Rieselfeld, la folle entreprise des Allemands

Certaines rues du quartier Rieselfeld (champ d’épandage, en allemand) sont des terrains de jeu où les voitures doivent rouler à 5 km/h parmi les enfants.
Photo: Vivre en ville Certaines rues du quartier Rieselfeld (champ d’épandage, en allemand) sont des terrains de jeu où les voitures doivent rouler à 5 km/h parmi les enfants.

Une ville où les enfants peuvent jouer en pleine rue. Un aréna au septième étage d'un centre commercial. Un quartier plein de vie sur des ruines industrielles. Une banlieue qui se donne des airs de village. Un affreux centre commercial qui cède la place à un centre d'affaires prospère. L'organisme Vivre en ville a découvert cinq quartiers qui se sont réinventés selon les principes du transit-oriented development (TOD). Leur succès repose sur un socle commun: ils se sont renouvelés grâce aux transports en commun, a constaté notre journaliste Marco Fortier.

Ils sont fous, ces Allemands : aux prises avec une grave pénurie de logements, la ville de Fribourg-en-Brisgau a construit un quartier révolutionnaire dans un ancien champ d’épuration des eaux usées !

 

Certaines rues du quartier Rieselfeld (champ d’épandage, en allemand) sont des terrains de jeu où les voitures doivent rouler à 5 km/h parmi les enfants. La circulation automobile est carrément interdite dans d’autres artères. Plus étonnant encore, tous les résidants, sans exception, doivent payer 12 000 euros (16 300 $) pour un espace de stationnement.

 

Malgré ces règles qui feraient tiquer bien des Nord-Américains, les 4200 unités d’habitation de Rieselfeld sont chèrement disputées par les Allemands (la Ville a pris les moyens pour limiter la surenchère et réserver le quart des logements à des familles à faible revenu).

 

Cette expérience d’urbanisme hors de l’ordinaire fait jaser depuis une vingtaine d’années, entre autres parce que l’aménagement du quartier a fait l’objet d’un concours international d’architecture et de design. Les élus de la ville étaient condamnés à innover : la province de Baden-Württemberg, moteur économique du pays le plus riche d’Europe, connaît une forte croissance démographique, assortie d’une pénurie de logements et de terres où construire.

 

En plus de transformer l’ancien champ d’eaux usées en quartier modèle, la Ville de Fribourg-en-Brisgau a conservé la plus grande partie du terrain sous la forme d’une réserve écologique. Les résidants peuvent aller « prendre une marche à la campagne » à deux pas de chez eux, alors qu’on se trouve en réalité dans une ville densément peuplée.

 

Plus qu’une banlieue-dortoir, Rieselfeld est une ville dans la ville, où l’on trouve cinq garderies, deux écoles primaires, deux écoles secondaires, un gymnase, des terrains de sport, un centre communautaire, un poste de police, une caserne de pompier et 120 petites entreprises, dont un supermarché.

 

La majorité des résidants se rend travailler à l’extérieur en prenant le tramway ou le train léger. À peine 30 % des gens du quartier se déplacent en voiture, comparativement à 57 % dans le reste du pays.

11 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 27 juillet 2013 06 h 36

    Problème

    Le problème, c'est que si quelqu'un s'avisait de faire la même chose au Québec, il y en aurait pour une quinzaine d'années d'études, de rapports, d'autres études, de consultations, d'analyses, de plans et devis, de sondages, de documents de synthèse, de débats, de retour à la planche à dessin, de nouvelles études, ...

    Ai-je dit quinze ans? Mettez-en vingt.

    Desrosiers
    Val David

    • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 28 juillet 2013 07 h 48

      Est-ce une excuse pour ne rien faire, en subir les conséquences, puis de s'en plaindre ?

      Même si ça fait au moins 50 ans que des pays comme la Suède planifie ainsi leurs villes, il n'est pas trop tard pour nous de prendre exemple et de s'atteler à la tâche.

      Il me semble que le mauvais rêve de Montréal et ses banlieues a assez duré. Ne trouvez-vous pas ?

  • Bernard Terreault - Abonné 27 juillet 2013 08 h 45

    Superbe série

    J'ai lu les cinq articles de la série. Bon reportage. Le cas allemand est différent: j'ai assez vécu et voyagé en Europe occidentale pour savoir que la plus grande partie des régions les plus densément peuplées de celle-ci a été construite en mode "transit-oriented", bien avant que le mot ait été inventé! Les exemples américains, succès ou demi-succès bien décrits dans l'article, nous interpellent plus. Et font ressortir l'absence d'imagination des décideurs politiques et économiques d'ici qui n'ont qu'un modèle de développement en tête, le Dix-30.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 27 juillet 2013 09 h 05

    Lac-Mégantic

    La Municipalité du Lac-Mégantic se voit contrainte de reconstruire son centre-ville.
    Que voilà la belle occasion de créer une vision et pratique urbanistes d'avant-garde.
    Ici tout est aux chars.6,000 habitants c'est pas beaucoup me direz-vous!Mais le défi
    est de voir plus loin que le bout de son champ de patates.
    D'ici peu,existera une demi-lune ferroviaire partant de Montréal vers Sherbrooke,puis
    vers le Lac-Mégantic,St-Georges de Beauce et Québec.Dans cette perspective,la mu-
    nicipalité du Lac-Mégantic serait plus qu'un gros village touristique car elle sera au centre de la demi-lune ferroviaire.Que le plan d'urbanisme nécessaire anticipe cette
    éventualité.Que ce plan prévoit que Mégantic ait éventuellement sa ligne de tramway.Actuellement le seul transport en commun est le petit bus de Trans-Auto-
    nomie avec réservation 24h à l'avance.De fait,les planificateurs à la reconstruction
    doivent s'inspirer de TOD (Transit-oriented development)

  • Jason D' Aoust - Inscrit 27 juillet 2013 09 h 11

    Pas fou du tout et pas vraiment comparable

    J'ai passé une belle heure dans Reisefeld en décembre dernier. Je cherchais l'équivalent du Rona pour acheter un pied et un jeu de lumières pour le sapin. En faisant mon transfert de tramway, j'avais pris la mauvaise direction et m'étais retrouvé aux limites de la ville. Comme je croyais le Rona tout près, je me suis baladé dans Reisefeld pour une bonne heure avant de rebrousser chemin.

