La mobilisation pour aider l’avocat Denis Poitras porte ses fruits

Denis Poitras
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Denis Poitras

Lancée il y a à peine deux jours, le 5 août, la campagne de financement pour aider l’avocat Denis Poitras à payer ses dettes et à recouvrer son droit de pratique a déjà permis de récolter plus de 7000 $. « C’est beaucoup », se réjouissent ses sympathisants, qui essuient plusieurs critiques, notamment sur les réseaux sociaux, pour leur solidarité envers l’avocat qui, en faillite depuis le 17 juillet après avoir accumulé une grosse dette à l’endroit du fisc, a été radié du barreau.

 

Aux commentateurs sceptiques à l’idée d’aider un avocat qui «ne payait pas ses impôts», tous ceux qui l’appuient - surtout des manifestants à faibles revenus que M. Poitras a défendus gratuitement dans des causes sociales, dont la grève étudiante du printemps 2012 - répondent qu’il est tout à fait justifié de porter secours à ce « Robin des bois juridique ». « Il n’y a pas grand monde qui fait ce que Denis fait », souligne l’enseignant Julien Villeneuve, alias Anarchopanda, qui a été défendu par M. Poitras. Selon lui, plusieurs personnes qui n’ont pas nécessairement été aidées par l’avocat font des dons importants. D’autres donateurs ont été défendus gratuitement à une certaine époque et se rattrapent en donnant ce qu’ils peuvent, maintenant qu’ils ont une meilleure situation.

 

Julien Villeneuve n’excuse pas l’avocat pour les fautes commises, mais tout doit être remis en contexte, dit-il. « [Payer ses impôts], tout le monde s’entend que c’est quelque chose qu’il aurait dû faire, mais des circonstances de sa vie personnelle ont fait en sorte qu’il n’a pas été en mesure de monter cette montagne-là », a-t-il indiqué. Sans soutien logistique ni employés, M. Poitras n’aurait pas eu le temps de s’occuper de sa comptabilité ni même de réclamer à l’aide juridique les sommes auxquelles il avait droit. « Pour moi, faisant abstraction de tout ça et en regardant Denis Poitras l’être humain, le bien qu’il a fait à la communauté en défendant des gens gratuitement, versus le mal qu’il a fait à l’État québécois en ne remboursant pas certaines sommes… c’est clair pour moi de quel côté penche la balance », a lancé Julien Villeneuve.

 

Petit salaire, grosse dette

 

Denis Poitras doit près de 300 000 $ à Revenu Québec. Cela ne signifie pas pour autant qu’il empochait des revenus faramineux, insiste M. Villeneuve. « Denis n’a jamais gagné 50 000 $ par année », dit-il. L’avocat vivrait également en appartement, n’aurait pas de voiture et aurait pour unique dépense frivole de nombreux paquets de cigarettes. Avec un premier objectif de 15 000 $, la campagne de financement servira à amasser un montant d’argent « suffisamment intéressant pour faire une proposition de conciliation à ses créanciers », avance M. Villeneuve. Denis Poitras a d’ailleurs rencontré l’assemblée des créanciers mardi matin, sans toutefois conclure d’entente. Il a passé le reste de la journée à l’hôpital, pour des soucis de santé.

 

Arij Riahi, qui s’occupe des relations de presse de la campagne, insiste : l’idée n’est pas de faire porter le fardeau de la dette de Denis Poitras par les donateurs. « On voulait simplement ouvrir la porte à ceux qui ont voulu témoigner leur appui à l’avocat. » Il semble que l’avocat puisse retrouver son droit de pratique, mais il est impossible d’en estimer les délais, précise Arij Riahi.

 

Entre-temps, d’autres collègues avocats, notamment de l’Association des juristes progressistes, prendront en charge les dossiers laissés en plan. Des sympathisants se sont proposés pour s’occuper gratuitement de sa compatibilité et deux spectacles-bénéfice, l’un le 14 septembre aux Katacombes et l’autre le 4 septembre, possiblement au Club Soda, sont en train de s’organiser.

 

Avocat depuis 1991, Denis Poitras a défendu « plus de 1000 personnes gratuitement », sans compter ceux qui ont manifesté dans le cadre de la grève étudiante, affirme-t-il dans une vidéo disponible sur le site de la campagne : aidonsdenispoitras.org.

8 commentaires
  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 7 août 2013 01 h 00

    Ça me fait plaisir d'aider Denis Poitras, car pour moi les vrais descendants de la doctrine du gars de Nazareth ne sont pas en soutane mais parmi le peuple, et n'ont pas peur d'aider gratuitement comme M. Poitras le fait. Voici un petit retour d'ascenseur bien mérité, et je suis content de voir que des collègues avocats vont vous aider dans les causes qui vous tiennent à coeur.

