Les «mini-miss» s’invitent en politique

Pour les instigateurs de la pétition, les concours de « mini miss », très populaires aux États-Unis, véhiculent des images des enfants qui sont lourdes de sens.
Photo: Jeff Janowski Associated Press Pour les instigateurs de la pétition, les concours de « mini miss », très populaires aux États-Unis, véhiculent des images des enfants qui sont lourdes de sens.

La controverse autour du concours de « personnalité » pour enfants « mini-miss » atteint la campagne électorale à Laval : Claire Le Bel, candidate à la mairie, soutient que cet événement contrevient aux « valeurs lavalloises » et somme les organisateurs d’annuler la compétition.

 

Au moins un autre aspirant-maire, l’ex-policier Marc Demers, s’est prononcé contre la tenue d’événements semblables, sans aller jusqu’à en réclamer l’annulation. Jeudi soir, près de 40 000 personnes avaient signé en deux jours la pétition en ligne lancée contre ce concours jugé sexiste, qui s’adresse aux jeunes filles de 19 ans et moins.

 

L’organisme National Canadian Girl a beau plaider avec vigueur qu’il s’agit d’un concours de personnalité, et non d’un concours de beauté, l’indignation continue de se répandre envers cet événement prévu le 24 novembre. Les défilés et les joutes oratoires mettant en scène des fillettes, où chaque participante gagne une couronne de princesse, n’ont décidément pas la cote, à en croire les réactions épidermiques que cela suscite.

 

« Ce pour quoi Option Laval se présente, le fil conducteur de toutes nos actions, tous nos engagements, c’est la famille. […] Je me devais de prendre position », a dit au Devoir Claire Le Bel, candidate à la mairie.

 

« Je suis aussi travailleuse sociale de formation, dans la vie de tous les jours, je suis directrice d’un organisme famille. Je suis très, très au courant des dommages que peut apporter un concours comme ça, insiste Mme Le Bel. Il n’y a rien de bon dans ce concours, ni pour ces petites filles-là, ni pour les parents, ni pour les Lavallois, ni pour les Québécois. »

 

Dans le contexte explosif du débat entourant le projet de Charte des valeurs québécoises, la candidate à la mairie, qui est conseillère municipale à Laval, invite la population à se questionner sur l’hypersexualisation et sur les valeurs qu’on veut inculquer à nos enfants. « Les valeurs, ce n’est pas juste la religion », mentionne-t-elle. Les fillettes qui participent à des concours de beauté, « on les moule déjà dans l’hypersexualisation », selon elle.

 

Marc Demers, candidat à la mairie pour le Mouvement lavallois, éprouve le même malaise devant les « mini-miss ». « Laissons les enfants vivre leur enfance », dit-il. Il ajoutait sa voix à celles de Guy A. Lepage, Véronique Cloutier et des dizaines de milliers de Québécois outrés par la tenue du concours destiné aux fillettes.

 

Le médecin Alain Vadeboncoeur, co-instigateur de la pétition contre le concours en question, est agréablement surpris que la chose prenne une telle ampleur. D’après lui, la réaction s’explique parce que le « sujet est assez consensuel parmi la population ».

 

Quand on lui demande si on ne fait pas une tempête dans un verre d’eau avec les mini-miss, le médecin réplique que « le sujet est très important. Je ne sais pas si ça a un impact si majeur en soi, mais ça véhicule des images des enfants qui sont lourdes de sens ».

 

Impacts sur les enfants

 

La sociologue et auteure américaine Hilary Levey Friedman, spécialiste des concours de beauté, nuance. Pour elle, les conséquences sur les jeunes enfants qui participent au concours sont moins claires qu’on peut penser de prime abord. « On ne connaît pas les impacts avec certitude. Il y a eu quelques recherches sur la relation entre la participation aux concours de beauté et les troubles alimentaires, mais on n’a pas trouvé de relation significative. »

 

Par contre, continue-t-elle, il est prouvé que les participantes plongées jeunes dans cet univers risquent davantage d’être insatisfaites de leur apparence en vieillissant.

 

Dans certains cas, Hilary Levey Friedman parle même de retombées positives chez les participants, comme une attitude moins timide et une prise de confiance en soi. Quant aux impacts sur la société en général (projection d’une image stéréotypée, valorisation de la superficialité, etc.), la spécialiste affirme que les concours de beauté « ne sont que le symptôme de notre perception de la femme et de son apparence dans la société, mais ils ne causent pas grand-chose ».

 

La personnalité d’abord

 

L’organisme qui organise l’événement se défend avec vigueur de véhiculer des valeurs sexistes et de favoriser l’hypersexualisation des enfants. Les tenues « sexy » sont carrément interdites. Et le concours vise d’abord et avant tout à développer la personnalité des participantes, a réagi Liz McKinnon, fondatrice et directrice nationale de Canadian Girl Pageants, dans un communiqué publié mercredi.

 

« National Canadian Girl met l’accent sur la capacité à s’exprimer en public, sur la personnalité et sur le plaisir à apparaître sur une scène. Ce n’est PAS un concours de beauté », a écrit la responsable du concours, établie en Colombie-Britannique.

