Charte des valeurs québécoises - À peine connue, déjà contestée

Selon de nombreuses sources, la Charte des valeurs québécoises interdira aux employés de l’État le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leurs fonctions. Les enseignantes, les fonctionnaires, les employées de CPE, d’universités ou de municipalités n’auraient donc plus le droit de porter le voile, comme le fait Chaimaa Slaoui, étudiante en biochimie à l’UQAM.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon de nombreuses sources, la Charte des valeurs québécoises interdira aux employés de l’État le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leurs fonctions. Les enseignantes, les fonctionnaires, les employées de CPE, d’universités ou de municipalités n’auraient donc plus le droit de porter le voile, comme le fait Chaimaa Slaoui, étudiante en biochimie à l’UQAM.

La mobilisation est en branle en vue de contester la Charte des valeurs québécoises qui sera finalement dévoilée, ce mardi matin, dans le hall de l’Assemblée nationale à Québec. À 10 h 45, le ministre Bernard Drainville expliquera les propositions du Parti québécois concernant les accommodements religieux et l’affirmation des valeurs québécoises, dont l’égalité homme-femme et la laïcité de l’État.

 

Même si le véritable contenu de la Charte n’est pas encore connu, des politiciens, des défenseurs des droits des immigrants, des représentants des enseignants et une panoplie d’intellectuels sont déjà prêts à s’y opposer. Depuis quelques semaines, de nombreuses informations ont été ébruitées dans les médias au point de soulever un débat houleux, tant au Québec que dans le reste du Canada.

 

Des sources du gouvernement ont révélé que le Parti québécois envisage notamment d’interdire aux employés de l’État le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre de leurs fonctions. Les enseignants, les fonctionnaires, les employés de CPE, d’universités ou de municipalités n’auraient plus le droit de porter le hidjab ou le niqab, de même que la kippa et le turban. Les signes plus discrets, comme des chaînes avec une croix, des boucles d’oreilles ou des bagues avec un signe religieux, seraient toutefois autorisés.

 

Selon les informations qui ont filtré, les élus et les membres des conseils d’administration n’auraient pas à se soumettre aux exigences de la Charte. Les institutions publiques telles que les hôpitaux et les universités pourraient également demander une dérogation de cinq ans avant de s’y conformer.

 

En entrevue éditoriale au Devoir la semaine dernière, la première ministre Pauline Marois a refusé de divulguer le contenu de la Charte, mais elle a confirmé que le crucifix de l’Assemblée nationale, qui fait partie du patrimoine du Québec, ne serait pas touché.

 

Elle a indiqué que l’implantation de la Charte se ferait par étapes et qu’il faudrait plusieurs années avant qu’elle ne soit appliquée intégralement. Des consultations publiques auront lieu au cours des prochaines semaines, et un projet de loi sera déposé à la fin de la session parlementaire d’automne. Pauline Marois a également indiqué qu’elle ne recourrait pas à la clause dérogatoire pour mettre la Charte à l’abri des poursuites judiciaires.

 

Vive opposition

 

À Québec, les partis d’opposition attendent impatiemment de connaître les détails de cette Charte sur laquelle ils se sont déjà prononcés.

 

Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a prôné la neutralité de l’État, mais non celle des individus. Pour lui, il est hors de question d’interdire les signes religieux à l’exception des voiles pour des raisons de sécurité et d’identification.

 

La Coalition avenir Québec a fait savoir, pour sa part, qu’elle est favorable à l’interdiction des signes religieux, mais seulement chez les policiers, les gardiens de prison, les procureurs de la Couronne, les juges, de même que les enseignants des écoles primaires et secondaires.

 

Contrairement à la CAQ, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 32 000 membres, a déclaré qu’elle userait de tous les recours, y compris judiciaires, pour défendre le droit de ses membres de porter des signes religieux. La FAE craint que le droit au travail de ses membres ne soit bafoué si le port du voile est interdit.

 

Lundi soir, des dizaines de personnes du Collectif Personne n’est illégal-Montréalse sont aussi réunies à l’Université Concordia en vue de définir leur stratégie pour protester contre cette Charte dont les préceptes sont qualifiés de « xénophobes, racistes et sexistes ».

