Les centres de tri croulent sous le verre

Les bouteilles jetées dans le bac vert ne font que s’accumuler dans les centres de tri depuis des mois.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les bouteilles jetées dans le bac vert ne font que s’accumuler dans les centres de tri depuis des mois.

Des montagnes de verre sont en train de se former dans les centres de tri du Québec. Les bouteilles de vin ou les pots de betteraves que vous déposez dans votre bac de recyclage ne servent presque plus à rien depuis que Klareco, la principale usine de traitement de verre à Longueuil, a fermé ses portes en avril dernier. « Les centres de tri débordent, parce qu’on ne sait plus quoi faire du verre, à tel point qu’ils doivent commencer à l’enfouir », lance comme cri d’alarme Johnny Izzi, l’un des représentants du Regroupement des centres de tri et recycleurs du Québec. Depuis quatre mois, des milliers de tonnes de verre s’empilent dans les cours extérieures des centres, ce qui augmente le risque de contamination du verre, en plus de le rendre non conforme aux exigences du marché.

 

« Depuis la fermeture de Klareco, on a accumulé 1000 tonnes de verre au Centre de tri de Montréal et 8000 tonnes à notre site de Châteauguay », confirme Laurent Pépin, porte-parole de Rebuts solides canadiens, à qui appartiennent les centres de tri. « On n’envoie pas encore le verre dans les sites d’enfouissement, mais il y a une limite au stockage et, un moment donné, il va falloir enfouir si on ne trouve pas de solution », poursuit-il en précisant que 30 000 tonnes de verre sont envoyées annuellement à leurs deux centres de tri.

 

Si rien n’est fait rapidement, le Regroupement des centres de tri et recycleurs craint que la situation n'empire.

 

« L’usine de Klareco traitait 100 000 tonnes de verre chaque année. Si on ne trouve pas de débouchés, qu’est-ce qu’on va faire de tout ce verre ? »,demande M. Izzi, qui est responsable du Centre de tri de Victoriaville, mais qui est aussi directeur général de Gaudreau Environnement, à qui appartenait Klareco. « Depuis trois ans que je le dis, on s’en va tout droit dans un mur. Ça prend un an pour construire une usine de traitement de verre et ça coûte au moins entre 10 et 12 millions de dollars, mais personne ne veut investir dans cette industrie alors que le marché du verre n’est pas rentable »,affirme-t-il en rappelant que le verre recyclé au Québec sert principalement à fabriquer de la laine minérale aux États-Unis.

 

Pas de débouchés à court terme

 

Chez Recyc-Québec, l’agent de recherche et de planification Louis Gagné reconnaît que la fermeture de l’usine de Klareco est « problématique ». « C’est sûr que c’est un enjeu majeur, c’était la principale entreprise à qui le verre était vendu. Mais nous sommes en train d’évaluer la situation sur le terrain, de dresser le profil des centres de tri et de voir les solutions à court, moyen et long termes », affirme M. Gagné sans vouloir s’avancer sur les solutions envisagées. Il rappelle qu’un programme d’aide financière avait été mis en place en 2008 pour aider les centres de tri lors d’une « crise semblable » et que certains centres peuvent encore en bénéficier. M. Gagné soutient que certains projets intéressants s’en viennent également, dont la construction de l’usine de poudre de verre de Tricentris à Lachute et la ligne de tri pour le verre de la collecte sélective à l’usine de 2M Ressources à Saint-Jean-sur-Richelieu.

 

« Ces projets de valorisation du verre sont importants, mais ce ne sera pas assez pour se débarrasser de tout le verre accumulé dans les centres de tri. Alors, nous aimerions bien savoir à quoi songe Recyc-Québec, indique Johnny Izzi, qui ne voit vraiment pas de débouchés à court terme. Ce verre sera, en plus, contaminé s’il reste trop longtemps dehors, alors il faudra l’enfouir d’une façon ou d’une autre, et l’enfouissement coûte plus cher que le traitement du verre », poursuit-il en relatant que les coûts d’enfouissement varient entre 50 à 125 $ la tonne et que les centres de tri n’ont pas les moyens d’assumer ces dépenses.

 

Les environnementalistes s’opposent également à l’enfouissement de tout ce verre dans le sol, d’autant plus qu’environ 200 millions de bouteilles de vin et de spiritueux se retrouvent, chaque année, dans les bacs à recyclage au Québec. Le Front commun québécois pour la gestion écologique des déchets propose plutôt d’imposer une consigne sur les bouteilles de verre (voir encadré). Cette solution est, par contre, loin de faire l’unanimité. À plusieurs reprises, la Société des alcools du Québec (SAQ) a défendu le modèle de collecte sélective qui est déjà en place.

 

Il est vrai que les Québécois recyclent déjà la grande majorité des bouteilles de verre, mais elles n’ont presque aucune utilité pour le moment.

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La consigne, une solution ?