    C'est moin idyllique que l'article le laisse entendre. Une artère principale désservie par le tramway. (http://goo.gl/maps/OL5oq) De chaque côté des immeubles de condos avec des boutiques plutôt sympathiques au rdc. Dans les rues adjacentes, des blocs appartements plus petits. Les espaces de verdure -- car c'est vert en décembre ici -- pas si t'effrayant. Par exemple, la bibliothèque est entourée d'une grande place bétonnée. (http://www.panoramio.com/photo_explorer#view=photo Ou encore, un des deux parcs est situé en bordure de route à l'intersection de deux artères automobiles et de la voie du tramway. Comme quoi l'herbe n'est pas toujours plus verte de l'autre bord de la clôture... ou de la flaque dans ce cas-ci. Cela étant dit, Freiburg, en général, est une ville très verte.

    • Frédéric La Brie - Inscrit 28 juillet 2013 16 h 54

      Je suis d'accord que c'est pas parfait mais force est d'admettre que c'est mieux que ce qu'ils ont faits autour de la station montmorency.... Un désert de béton... Je peux pas croire que personne a pensé a mieux... Surement mais bon le bon Vaillancourt en devait une a ses amis de l'asphalte...

  • Jason D' Aoust - Inscrit 27 juillet 2013 09 h 11

    (suite)

    Il faudrait aussi prendre note que Freiburg compte 230,000 habitants répartis dans plusieurs quartiers autour d'un petit centre-ville historique. La densité de la population est donc beaucoup moins importante qu'à Montréal sans atteindre les bas taux des grandes villes de la banlieue montréalaise. De plus, la prolongation de la voie du tramway sur peut-être un demi kilomètre vers Reisefeld n'est rien à comparer avec le transport public des villes de la banlieue métropolitaine. Comment demander à des villes d'environ 80,000 habitants (comme Boucherville, Brossard, St-Hubert) et plutôt étalées de bonifier un système de transport pubic quand il faudrait commencer par créer les infrastructures nécessaires et réaménager l'espace urbain? En vélo, on doit mettre même pas 20 minutes de Reisefeld au centre-ville. Et correction: il n'y a pas de train léger à Reisefeld, qu'un tramway et des autobus.

    Donc Reisefeld n'était pas une folle entreprise, mais un bon investissement et une gestion urbaine efficace, et Freiburg se compare difficilement à Montréal et à ses banlieues.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 juillet 2013 13 h 27

      Votre commentaire sur la densité m'a intéressé, et j'ai cherché à savoir à quelle ville de la région montréalais Fribourg pouvait être comparé. Or, avec 1400 hab/km2, cette ville allemande est MOINS densément peuplée que Longueuil (2000 hab/km2) ou que Laval (1640 hab/km2).

      À titre de comparaison, New York a près de 7000 hab/km2, et Paris, plus de 20 000 (mais ses deux grands parcs sont situés hors de la ville — ça s'appelle tricher).

    • Jason D' Aoust - Inscrit 28 juillet 2013 07 h 06

      Je vous remercie de ces précisions. Par contre, je ne suis pas certain si mon commentaire sur la densité et la comparaison de villes a été pris dans le bon sens. Voici donc quelques spécifications.

      Il faut prendre en considération que presque la moitié de la superficie de la ville de Freiburg est constituée de terrains montagneux. (http://goo.gl/maps/OBj8K) Cette donnée à elle seule affecte le résultat statistique de la densité de la population. On pourrait facilement estimer que les parties habitées de Freiburg affichent un densité de 2800 habitants/km2. Ce n'est pas le cas à Longueuil. (http://tinyurl.com/mqylv5u)

      Mon commentaire porte aussi sur un autre article paru hier dans Le Devoir, à propos des projets immobiliers désservis par le transport en commun. À Freiburg, le transport en commun déssert principalement deux petites vallées, en plus de s'étendre sur deux axes dans la plaine à l'est de la Forêt Noire. Puisque la plupart des quartiers résidentiels sont plus densément habités que les statistiques le laisse entendre, il est donc beaucoup plus facile d'y organiser le transport en commun. L'étalement urbain fait donc partie de la donne.

      À part les vieux quartiers bourgeois de Freiburg, il faut souvent se rendre dans les petits villages qui ont été annexés à la ville au fil du temps pour trouver des maisons unifamiliales. C'est peut-être encore le cas à Montréal, mais pas dans sa banlieue. (http://goo.gl/maps/3p4PJ) C'est donc beaucoup plus facile et moins cher d'organiser le transport en public pour un nouveau développement, tel que Reisefeld, lorsqu'il s'agit de continuer un modèle qui évite l'étalement urbain.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 juillet 2013 18 h 12

      Tout à fait d'accord avec vous, monsieur D'Aoust. Pour que le transport en commun soit possible, il faut un minimum de densité. Sinon, on a des autobus aux heures (et seulement de 7 h à 19 h, du lundi au vendredi) et des lignes espacés de un ou deux kilomètres.