 

« C’est clair que le gouvernement est en train de faire un calcul politique avec cette Charte pour obtenir des voix aux prochaines élections. Il cherche des boucs émissaires en visant des individus qui sont déjà victimes d’exclusion sociale et je trouve ça dégueulasse », lance Jaggi Singh, l’un des membres de ce collectif qui défend les droits des immigrants et le droit de base des pratiques religieuses. Cet automne, il espère mobiliser divers organismes lors d’une grande manifestation pour protester contre cette charte. « On doit créer de l’unité, alors que le gouvernement ne cherche qu’à faire de la diversion. Dans une société libre, c’est un droit de pratiquer sa religion, pas juste dans les endroits privés, en autant que ça ne menace pas les autres personnes », mentionne M. Singh.

 

Dans un document public intitulé Nos valeurs excluent l’exclusion et ayant été largement diffusé sur Internet, une centaine de professeurs de cégep, d’universitaires et d’intellectuels du Québec abondent en grande partie dans ce sens. Ils critiquent le projet de charte du gouvernement Marois jugé pour le moment « répressif et diviseur ».

 

 

Avec La Presse canadienne

109 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 10 septembre 2013 04 h 57

    Quelle exclusion sociale?

    Monsieur Singh parle d'exclusion sociale et dit trouver cela "dégeulasse". Comment peut-on accusé "l'autre" de nous exclure de l'ensemble de la population si soi-même le faisons de facto.... Trop de minorités s'excluent eux-même en se ghétorisant volontairement. Ici au Québec nous avons eu notre part de traumatismes, causés par une interprétation étroite et sexiste de notre religion. Nos évêques, curé et autres autorités religieuse, se chargeaient de nous menacer des pires sévices en cas de manquement à notre religion. La femme ne pouvait entrer à l'église sans chapeau, par cette obligation on lui démontrait son statut inférieur, interprétation misogyne des mâles dirigeants de l'église catholique. Je ne veut pas débattre sur votre religion, pas plus que sur une autre d'ailleurs, mais ici au Québec nous nous sommes libérés de ces carcans qui nous étouffaient. Si vous avez choisis de vivre au Québec, il faut en respecter les us et coutumes. Quand je suis allé vivre à l'étranger, c'est ce que j'ai fais.

    • Christian Fleitz - Inscrit 10 septembre 2013 07 h 49

      ''Frappé au coin du bon sens'' : rien n'oblige qui que ce soit de vivre au Québec et il n'est pas démocratique qu'une très étroite minorité veuille imposer ses diktats à la majorité. La règle de l'immigration est de s'intégrer dans la communauté d'accueil et non de vouloir la coloniser en imposant ses volontés. D'ailleurs, l'aboutissement d'une telle errance déboucherait sur une pagaille culturelle qui, loin de participer à la constitution d'une société commune, contribuerait à la dilution des principes qui faisait son unité. Que les idôlatres du communautarisme britannique qui démontre tous les jours ses limites, rejoignent des communautés qui appliquent cette dernière, un Québec activement laïc exercera d'autant plus une force d'attraction pour une immigration utile.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 septembre 2013 07 h 50

      En effet, il faut respecter les Québécois et comprendre les éléments de leur histoire qui font qu'ils en sont où ils en sont aujourd'hui.

      Je ne suis pas tellement en faveur des interdits vestimentaires : vous parlez de l'obligation jadis imposée aux femmes de se couvrir la tête avant d'entrer à l'église. Je ne crois pas que les musulmanes doivent obligatoirement s'abstenir de porter le voile si elles désirent le porter, après tout, se couvrir la tête n'est pas interdit (et ce serait franchement dictatorial de l'interdire). Par contre, elles doivent comprendre ce que ça représente pour beaucoup de Québécois et s'attendre à des réactions. Je suis fatiguée qu'on les pose en victimes le moindrement que quelqu'un réagit négativement face au voile.

      La liberté est une rue à deux sens : j'ai le droit de porter des symboles, les autres ont le droit d'y réagir. Surtout que porter un symbole, c'est exprimer un message devant les autres : exprimer un message devant les autres, qu'on le veuille ou non, c'est les inviter à y réagir.