Les bouteilles de vin et d’alcool représentent 80 % du verre envoyé au recyclage au Québec. Selon le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, la crise actuelle du verre pourrait être l’occasion d’aller de l’avant avec l’idée de mettre en consigne ces bouteilles. « Le verre doit être recyclé, mais pas via la collecte sélective, car il se brise dans les camions et les centres de tri sont pris avec des petits tessons de verre contaminés par les autres matières, rendant le verre pratiquement irrécupérable », explique Karel Ménard, directeur général du Front commun. À son avis, une consigne permettrait de retourner les bouteilles à la SAQ, qui les acheminerait directement au recycleur, ce qui réglerait le problème des centres de tri et permettrait d’augmenter la valeur marchande du verre. Il estime qu’il s’agit d’une « solution très simple et concrète » employée dans la majorité des provinces canadiennes. À défaut de la consigne, le recyclage demeure « un moindre mal » comparativement aux conséquences que pourrait entraîner l’arrêt complet du recyclage du verre par les citoyens. « Ce qui est le plus malheureux, c’est que ça fait 30 ans qu’on dit qu’il faut recycler, et là, on se rend compte que ce n’est pas si parfait que ça. »

-Jessica Nadeau

49 commentaires
  • Mariette Beaudoin - Inscrite 7 août 2013 01 h 36

    Idée verte

    J'ignore si c'est une idée valable que j'ai eue et n'hésitez pas à me rabrouer si j'ai tort, mais j'ai une suggestion pour la SAAQ. Elle concerne surtout les gros buveurs qui ont leurs marques préférées. Pourquoi ne pas intaurer un système calqué sur le modèle du Vinier ? Le consommateur finit sa bouteille, la lave soigneusement et la rapporte pour la faire remplir par la SAAQ.

    Je pense qu'un magasin qui vend tout pour faire son vin soi-même propose cette option à ses clients. Ça coûte moins cher aux clients qui le font.

    Mais c'est une petite surface, alors que la SAAQ est une très grosse entreprise.

    Je ne sais pas non plus si les dépanneurs pourraient le faire aussi.

    Cela est-il réalisable et réaliste, du moins à long terme et pour résoudre une petite partie du problème ?

    • Simon Levesque - Inscrit 7 août 2013 08 h 56

      SAQ, et non SAAQ. La Société d'assurance automobile du Québec qui se mettrait à vendre du vin de mauvaise qualité. Belle affaire. Un argument s'impose en défaveur de votre proposition : le bon vin s'embouteille sur le domaine de production et nulle part ailleurs. On a déjà assez de ces bouteilles merdiques embouteillées à Laval après que des "recettes" aient été élaborées dans des immenses cuves avant d'être acheminées dans les dépanneurs et épiceries sans appelation d'origine, sans mention de cépage — les lois protégeant le monopole de la SAQ l'interdisant. Votre proposition équivaudrait à nier la qualité au profit d'un alcoolisme ignorant. Mauvaise idée.

    • Frédéric Chiasson - Inscrit 7 août 2013 10 h 32

      Effectivement, c'est une belle suggestion pour la SAQ. La SAQ du Marché central l'a déjà fait jusqu'à il y a quelques années : vendre du vin en vrac que l'on mettait nous-mêmes dans nos bouteilles. Ça fonctionnait très bien. Étonnamment, la SAQ a arrêté l'initiative. Pas assez lucratif?

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 août 2013 13 h 06

      Le système de remplissage à la bouteille existe en France. C'est un peu comme un dépanneur à vin. Seuls les vins de table et de pays sont offerts de cette manière. Notez qu'ils sont infiniment mieux que ceux "élaborés" vendus aux dépanneurs d'ici et beaucoup moins chers.

  • Mariette Beaudoin - Inscrite 7 août 2013 01 h 50

    Autre idée

    Je connais des artistes qui se servent constamment de matériel recyclé. S'il y avait des endroits un peu partout pour recueillir ces bouteilles apportées par les consommateurs, les créateurs pourraient s'en servir pour les transformer en oeuvres d'art et n'auraient pas besoin de fouiller dans les poubelles pour ça.

  • Mario Leroux - Inscrit 7 août 2013 04 h 51

    Recyc-Québec

    C'est quoi l'utilité de cette boîte qui relève du MDDEP?On y tablette les fonctionnaires indésirables?

    • Gilles Théberge - Abonné 7 août 2013 08 h 30

      C'est bien connu que dans certains esprits, tout fonctionnaire est indésirable. Surtout que dans MDDEP la lettre E ne signifie pas «Économique» mais banalement Environnement...

      Quelle est-elle la bonne solution que vous préconiseriez monsieur Leroux? Puisque vous pensez que les gens qui en ont la responsabilité ne sont pas capables de la trouver!

    • Mario Leroux - Inscrit 7 août 2013 10 h 08

      Je suis un fonctionnaire retraité qui a travaillé plus de 20 ans au MDDEP,à l'époque le Ministère de l'Environnement comme spécialiste en sciences physiques...chimiste.J'ai trop vu ce qui arrivait au personnel cadre devenu indésirable i.e. pas du bon bord politiquement parlant.Pas tous évidemment.Recyc-Québec était un bon refuge pour ces indésirables.Remarquez,celà a peut-être changé et c'est pourquoi je posais ma question.Autrement il y a du personnel compétent au MDDEP j'en suis sûr comme d'ailleurs dans tout les Ministères du Gouv.du Qc.
      A ma question,j'attends une réponse.Il y a longtemps que Recyc- -Québec aurait dû obliger la SAQ à imposer la consigne.A moins que cette entité quiparaît bien dans un organigramme soit bidon!

