Avec 6000$ de contraventions depuis le début de la grève de 2012, une étudiante se dit victime de profilage social

Le SPVM évalue de son côté à « près de 1700 » le nombre d'interpellations (contraventions) pour règlement municipal ou Code de la sécurité routière survenus lors des 711 manifestations du Printemps érable.
Photo: Annik MH de Carufel - Archives Le Devoir Le SPVM évalue de son côté à « près de 1700 » le nombre d'interpellations (contraventions) pour règlement municipal ou Code de la sécurité routière survenus lors des 711 manifestations du Printemps érable.

Une étudiante qui dit avoir reçu une série de contraventions totalisant environ 6000 $ depuis le début de la grève étudiante de 2012 a amorcé mercredi son combat à la Cour municipale de Montréal.

 

Au cours des derniers mois, Katie Nelson estime avoir été mise à l’amende près d’une trentaine de fois. On lui a collé des constats d’infraction pour toutes sortes de motifs qu’elle juge « insignifiants ». « J’ai reçu des contraventions pour avoir répandu les cendres de ma cigarette dans la rue, des contraventions pour avoir prononcé des mots interdits [«bastard »] dans un parc, pour avoir traversé une rue illégalement pendant une manifestation où il y avait des milliers de personnes », a-t-elle expliqué en marge de son audience au tribunal.

 

L’étudiante en philosophie à l’Université Concordia croit qu’elle est victime de profilage social en raison de son militantisme.

 

« J’ai créé un groupe sur Facebook dont l’objectif est de recenser les comportements déplacés des policiers et mis sur pied une procédure pour déposer des plaintes en déontologie, et depuis que j’ai fait ça, je reçois des contraventions chaque fois que je prends part à un événement », a-t-elle plaidé. « Ils me disent clairement que c’est la raison pour laquelle ils me mettent à l’amende », a-t-elle assuré avant de s’engouffrer dans la salle d’audience.

 

Katie Nelson était au tribunal mercredi pour contester un premier constat d’infraction d’une valeur de 85 $ qui lui a été remis en août pour avoir « répandu un liquide sur le sol du domaine public » (craché dans la rue).

 

Sa cause a cependant été reportée puisque la validité du règlement invoqué à l’endroit où il l’a été - dans l’arrondissement de Ville-Marie - a été remise en question.

 

Les procureurs de la Couronne ont demandé au juge d’obtenir un délai pour effectuer des recherches et fixé la date de la prochaine audience au 9 novembre.

 

La jeune femme espère profiter de ce délai pour trouver un avocat. Mais, entre-temps, les dates de comparution s’accumulent sur son calendrier. Elle doit d’ailleurs comparaître mercredi soir pour contester deux autres contraventions d’une valeur totale de 542 $, puis le 23 août pour s’opposer à l’imposition d’un autre constat.

 

2433 arrestations

 

Katie Nelson fait partie des centaines de personnes qui ont été mises à l’amende pendant la crise étudiante du printemps dernier.

 

Entre le 16 février et le 3 septembre 2012, 2433 arrestations ont mené à des constats d’infraction. Ce sont du moins les conclusions du rapport Répression, discrimination et grève étudiante, produit par l’Association des juristes progressistes (AJP), la Ligue des droits et libertés et l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE).

 

Le SPVM évalue de son côté à « près de 1700 » le nombre d’interpellations (contraventions) pour manquement aux règlements municipaux ou au Code de la sécurité routière survenues lors des 711 manifestations « pendant le mouvement social ». Le service des relations médias n’a toutefois pas fourni de détails sur la période de temps comprise dans cette collecte de données.

 

Le rapport Répression, discrimination et grève étudiante, paru en avril dernier, évoque de nombreux épisodes d’intimidation, de brutalité, de profilage social et d’autres comportements abusifs ayant rompu le lien de confiance entre les manifestants et les forces de l’ordre.

 

Les récriminations formulées par Katie Nelson n’étonnent ainsi guère l’avocate Marie-Claude St-Amant, qui siège au comité exécutif de l’AJP. « Dans les témoignages que nous avons reçus, il y avait beaucoup de gens qui avaient été identifiés par la police et qui recevaient des contraventions pour cette raison », a-t-elle indiqué en entrevue téléphonique. « Pour certaines personnes, c’était clairement du profilage, du harcèlement de la part de la police qui trouvait n’importe quelle raison pour donner une contravention », a poursuivi Me St-Amant.