    • Josée Desmarais - Abonnée 10 septembre 2013 08 h 23

      Lâchez le morceau! Personne en dehors du gouvernement Marois n'a encore vu un seul mot de ce document. Pourquoi est-ce que toute le monde se précipite ainsi aux portes deux (ou est-ce trois) semaines avant qu'il ne soit dévoilé (excusez, je vous prie, le jeu de mots). Ce ne sont que des hypothèses, des suppositions, des « pt'êtes ben », des si et des ça. Ridicule!

      Qu'est-ce que ça va être une fois la charte publiée - on ne pourra plus s'entendre parler.

      N'y a-t-il rien d'autre d'intéressant dans les nouvelles ? Ou sommes-nous encore totalement repliés sur nous-mêmes ? Assez de nombrilisme!

    • Albert Descôteaux - Inscrit 10 septembre 2013 08 h 33

      En effet, les symboles religieux tels le voile (et l'accoutrement qui vient avec la plupart du temps) véhiculent un message très clair et très évident: "je crois en l'existence de divinités surnaturelles et je me soumet à des codes de conduite datant d'une autre ère", et "je rejette ton système de valeurs".

      Pour de nombreux citoyens, cela est une insulte à l'intelligence et il est normal de pouvoir exprimer son opinion sur ce point.

      Donc, que dirait-on d'un enseignant, laïc et athée, qui affirmerait en classe à chaque jour, en l'écrivant sur des bannières ou au tableau, que "ton dieu n'existe pas, tes coutumes sont franchement déphasées et obsolètes"? Ou d'un médecin ou un juge accueillant une personne clairement soumise aux codes de sa bible ou de son coran: "t'es bien naïf de croire à ces histoires là"?

    • John Bickle - Inscrit 10 septembre 2013 09 h 15

      vous ne pouvez pas prétendre introduire un projet de loi sur la laïcité tout en vous insistez sur le maintien de la croix à l'Assemblée nationale, le pire exemple de mélange de la religion et de l'Etat dans l'histoire du Québec, dans le plus puissant symbole de la puissance politique.

      Cette loi est une absurdité complète, et sera passé juste en dessous d'une croix pour tout le monde verra cet hypocracie du PQ.

      Personne n'est contre la spécification des règles strictes pour assurer l'intégration équitable des immigrés dans notre société. Par contre, d'interdire les gens de travailler seulement à cause de la façon dont ils sont habillés n'est pas une regle qui compte.

      Je me fou si mon médecin porte une kippa, le turban sikh ou dreadlocks. Je m'inquiet uniquement qu'il est un bon médecin. Voilà, c'est tout.

      La reste est la pur folie.

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 septembre 2013 09 h 34

      Face au traumatisme de notre enfance, il y a différentes façons de réagir comme Québécois... Personnellement, je valorise la manière dont j'aurais aimé être traitée par les curées et les religieuses (D'ailleurs certains et certaines d'entre eux et elles étaient des bouffées d'air frais dans un système répressif). Je n'ai jamais voulu dire aux croyants de ne pas croire, j'ai toujours dit que je n'avais aucune preuve pour démontrer que mon point de vue était supérieur au leur. Je ne croyais pas en Dieu, je n'ai pas fait baptiser mon fils, par contre, je ne l'ai jamais empêché de cotoyer des croyants. Sa grand-mère a pu l'amener à l'Église tant que lui a voulu satisfaire sa curiosité et à l'occassion, pour respecter les valeurs dominantes de ma famille, parfois à Noël, j'assistais à la messe de minuit.
      Donc, quand mon fils a rencontré sa femme, après qu'il ait été déçu par des filles incapables de s'engager, et que cette fille s'est avérée ayant un profond désir de constituer une famille chaleureuse et engagée par rapport aux enfants. Bien qu'elle était croyante, tout ce qui comptait pour moi, c'est la qualité de leur entente et comment ils allaient gérer ce différent. Puis, ils ont trouvé des solutions qui leur convenaient tous les deux, et j'ai vu qu'ils s'aimaient vraiment. Donc, mon traumatisme ne m'a pas conduit à exclure la religion du paysage québécois.
      Quand j'entends que certains d'entre vous, que pour être une vraie Québécoise, je devrais être intolérante (interdir ce que l'on n'aime pas), je me rebelle contre ce dicta d'un groupe de personne sur moi. être québécois peut prendre plusieurs formes et je ne veux spas faire ce que j'ai détesté des curés 'dogmaqtiques', c'est-à-dire profiter de leur majorité pour dominer des minorités sans respect de leurs droits en leur laissant entendre qu'ils sont des êtres inférieurs parce qu'ils ne sont pas croyants. Donc, je ne veux pas faire sentir que les croyants sont des êtres inférieurs à ceux qui ne croient pas.