    Bonne chance et vitement un retour à la pratique du droit, faite de façon si humaine par vous.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 7 août 2013 09 h 08

    Faudrait expliquer un peu…

    Au-delà de la situation personnelle de monsieur Poitras le portrait de la situation est difficile à comprendre.

    Comment diable peut-on monter un compte de 300,000$ au fisc tout en ayant un revenu sous les 50,000$ ?

    Comment diable le fisc peut laisser s’accumuler une dette 300,000$ pour un contribuable qui a un tel niveau de revenu ?

    La chose ne se construit surement pas en trois ans !

    • Julien Villeneuve - Inscrit 7 août 2013 10 h 26

      Quelques éléments de réponse:

      a) Denis doit près de ce montant _selon Revenu Québec et Revenu Canada_.
      b) On parle effectivement de beaucoup d'années.
      c) Une grande partie de ce montant est constituée d'intérêts et de pénalités.

      Pour d'autres éléments de réponse: http://www.aidonsdenispoitras.org/index.php/a-prop

      Un texte plus détaillé paraîtra bientôt sur aidonsdenispoitras.org qui clarifiera encore plus la situation.

      Cordialement,
      Julien Villeneuve

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 août 2013 14 h 26

      Merci pour ces quelques éléments de réponse m. Villeneuve.

      En partant toute personne qui offre ses services, professionnel en plus, gratuitement pour aider des gens pour quelques causes que ce soit méritent admiration ne serais-ce pour l’affirmation que la chose représente que l’on peut rendre un service en société sans que ce service soit toujours monnayé.

      On se doute bien que maître Poitras vas fournir un bon plaidoyer pour sa cause… Reste que quand il écrit «Quand je facture 2 000$ par mois, et qu'il m'en coûte 2 500$ pour travailler et vivre» on comprend difficilement l’édification d’une facture de 300,000$, même si elle remonte à plusieurs années.

      A moins qu’un mécène (pas nécessairement désintéressé) se pointe et que la chose se règle hors cour, et donc qu’on ne connaisse que sa version, on risque de se retrouver devant le portait d’un avocat qui partageait avec ses clients le même "j’veux pas payer", l’un ses impôts les autres leurs frais de scolarité.

      Sous cet angle son coté brouillon ne fait que renforcer l’image de fuite de responsabilité sociale qui est ressortir de la contestation «étudiante-et-autres-qui-s’y-associaient» et qui implique que c’est toujours a quelqu’un d’autre de payer.

      Ps: question fiscale, peut-on recevoir des dons a cette hauteur, autrement que par des liens familiaux, sans ces dons soient perçus comme des revenus par l’impôt ?

    • Sébastien Paquin Charbonneau - Inscrit 8 août 2013 09 h 29

      Il est possible pour de facturer des clients qui ne payeront jamais. Ainsi, les taxes doivent quand même être perçues et envoyées aux ministères du revenu. Si la facture est en souffrance, il faut la radier à "0". Il semble que le retard dans la comptabilité peut expliquer cette gestion de la facturation qui peut parfois aussi créer des fausses dettes. C'est dommage tout ça!

  • henri -s garneau - Inscrit 8 août 2013 10 h 05

    pourquoi

    il faisait pas ses rapports d'impôt comme tout le monde?

  • Sébastien Paquin Charbonneau - Inscrit 8 août 2013 10 h 43

    Il est possible de facturer des clients qui ne payeront jamais. Ainsi, les taxes doivent quand même être perçues et envoyées aux ministères du revenu. Si la facture est en souffrance, il faut la radier à "0". Il semble que le retard dans la comptabilité peut expliquer cette gestion de la facturation qui peut parfois aussi créer des fausses dettes. C'est dommage tout ça!

  • Serge Grenier - Inscrit 8 août 2013 23 h 16

    Donner et recevoir

    Il y en a qui donnent beaucoup et reçoivent peu.
    Il y en a qui donnent peu et reçoivent beaucoup.
    Il y en a qui donnent peu et reçoivent peu.
    Il y en a qui donnent beaucoup et reçoivent beaucoup.

    Je pense que ça fait le tour de la question.

    À mon avis, pour juger de la valeur d'une personne,
    il est préférable de considérer ce qu'elle a donné
    plutôt que ce qu'elle a reçu.

    Il y a des personnes qui ont payé tous leurs impôts
    mais n'ont jamais rien fait pour personne.

    Il y a des personnes qui n'ont pas payé tous leurs impôts
    mais ont donné leur vie pour les autres.

    Devinez lesquelles je préfère ?