CHSLD - L’isolement ne prend pas de vacances

Si l’été est propice aux vacances et au farniente, il devrait aussi être un moment pour aller voir nos aînés, ce qui ne semble pas être le cas autant que certains le souhaiteraient.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Si l’été est propice aux vacances et au farniente, il devrait aussi être un moment pour aller voir nos aînés, ce qui ne semble pas être le cas autant que certains le souhaiteraient.

Le simple fait de rendre visite à une personne aînée dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) peut changer sa vie pour le mieux, allant même jusqu’à induire une réduction de la prise de médicaments. Reste que, en saison estivale, cet acte de présence et d’attention, ce geste d’humanité, pour quelques minutes seulement, n’est pas autant au rendez-vous que plusieurs experts consultés par Le Devoir le souhaiteraient. D’où une campagne de sensibilisation qui a cours, organisée par l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC), visant à encourager les gens à passer les portes d’un CHSLD pour enlacer un proche, plutôt que de consacrer tout son temps à organiser ses vacances et autres plaisirs estivaux.

 

« Partagez le bonheur. Une visite… parce que vous les aimez. » Tel est le slogan qui coiffe cette campagne qui a Gilles Latulippe pour porte-parole. « La cause me touche particulièrement, car ma belle-mère a vécu en CHSLD. Je lui rendais visite toutes les semaines. Je me souviens que ses voisins de chambre recevaient très rarement ou jamais de visite. J’ai parcouru le corridor à plusieurs reprises et je ne me suis jamais gêné de discuter un instant avec ses voisins de chambre. Si je participe à cette cause, c’est pour lancer un message à tous : Allez-y ! Gênez-vous pas ! Les portes des CHSLD sont grandes ouvertes et les aînés attendent votre visite. »

 

Voilà ce que répète en boucle le comédien dans le cadre de cette initiative de l’AEPC qui regroupe 62 établissements répartis dans 11 régions du Québec, soit 58 CHSLD et 4 centres de réadaptation. Son directeur général, Jean Hébert, rappelle que plusieurs études démontrent que le seul fait « d’entretenir des liens sociaux, de prendre le temps de rendre visite à une personne, est très bénéfique tant sur le plan moral que sur le plan physique. Vous savez, on a beau dispenser des soins de qualité dans les centres d’hébergement, il n’y a rien qui puisse remplacer la présence d’un proche ».

 

Si l’été est propice aux vacances et au farniente, il devrait aussi être un moment pour aller voir nos aînés, ce qui ne semble pas être le cas autant que certains le souhaiteraient. « Écoutez, nos aînés, on les oublie tout le temps. Mais on est encore moins en mesure de les visiter durant l’été puisqu’on part en vacances et qu’on ne pense pas que les personnes âgées qui sont dans les établissements ont besoin d’une présence », souligne Pierre Blain, directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers. « C’est un vrai problème l’été. Et je pense que le fait d’en parler dans votre journal va sensibiliser les gens », ajoute Lyne Parent, la présidente de l’Association des retraités des secteurs public et parapublic. « Il faut que les gens profitent de l’été pour sortir les personnes âgées. Ce sont souvent des gens à mobilité réduite, ce n’est pas facile pour eux. Quand on y pense, c’est une tante ou un grand-parent qu’on aide », renchérit Jean Hébert.

 

Des solutions

 

« Nous, on est bien au fait de ce problème parce qu’on est au coeur même du réseau des CHSLD », reprend Pierre Blain. D’autant, dit-il, que la solitude et la pauvreté sont souvent le lot, au quotidien, des aînés, ce qui n’a rien pour aider, on l’aura compris. Mais des solutions existent pour compenser le manque de visites et le poids de la solitude, lance-t-il. « J’ai vu des expériences extraordinaires dans certains établissements où des garderies ont été installées. Ne pensez-vous pas que ça vient compenser pour l’absence de présence de la famille ? Voilà un exemple qu’il faut reproduire. Je pense aussi à des établissements où les aînés font du bénévolat pour l’Armée du Salut, qui leur apporte des vêtements lavés qui doivent être pliés en vue de leur mise en vente. Dans ce cas, les aînés se sentent utiles pour la société ! »

 

Au-delà de ces cas de figure, il y a la campagne de l’AEPC en cours qu’il faut promouvoir. « On appuie cette campagne qui est très importante », insiste M. Blain, qui tient à rappeler que son organisme avait lui aussi mis sur pied une telle initiative l’hiver dernier (« Visitons nos aînés »), lors de laquelle une solution toute singulière a émergé. « On est tombés par terre quand on a reçu des propositions de gens qui, touchés par ce problème, nous ont demandé comment faire pour adopter un aîné ! Ce sont des personnes immigrantes qui nous l’ont demandé. Ç’aurait été une façon pour elles de s’intégrer au sein de la société québécoise et de faire du bénévolat. Mais les CHSLD nous ont dit qu’il n’existait pas de structure pour répondre à cette demande. Mais il faudrait bien y penser un jour… », lance M. Blain, visiblement convaincu.