15 commentaires
  • stevie souvenir - Inscrit 7 août 2013 21 h 57

    Bravo

    Félicitation à cette jeune femme pour son combat pour dénoncer l'abus policière et exposer les tactiques d'intimidations à l'égard des manifestants. Garde la tête haute et ne te laisse pas rabaisser par ces actes perfides d'une milice engagée à protéger et servir une "certaine" classe. Ton combat est celui de l'action et de changement contre une idéologie en puissance et montante. Nous n'abandonnerons pas et nous continuerons à marcher vers une société plus juste et équitable où que la justice et le droit marcheront ensemble.

    • Mario Leroux - Inscrit 8 août 2013 10 h 53

      Ouf!!!!! Si Montréal peut fonctionner sans maire élu pourquoi pas fonctionner avec une police sur appel,en cas d'urgence seulement.Alors tout les casseurs de ce monde auront beau jeu pour tout casser!
      Vive Montréal libérée de sa police!

    • Michael Pratte - Abonné 8 août 2013 21 h 12

      Oui Monsieur Leroux. On oublie trop souvent de s'inquiéter pour ces pauvres vitrines.

  • Mario Leroux - Inscrit 8 août 2013 05 h 04

    Contraventions à répétition

    Pauline Marois a-t-elle eu droit à une contravention pour bruit dérangeant dans un quartier habité?Si non,la pôvre Katie Nelson avec une trentaine de contraventions devrait rencontrer son député pour lui faire part de ses récriminations!

    • Michael Pratte - Abonné 8 août 2013 21 h 13

      J'appelle Pauline tout de suite pour lui demander! Il faut faire la lumière là-dessus.

  • Réal Gagnon - Inscrit 8 août 2013 08 h 14

    Contraventions

    Cette jeune personne n'a pas à s'inquiéter, car Pauline a encouragé la désobéissance civile lors du printemps érable. Donc, maintenant qu'elle est au pouvoir, elle va faire annuler ces amendes.

    Si Pauline ne le fait pas, elle pourra être accussée de tenir deux discours différents : un discours pour l'opposition et un discours pour le pouvoir.

    • Mario Leroux - Inscrit 8 août 2013 10 h 55

      D'accord avec vous!

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2013 11 h 00

      En fait, certains groupes demandent cette annulation depuis des mois. Mais il faudrait sans doute une loi pour ce faire, le gouvernement ne pouvant plus donner d'instruction au bureau du procureur.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 8 août 2013 09 h 03

    Stupéfait!!

    En tant que vieux citoyen anarchiste,je suis stupéfait qu'il soit porté à ma connais-
    sance les comportements systématiques d'un État policier!! En plus de tabasser ses
    enfants,en plus des propos carrément haineux de la matricule bébelle filmée à son
    insu,la mentalité de ceux qui ont ordonné une telle pratique est de l'ordre de la bana-
    lisation du mal confiée à tous ces policiers-bons-pères-de-familles instrumentalisés.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2013 11 h 00

      Il me semble que si vous êtes vraiment anarchiste, ces comportements ne devraient justement pas vous surprendre, non?

    • André Michaud - Inscrit 8 août 2013 12 h 09

      État policier le Canada?

      Combien de citoyens en prison pour leur convictions uniquement et non par ce qu'ils ont commis des gestes illégaux? Et des noms SVP!!

    • Michael Pratte - Abonné 8 août 2013 21 h 10

      Le Canada? Pourquoi faites-vous référence au Canada? Il parlait peut-être du Laos ou des États-Unis. Monsieur Guillotte ne fait pas référence au "Canada".

      Mais si vous tenez à parler de cet État, disons que l'on n'y mets pas les citoyens en prison uniquement pour leur conviction. On se sert plutôt de gestes illégaux que ces gens auraient commis pour les mettre en prison. Ça revient au même, mais ça fait plus propre. Je le sais, je suis déjà allé au Canada et c'est ce que j'ai pu constater en m'informant.

  • Richard Laroche - Inscrit 8 août 2013 12 h 14

    Kafkaïen

    Le spvm ne fait qu'engorger d'insignifiances une cour municipale qui devrait se consacrer aux vrais problèmes.

    Plaider son innocence dans un espèce de théâtre absurde où des juristes en robe en sont réduits à examiner précisément dans quel secteur a-t-on le droit de cracher par terre... c'est complètement kafkaïen.