 

Dans l’espoir de lutter contre les stéréotypes féminins, la France vient d’interdire les concours de beauté pour les enfants de moins de 16 ans. Mais le gouvernement Marois exclut un projet de loi semblable au Québec, a indiqué la ministre de la Condition féminine, Agnès Maltais.

 

Robert Bordeleau, candidat à la mairie de Laval, ne croit pas que les politiciens devraient se mêler du débat. « Qui suis-je vraiment pour juger ? […] On ne peut pas se permettre que le politique rentre dans tout. Il faut tirer une croix quelque part. On devient comme une espèce d’État policier si on essaie de tout régulariser, tout gérer. »

 

 

Avec Marco Fortier

20 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 septembre 2013 07 h 55

    Si ce n'est pas un concours de beauté...

    ...pourquoi les filles de l'image sont-elles coiffées et déguisées?

  • France Marcotte - Abonnée 27 septembre 2013 08 h 16

    Les filles laides sont-elles admises?

    Si c'est un concours de personnalité, je suppose que les laiderons ne seront pas refoulées à l'inscription.

    Et c'est très bon pour elles de prendre de l'assurance sur une scène.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 27 septembre 2013 09 h 56

      Wow! Que dire de plus?

  • Pierre Schneider - Abonné 27 septembre 2013 08 h 37

    Québec doit bannir ces abus d'enfants

    Le gouvernement du Québec doit prendre ses responsabilités et bannir ces spectacles qui constituent de véritables abus des droits des enfants à une vie normale et saine.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 27 septembre 2013 08 h 53

    Concours de personnalité...

    ha oui, si c'est le cas comment ça se fait qu'on les déguise en femmes adultes et qu'on accepte qu'elles reproduisent des façons de bouger de femmes en âge de séduire. Si c'est pour la personnalité, pourquoi ne pas leur faire jouer une pièce de théâtre et donner le prix au meilleur acteur/actrice.

    Je me suis vivement opposée au courant de l'eugénisme dans lequel nous avions des débats à savoir que certaines personnes ne devraient pas avoir d'enfants. De penser que des mères peuvent faire de telles choses à leur fille... je révise mon opinion d'antan.

    Il est répugnant que des mères livrent ainsi leur enfants sur scène... c'est une forme passive d'encouragement de la pédophilie.

    • Stéphane Laporte - Abonné 27 septembre 2013 13 h 18

      Pas si passive que ça...

  • Jacques Gagnon - Inscrit 27 septembre 2013 08 h 57

    Où êtes-vous ?

    Si je ne m'abuse, voilà bien un abus dont les auteures ne sont pas des abuseurs mais des abuseuses.

    De féministes qui ne manquent pas une occasion d'accabler «l'homme» mâle de tous les maux, on s'attendrait à une dénonciation de ces mères qui jouent à la poupée avec de petits êtres sans défense.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 27 septembre 2013 11 h 23

      Je crois que vous errez en affirmant que les abuseuses sont des femmes, les mères et celles entraînent ces enfants. À mon avis les mères ne sont pas vraiment des abuseuses. Comme je l'ai écrit ici les vraies valeurs sont la beauté, la jeunesse et l'argent et celui ci est encore le fief des hommes, ici comme ailleurs: au Canada ce qui nous inclut, le revenu des femmes est de 68% celui des hommes, mais la jeunesse et la beauté leur coûte très cher. Les aidantes naturelles, pour appeler la chose par son nom, peut les ruiner aussi.

      Le vraies valeurs étant ce qu'elles sont une majorité de femmes les embrassent y consacrent une bonne partie de leur vie et de leur argent, et peuvent y perdre leur santé, alors il va de quoi qu'elles imposeront ces valeurs, dans le cas présent la beauté, à leur fille, et même que celle-ci s'imposera par mimétisme. Alors elles sont fières d'elles parce que cette dictature de l'image imposée par les publicités omniprésentes et très habiles n'en finissent plus de vanter la beauté le chic etc. et c'est presque à croire que la séduction est ce que les femmes peuvent faire de mieux et que leur vie doit tourner autour de ça. C'est LA valeur des femmes. Cela n'est pas sans conséquence et je serais curieuses de savoir au bout de la ligne qui en profite financièrement: je ne parle pas des grenailles dont bénéficieront les mères, mais du reste...

    • Jacques Gagnon - Inscrit 27 septembre 2013 13 h 20

      Non mais sans blague, encore une fois les femmes sont les pauvres innocentes dans ce cirque ! Non , elles sont les actrices principales dans cette niaiserie qui n'a rien à voir avec la beauté qui abuse de l'innocence de ces petites filles. C'est justement ce que je dénonce, que les femmes ont toujours le beau rôle. Désolé mais là c'est flagrant.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 27 septembre 2013 17 h 19

      Je suis d'accord avec vous pour dire qu'il y a de l'abus de la part des femmes, Monsieur Gagnon, mais il me semble que les féministes le dénoncent, justement.