    • Franklin Bernard - Inscrit 10 septembre 2013 11 h 10

      M. Fleitz, l'argument «Si vous n'êtes pas contents, allez vivre ailleurs» est une des pires attitudes xénophobes qu'on puisse imaginer. Et on l'entend trop souvent depuis que le débat sur la Charte des valeurs québécoises a été lancé, accompagné de l'incontournable «la minortié n'a pas à imposer ses vues à la majorité.» Ça revient à dire que si on n'est pas un «Québécois de souche», on perd sa liberté de conscience et de parole et son droit de contester le gouvernement et la société dans laquelle on vit. Ça revient à dire «On t'accepte ici, mais tu n'as pas les mêmes drois que NOUS, alors tais-toi.»

      C'est lamentable que le débat prenne cette tournure d'un autre âge.

      Cela dit, voici un extrait d'un autre article dans cette même édition. Il résume un des grands principe de la Charte:

      « Dans un deuxième temps, le gouvernement prévoit un «devoir de réserve et de neutralité religieuse» pour le personnel de l'État sur les heures de travail.

      En conséquence, le crucifix devrait être retiré de l'Assemblée Nationale. Sinon, cette déclaration de principe n'est que ce que nos amis anglophones appellent de la BS.

    • Jean Richard - Abonné 10 septembre 2013 11 h 15

      « La femme ne pouvait entrer à l'église sans chapeau, par cette obligation on lui démontrait son statut inférieur, interprétation misogyne des mâles dirigeants de l'église catholique. »

      Je crains qu'ici on glisse un peu trop facilement dans le dérapage féministe. Les femmes devaient porter une coiffure pour entrer dans l'église, mais rappelez-vous que c'était le contraire pour les hommes, à savoir qu'ils devaient se décoiffer (les ados qui dorment avec leur casquette aujourd'hui auraient été malheureux).

      Il y avait donc une règle de conduite pour les hommes (enlever son chapeau) et une autre pour les femmes (porter un chapeau) et non pas un règle seulement pour les femmes.

      Si, comme on le prétend, le port obligatoire du chapeau était inspiré par la misogynie des curés, par quoi l'était l'inverse pour les hommes ?

      À trop juger du passé avec comme unique source le présent, il se peut que l'on fasse fausse route, que l'on dérape.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 septembre 2013 12 h 58

      Monsieur Richard,
      précisément, si l'homme doit retirer son chapeau, c'est pour ne pas s'abaisser au niveau de la femme. Le principe que l'homme découvre sa tête alors que la femme doit garder la sienne couverte vient de Paul, et c'est précisé que la femme couvre sa tête en signe de soumission. On oublie beaucoup ce genre de détails de la bible qui ne sont plus à la mode, même si on en garde les coutumes sans trop savoir pourquoi.

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 septembre 2013 15 h 08

      M. Richard, à propos du chapeau que les femmes devaient porter, et pas les hommes iil faut se référer à la symbolique de la chevelure : la longue chevelure symbolisait chez la femme la sensualité et chez l'homme, la force herculienne. Mais l'homme ordinaire est faible aussi dans la religion : faible de la chair, mais aussi protecteur d'ELLE....

      Dans les Fleurs du mal, de Beaudelaire, lisez La Chevelure:

      "O toison, moutonnant jusque sur l'encôlure!
      "O boucles! O parfum chargé de nonchaloir!
      " Extase ! Pour peupler l'alcôve obscure
      " Des souvenirs dormants dans cette chevelure,
      " Je la veux agiter ans cesse comme un mouchoir!

