau. »

 


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