    • Jacques Patenaude - Abonné 7 août 2013 10 h 18

      @Théberge
      Bien d'accord avec vous, moi aussi je suis un peu tanné de ces gérants d'estrades qui sont prompt à mépriser les fonctionnaires.

    • Mario Leroux - Inscrit 7 août 2013 10 h 59

      @Patenaude Désolé je parle de ce que j'ai vu comme fonctionnaire à la retraite.Vous ne trouvez pas curieux que Recyc-Québec ne puisse obliger la SAQ à consigner ses bouteilles.Depuis le temps qu'on en parle!
      Curieusement,les contenants de bières importées sont consignés.Et Dieu sait comment on les emmerde(le personnel de la SAQ) lorsqu'on rapporte ces contenants pour être remboursé.Encore un fait vécu.

    • Jacques Patenaude - Abonné 7 août 2013 11 h 35

      @Leroux
      Est-ce aux fonctionnaires de décider des politiques de consignation ou aux politiciens? Je trouve que trop souvent les politiciens se servent des fonctionnaires comme bouc émissaires et la population embarque facilement dans ce jeu. Si vous êtes un ancien fonctionnaire vous auriez sans doute des exemples à nous donner d'ailleurs.

    • Mario Leroux - Inscrit 7 août 2013 12 h 40

      @Patenaude
      C'est aux politiciens de décider;d'ailleurs ce sont eux qui nomment le personnel d'encadrement supérieur i.e. les sous-ministres adjoints,les sous-ministres en titre et les présidents de sociétés comme la SAQ ou Recyc-Québec.Après,les fonctionnaires exécutent les directives venant d'en-haut comme on dit.

  • Pierre Labelle - Inscrit 7 août 2013 05 h 25

    Faire sa part!

    Il est plus que temps que la SAQ fasse sa part. C'est beau faire des profits, verser toujours plus de dividendes au gouvernement à chaque année, faire de plus en plus de pub pour nous inciter à consommer davantage, mais après tout ça.... Il est impératif que la SAQ se comporte en bon père de famille, si 80% du verre recyclé provient des bouteilles vendues dans leurs magasins, il est plus que normal que cette société assume les coûts de ce recyclage à la même hauteur. Ça fait plusieurs années que cette société refuse cette "consigne" des bouteilles, pourtant cela se fait et fonctionne très bien ailleur. Le gouvernement, quel qu'il soit, ne peut tolérer plus longtemps cette politique de deux poids deux mesures.

    • Guy Lafond - Abonné 7 août 2013 08 h 18

      Tout à fait d'accord!

      En Ontario, "The Beer Store" récupère les bouteilles des consommateurs. Allez-y voir!

      Les dépanneurs au Québec pourraient-ils faire la même chose? J'en doute.

      Par contre, des magasins spécialisés uniquement dans la vente de thé glacé pourraient surgir comme des champignons au Québec. En tout temps de l'année, c'est tellement bon et sain, le thé glacé! Et ces magasins: ne pourraient-ils pas alors se donner la même mission que les "Beer Stores" en Ontario?

    • Sylvette Muller - Abonnée 7 août 2013 10 h 06

      Je dis exactement la même chose depuis des années ! La SAQ fait de la pub pour consommer, mais RIEN pour recycler ! Ils faut quelle fasse sa part, quitte à ce que le gouvernement fasse pression. Il est grand temps qu'il se passe quelque chose à la SAQ, je suis d'accord, Monsieur Labelle et bravo @ Mariette Beaudoin, belle idée ! Sylvette Muller

    • Hélène Boily - Abonnée 7 août 2013 10 h 48

      En réponse à M. Lafond: pourquoi c'est possible en Ontario et pas ici?

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 août 2013 15 h 23

      Monsieur Lafond, madame Boily,
      Les dépanneurs québécois acceptent les bouteilles de bière. Il ne s'agit pas de recyclage, mais de réutilisation (ce qui est mieux).

  • Anne Magnan - Inscrite 7 août 2013 06 h 35

    Pourquoi....

    Pourquoi ne pas faire du verre broyé et poli...du paillis de différentes couleurs. Au lieu de le faire venir de la Chine on pourrait en produire au Québec donc économie de pétrole, investissement de l'argent du Québec qui reste au Québec, emploi québécois et production québécoise...

    C'est juste une idée au lieu de se plaindre réagissons !!!

    Merci et bonne journée

    • Mario Leroux - Inscrit 7 août 2013 10 h 13

      Ce devrait être le rôle de Recyc-Québec de trouver des solutions au verre recyclé et à tout autre matériel recyclable.Du moins savoir ce qu"ils font dans cette boîte relevant du MDDEP.