      " La langoureuse Asie et la brûlante Afriques,
      " Tout un monde lointain, absent presque défunt,
      " Vit dans les profondeurs ; forêt arômatique !
      " Comme d'autres esprits voguent sur la musique
      " Le mien, ô mon amour, nage sur ton parfum.
      (...)
      " Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
      " Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond
      " Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
      " De l'huile de coco, du musc et du goudron.

      " Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
      " Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
      " Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
      " N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
      " Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? "

      "Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde.."

      Mais, fait remarquable, jamais il ne parle du désir de la femme !

    • Vlad Olary - Inscrit 10 septembre 2013 19 h 21

      La "ghétorisation volontaire" est un résultat direct de la politique d'intégration des immigrants dans la société québécoise, qui, malheureusement, n'existe presque pas. Il n'y a pas de programme d'immersion dans la culture québécoise, la vie québécoise, les valeurs québécoises. Le tout s'arrête à l'aéroport où on vérifie si l'immigrant a sur lui l'argent nécessaire pour subsister 3 mois puis bye-bye ! "Bienvenu au Québec". En même temps, il ne faut pas oublier que c'est le Québec lui seul qui fait la séléction de ces immigrants et s'il y a un coupable dans toute cette affaire, ce n'est que sa politique d'immigration mal pensée et comme on nous montre maintenant, mal gérée.

    • Christian Fleitz - Inscrit 10 septembre 2013 22 h 17

      pour Franklin Bernard - Pourquoi se masquer les réalités ? D'ailleurs bien des immigrés au Québec soutiennent l'adoption d'une laïcité active parce qu'ils ont trop souvent souffert justement de l'oppression du diktat confessionnel dans leurs pays d'origine mais vous, vous ne semblez pas comprendre le poids d'une telle pression. Par ailleurs, il est vrai que l'on n'est pas obligé d'émigrer et dans ce choix, on peut choisir son pays destinataire en fonction de ses spécificités. Le vieil adage ''À Rome fait comme les romains'' est toujours de mise pour le meilleur de tous. Les pays de vieille tradition laïque, européens pour la plupart, de confessions diverses, mais chrétiennes, ont justement beaucoup œuvré pour le confort de leurs populations, y compris immigrées, en même temps que pour leur cohérence, en appliquant une laïcité active dans la sphère publique et en protégeant les convictions et les pratiques religieuses de chacun dans la sphère privée. À ce titre dans les États prônant la neutralité philosophique, il eut été incohérent que leurs propres agents ne donnent pas l'exemple de cette neutralité, eux, dont la première qualité doit être la seule évidence de la fonction. C'est à ce titre que leurs appartenances religieuses doivent s'effacer, afin de garantir un service qui exclue toute controverse qui pourrait découler d'antagonismes liés au sexe ou aux convictions. C'est le contraire du communautarisme britannique dont le Royaume-Uni mesure les limites depuis une décennie et qui semble animer certains politiciens québécois et canadiens en mal d'inspiration. Comme vous le voyez, l'exigence de laïcité n'est pas xénophobie, bien au contraire, mais un pragmatisme pour un mieux vivre ensemble. Bien des signes religieux ne relèvent que de traditions profanes et ne sont qu'ostentation.
      Enfin, je suis d'accord avec vous pour affirmer que le crucifix de l'assemblée nationale qui n'a rien de patrimoniale, n'a rien à faire dans une gouvernance qui prétend à la laïcité.

  • Chantal Gagné - Inscrite 10 septembre 2013 05 h 12

    Qu'on m'explique...

    Je ne comprends pas qu'on parle de répression quand on parle de la Charte alors qu'il me semble souhaitable que tous et toutes, surtout toutes, aient les mêmes droits, les mêmes privilèges, les mêmes libertés. Il est temps qu'on regarde en pleine face la mysoginie inhérante à certaines pratiques dites religieuses. Je m'étonne de voir des enseignants, et encore plus des enseignantes, ne pas être en accord avec une charte qui permettrait à tous leurs élèves de s'épanouir sans carcan politique ou religieux, ou il leur serait permis, éventuellement, de choisir.