 

Rénover pour mieux attirer

 

De son côté, Lyne Rémillard, la directrice adjointe du Réseau FADOQ (anciennement la Fédération de l’âge d’or du Québec), qui compte plus de 275 000 membres, donne en exemple une solution mise sur pied dans un établissement situé dans la région du Saguenay -Lac-Saint-Jean, visant à augmenter le nombre de visites. Et ça fonctionne. « Un établissement à Arvida a décidé de rénover ses intérieurs pour les rendre plus conviviaux. Par conséquent, on s’est aperçu que les gens allaient davantage rendre visite à leurs proches. » Mieux encore, cette initiative a eu pour effet de « diminuer de manière très importante la prise de médicaments des résidants parce qu’ils étaient plus heureux », dit-elle. « Aller voir un proche dans un établissement, c’est un geste d’amour et de respect », fait valoir de son côté Lyne Parent. Le problème que soulève la campagne de l’AEPC est confirmé sur le terrain par Karina Malbran, une infirmière auxiliaire qui travaille au Centre Saint-Lambert, un établissement rattaché au Centre de santé et des services sociaux Champlain -Charles-Le Moine. « Les gens ne viennent pas souvent les voir. Nous, les infirmières, on n’est pas la famille, mais on fait ce qu’on peut. On ne se le cachera pas : avec le nombre de patients dont il faut s’occuper, on n’a pas assez de temps pour jaser et leur remonter le moral. Beaucoupsont déprimés, ils s’ennuient et prennent [par conséquent] beaucoup de médicaments. »

 

 

Collaborateur

3 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 3 août 2013 08 h 24

    En effet, des visites régulières peuvent améliorer le moral des résidents.

    Un autre détail qui peut empêcher certaines familles à visiter leurs parentés, c'est le climat à l'intérieur de l'établissement. En effet, les familles, les amis qui visitent le résident, mis à part le plaisir de le voir, est parfois désagréablement surpris par le manque d'employés aux heures des repas ou dans certaines situations pour assurer la sécurité des résidents.

    J'ai ouï-dire qu'une famille dans un CHSLD a été interdite formellement de rendre visite au parent sur le plancher où il réside. Le CHSLD trouvait que cette famille se plaignait trop des choses que je décris plus haut, au point que ça les dérangeait. Dans le but d'avoir plus de visites pour les résidents, les CHSLD devrait aménager certains endroits pour accueillir les familles.

    Il reste aussi que la qualité des soins que vivent les résidents sur les planchers devraient elles aussi être améliorées pour les résidents eux-mêmes. Il ne faudrait pas tout de même que ces endroits dédiés aux visiteurs deviennent des lieux isolés permettant de cacher les conditions de vie, dans certains cas, là où résident les résidents.

  • Bernard Gervais - Inscrit 3 août 2013 11 h 58

    Reportages plus que pertinents

    Bravo au Devoir pour ses reportages d'aujourd'hui consacrés à la solitude des personnes âgées. Un sujet si pertinent mais dont, on le sait, beaucoup de monde n'ose pas toujours parler parce que cela dérange, parce ce que nos sociétés occidentales n'en ont trop souvent que pour la jeunesse, pour ceux qui sont productifs.

    Il importe de le rappeler pourtant : la solitude est un des pires problèmes que vivent - selon moi - trop gens d'un âge fort avancé, un facteur souvent de dépérissement. Mais c'est aussi le cas pour de nombreux handicapés de tous les âges dont beaucoup sont placés.

    Certains croient encore que le gouvernement peut aider ces personnes délaissées. Certes, les CLSC, par exemple, offrent à celles qui vivent à domicile certains services, mais ce ne sera jamais comme la présence et le soutien assidus de la famille, des proches.

    On ne le dira jamais assez : l'homme n'est pas fait pour vivre seul, qu'il soit âgé, handicapé, ou pas. Le fait d'être entouré, de sentir qu'on est aimé ne peut qu'être bénéfique pour la vie et la santé de tous les êtres humains. D'où, par exemple, l'importance considérable du rôle joué par ceux qu'on appelle désormais « les aidants naturels ».

  • France Marcotte - Abonnée 4 août 2013 20 h 02

    Je ne comprends pas très bien

    Souvent, avant d'entrer en CHSLD, ces personnes agées étaient autonomes et vivaient seules, veufs ou veuves, ou célibataires...

    En centre, tous ces gens ne sont plus seuls, ils sont ensemble. Pourquoi ne favoriserait-on pas aussi une vie communautaire intense à l'intérieur de ces murs plutôt que d'espérer souvent vainement que la parenté se manifestera comme par enchantement?
    On a l'impression quand on en parle que chacun y vit seul à attendre.

    Toute sa vie, on apprend à compter surtout sur soi-même. Vieux, on oublie donc si vite cette leçon durement apprise?