    Pour les intellectuels, il semble qu'ils optent pour des coutumes, qui ne sont d'ailleurs pas nécessairement religieuses comme on optait pour le socialisme dans les années 70. Je ne comprends pas qu'ils considèrent leur position d'ouverture. Je crois que l'exclusion est davantage synonyme de voile, de turban, et de vie communautaire fermée que le fait d'offrir à tous des règles semblalbes. Je suis stupéfaite qu'en 2013, des intellectuels optent pour que des gens demeurent soumis à des coutumes sévères pour une société moderne.

    Il faudrait bien que les femmes réagissent, car il s'agit pour moi d'une ouverture vers un inévitable recul pour les femmes. Suivront sûrement insidieusement les droits des homosexuels, le droit à l'excision (présentement pratiquée au Canada), le droit à l'homme de ne pas être servi par une femme. Ne soyons pas inconscients.

    Les écoles juives, musulmanes, arméniennes, grecques... ne sont-elles pas davantage des sources de divisions qu'une éventuelle charte? Certains membres de communautés vivent d'ailleurs très refermés, certains par choix, certaines par obligation. Certaines familles ne souhaitent pas que leurs jeunes fréquentent des Québécois autres que ceux de leur propre communauté.

    Bref, je pense qu'il est plus que temps que tous les enfants et tous les jeunes du Québec amorcent leur vie sur le même pied d'égalité. Ne faisons pas du Québec une société de ghettos

    • Christian Fleitz - Inscrit 10 septembre 2013 07 h 56

      C'est effectivement le monde à l'envers : ceux qui se ''ghettoïsent'' veulent imposer leur ghetto à la majorité ! Pour les enseignants, une référence à la Charte française de la laïcité devrait faire méditation, en particulier pour les articles :
      Article 3 - 'La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d'autrui et dans les limites de l'ordre public'.
      Article 6 - 'La laïcité de l'École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l'apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix'.
      Article 11 - 'Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l'exercice de leurs fonctions'.

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 septembre 2013 09 h 48

      La mysogénie prend différentes formes et elle ne disparaît pas avec la laicité...

      Qu'est-ce que la neutralité? Prétendre qu'un individu peut être neutre, c'est un absurdité, et c'est pourquoi, il y a eu bien des oppositions dans le milieu universitaire sur les présupossés derrière le cours d'éthique imposer aux enfants... Au lieu de prendre en compte que tous les professeurs ont des croyances, et que certaines de ses croyances causent des problèmes aux enfants qui représentent des croyances autres. Au lieu d'imaginer des solutions pour aider les professeurs qui percoivent négativement ce que l'on exige qu'ils enseignent. On a foutu le problème sous le tapis en disant que le programme était neutre et que les professeurs seraient neutres parce qu'il ne portent plus de signes ostentatoires.

      Même le matériel scolaire n'est pas neutre... les Québécois et les autochtones se sentent lésés et les femmes ont dû se battre pour que l'on valorise leur zone d'influence ... Rien n'est réglé, il y a encore plein d'irritants. Pourquoi le débat ne porte-til pas sur comment on peut discuter et échanger en ayant des points de vue différents et comment la majorité peut-elle faire pour ne pas ostraciser les minorités. Dans le temps, la majorité des croyants imposaient leur point de vue aux non-croyants, pourquoi utiliser l'argument d'imposer un point de vue majoritaire, n'est-ce pas ce qui nous a fait souffrir?

  • Yves Nadeau - Abonné 10 septembre 2013 05 h 51

    Encore le crucifix!

    On prétend vouloir faire la promotion d'un État laïc avec cette charte qui reste à rédiger, mais on tient mordicus au crucifix placé par Duplesses pour marquer la relation privilégiée entre l'État et l'Église; la logique reste encore à trouver.

    Et cette nouvelle charte pourrait contenir une option de retrait dans certaines situations qui resteraient à définir: après un gouvernement qui recule et recule encore, nous voilà en présence du recul à géométrie variable en matière de valeurs.

    Encore une fois, c'est une invitation qu'on lance aux tribunaux de trancher une question que nos élus ne semblent pas avoir le courage de régler. Ainsi, nous aurons une nouvelle fois droit à un éternel débat sur la détermination du sexe des anges!

    • Mario Gauthier - Inscrit 10 septembre 2013 10 h 25

      Tout à fait...

      C'est beau de faire la morale aux autres, de leur dire qu'ici, que les symboles religieux, etc...

      Mais "pas touche au cruxifix"...Car ça fait partie du patrimoine du Québec!

      Il y a, comme qui dirait, quelque chose qui cloche.

    • Pierre Cloutier - Abonné 10 septembre 2013 16 h 17


      J'aimerais voir un sondage clair uniquement sur cette question du crucifix. Si j'en juge d'après les réactions de nos parlementaires, ils sont absolument certains qu'une grosse majorité de québécois veulent conserver cette chose au-dessus du président de l'assemblée législative de la nation. Donc, qui se place, ipso-facto, « sous l'autorité du crucifié ».

      Il n'y a pas de petit symbole.

      Je ne comprends pas monsieur Drainville qui pense être capable de convaincre les musulmans de plus de laïcité et en même temps qu'il ne parviendrait pas à convaincre les catholiques québécois de la logique implacable qui nous dicte d'enlever le crucifix.

      Moi je pense que les québécois catholiques sont des gens modérés, intelligents et logiques et qu'ils comprendront qu'on ne peut pas demander plus de laïcité tout en conservant ce fameux crucifix. Surtout quand on en connaît l'histoire et la signification toute à l'inverse de la laïcité.

  • André Boulanger - Inscrit 10 septembre 2013 05 h 51

    Est-ce que les religieux offrent la réciprocité de ce qu'ils demandent .

    Ce qui est étonnant chez les adeptes des signes religieux dans l'espace public est qu'ils n'accordent pas cette même liberté de choisir dans leurs espaces de prière. Si je veux entrer dans une synagogue, on va m'exiger de porter kippa. Si je veux aller prier dans une mosquée, on va m'exiger d'enlever mes souliers. Si je veux me recueillir dans une église, on va me conseiller cette fois d'enlever mon chapeau.

    Chaque lieu de culte impose des exigences qui entravent ma liberté de pratique.

    Tout cela sous prétexte de faire acte d'humilité en présence de chosebinegod. Tenir à porter ses symboles religieux partout en tout temps relève beaucoup plus du fétichisme que de la spiritualité. Dieu n'est sûrement pas gadgettiste.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 10 septembre 2013 08 h 01

      Et voilà : il manque la réciprocité. Les associations religieuses demandent des accommodements pour leurs membres un peu partout, dans les différentes associations de la société civile, mais elles-mêmes sont apparemment exemptées de tout effort d'accommodement.

      Comme vous dites : peu de gens nieraient la légitimité que l'on demande à quelqu'un qui entre dans un lieu de culte de se conformer aux règles vestimentaires et autres, même si ce n'est pas sa religion. Si ce n'est pas sa religion, il se peut que suivre certaines règles aille à l'encontre de ses propres valeurs, mais il n'a qu'à rester dehors s'il ne veut pas se conformer. Les associations religieuses sont bien des associations qui font partie de la société civile, mais elles n'accommoderont pas quelqu'un parce qu'il a des valeurs différentes.

      Par contre, dans les autres associations de la société civile (milieux de travail, ligues sportives, écoles, etc.), certains croyants demandent à être exemptés de suivre les mêmes règles que les autres, parce que les suivre serait contraire à leurs valeurs. Et là, ils s'attendent à se faire accommoder. L'accommodement est-il contraire aux valeurs de l'association ? Ça ne semble pas avoir la même importance...

      Qu'une ligue sportive ait pour valeur l'uniformité des joueurs pour favoriser l'esprit d'équipe, par exemple, n'est-ce pas une règle basée sur des valeurs au même titre qu'une règle vestimentaire religieuse ?

      Deux poids, deux mesures.
      Absence de réciprocité, comme vous l'écrivez si bien.

    • Serge Bastien - Inscrit 10 septembre 2013 11 h 40

      Voilà, la foi ne se porte pas elle se vit. Et un peu de souplesse ne fait pas de mal je crois, des vêtements pour le boulot et dès que le boulot est termniner des vêtements pour sa religion. C'est facile et n'exclus personne.

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 septembre 2013 15 h 11

      Très vrai, Anne-Ève Collin !

      Bonne continuation !

    • Claude Lachance - Inscrite 10 septembre 2013 16 h 34

      On a pas, même effleuré du bout des lèvres, abordé, la main mise logo à l'appui, la presque obligation pour les laïcs d'acheter leur nourriture sans payer pour des Hallal et Kosher à peu près partout et sur tout.pour ma part je me sens flouée d'être dans cette hypocrisie de taxe camoufflée sous un logo parfois bien camoufflé mais présent et cela sans mon consentement.

  • Pierre Schneider - Abonné 10 septembre 2013 07 h 18

    Vive la laïcité dans une constitution

    La mosaïque multiculturelle à la Trudeau ( qui défendait farouchement la laïcité à son époque) fourbit ses armes dans le but une fois de plus de déstabiliser ce Québec moderne qui ne demande qu'être lui-même. L'erreur de cette Charte est cependant qu'elle n'est pas une constitution nationale québécoise. Nommée laïcité ouverte par les grands prêtres de l'obscurantisme, cette formule n'est qu'un ersatz de la véritable laïcité que le Québec a décidé de se donner il y a quelques décennies en dépouillant les religieux et enseignants catholiques de leurs costumes ostentatoires. Ayons donc le courage de nous donner une constitution républicaine, française et laïque au lieu de laisser une grande partie de l'espace public aux grandes gueules de la rectitude rétrograde qu'ils se plaisent à défendre au nom d'une liberté dont ils ne connaissent que le mot.

    • Mireille Langevin - Inscrite 10 septembre 2013 07 h 57

      Bravo Pierre. D'accord avec toi.

    • Yves Perron - Inscrit 10 septembre 2013 08 h 26

      Bravo, bien dit. Comme la majeure partie des Québécois et je soupçonne une bonne partie des Canadiens...Nous devons nous débarrasser des bondieuseries de toutes sortes afin de vivre librement et en paix.

      Cette résistance est devenue une excuse politique pour taper sur le Québec, et le reste du Canada fera comme d'habitude et s'appropriera ensuite nos idées progressistes en disant que ça vient d'eux...

    • Nicole Bernier - Inscrite 10 septembre 2013 09 h 54

      Quand j'entends ces discours uniformisants, je pense aux grandes rangées d'arbres plantés de chaque côté des boulevards, ces grandes rangées d'ormes, qui une fois qu'un tombe malade, tous les autres s'effondrent les uns après les autres. Aujourd'hui, la ville a compris que la diversité est fondamentale pour protéger de la faiblesse qu'il y a à trop valoriser l'uniformité.

      La culture biologique qui reprend le dessus sur les effets néfacent de l'industrialisation qui a tellement uniformisée le contenu de la nourriture et de la culture, lesquelles ont fini par être les causes de nos maladies contemporaines...


      Ceux qui ne voient pas l'importance de la diversité sociale pour éviter le pire perdent de vue les grands principes sous jacents à la vie en société

    • Pierre Schneider - Abonné 10 septembre 2013 11 h 20

      Madame Bernier, je ne suis pas contre la diversité qui fait la force et donne de la couleur au peuple québécois, sauf si on la place dans un guetto mentalement barricadé avec préjugés à la clé. Il est ici question d'une toute autre affaire: La religion, qui doit demeurer strictement privée. Les prosélytes de toutes tendances peuvent bien prêcher dans leurs temples, on s'en balance, c'est un droit. Mais pas dans l'espace public neutre.

    • André Michaud - Inscrit 10 septembre 2013 11 h 51

      Laique une société qui affiche le crucifix à l'assemblée nationale? Quelle hypocrisie ! Si on voulait une société laique on bannirait toutes les religions sans passe droit.

      Cette loi est ethnocentriste et injuste!

    • Solange Bolduc - Inscrite 10 septembre 2013 15 h 15

      M. Pierre Schneider, je suis tout à fait d'accord avec ça:

      "La religion, qui doit demeurer strictement privée. Les prosélytes de toutes tendances peuvent bien prêcher dans leurs temples, on s'en balance, c'est un droit. Mais pas dans l'espace public neutre."

      Mme Bernier confond trop souvent le privé et le public, hélas !