Une étonnante vitalité francophone

La jeune Franco-Yukonnaise Maya Poirier photographiée devant un magasin de Dawson City portant le nom d’une pionnière du Yukon, Émilie Tremblay, qui a aussi laissé son nom à l’école francophone de Whitehorse.
Photo: ?Pierre Trudel La jeune Franco-Yukonnaise Maya Poirier photographiée devant un magasin de Dawson City portant le nom d’une pionnière du Yukon, Émilie Tremblay, qui a aussi laissé son nom à l’école francophone de Whitehorse.
Whitehorse – Rue Falcon Drive, à Whitehorse, au Yukon, les locaux de la garderie du Petit Cheval blanc ne suffisent plus pour accueillir les nombreux enfants des Franco-Yukonnais. C’est d’ailleurs aussi le cas de l’école Émilie-Tremblay, quelques pâtés de maisons plus loin, qui offre une éducation en français aux enfants, de la maternelle à la 12e année.

En fait, selon Nancy Power, directrice des communications pour l’Association franco-yukonnaise, le bilinguisme est en baisse partout au pays, sauf au Québec et au Yukon.

« Moi, j’adore vivre à Whitehorse. C’est l’endroit où l’air est le plus pur au monde », dit Maya Poirier, une jeune Franco-Yukonnaise qui est née à Whitehorse d’un père québécois et d’une mère ontarienne. La qualité de l’air de Whitehorse a en effet été reconnue par l’Organisation mondiale de la santé.

La croissance remarquable de la communauté franco-yukonnaise est en grande partie liée à la vitalité de son association, qui revendique depuis 25 ans de meilleurs services en français sur le territoire. Dans les locaux du centre de la francophonie de Whitehorse, où se trouve l’Association franco-yukonnaise, on trouve des services culturels, mais aussi des services d’employabilité et de la formation. On travaille même à un projet de société historique franco-yukonnaise.

Il faut dire que la présence des francophones en sol yukonnais date d’avant la ruée vers l’or. Dans son livre La francophonie, une richesse nordique, le Franco-Yukonnais Yann Herry, qui se passionne pour l’histoire de la francophonie au Yukon, aime raconter l’histoire des frères Binet, originaires de Charlesbourg, qui ont franchi le col Chilkoot en quête d’or au temps du Klondike en 1895. C’est Joseph Eugène qui fondera la ville de Mayo, au Yukon, où ses descendants vivent toujours. Et c’est bien à Joseph Juneau, chercheur d’or né à Saint-Paul-l’Ermite, au Québec, que l’on doit le nom de Juneau, la capitale de l’Alaska.

À l’époque de la ruée vers l’or, Wilfrid Laurier était premier ministre du Canada. Il a fait venir au Yukon, qui recevait des milliers de prospecteurs d’or, une importante fonction publique originaire de Saint-Lin et de sa circonscription d’Arthabaska, au Québec. « À l’époque de la ruée vers l’or, on dit que de 80 à 90 % de la population de Dawson City était d’origine américaine, mais parmi les électeurs canadiens, on croit que la moitié étaient francophones », explique Yann Herry. Laurier défait, cette fonction publique rentrera cependant au bercail, comme les services en français qu’elle avait apportés.

Encore aujourd’hui, une part importante de la communauté francophone du Yukon est une population de passage qui, comme les chercheurs d’or de jadis, est attirée par l’aventure, mais aussi par le mode de vie du territoire.

C’est un mode de vie orienté vers la famille et la nature, et qui fait accepter sans rechigner les moins 35 ou moins 40 degrés Celsius et le manque de lumière qui sont propres à l’hiver yukonnais.

« C’est un bel hiver, un peu long. Il n’y a pas de sloche. Et quand il neige, la neige reste au sol. On peut faire des sports d’hiver à tout moment », confirme Shannon Ryan, originaire des Cantons-de-l’Est, présidente du conseil d’administration de la garderie du Petit Cheval blanc.

Selon Isabelle Salesse, directrice de l’Association franco-yukonnaise, le taux de chômage tourne présentement autour de 6 %.

« Mais avant la dernière crise économique, on était pratiquement en situation de plein emploi », ajoute-t-elle.

Plus encore que les emplois reliés aux mines, un secteur d’emploi très fluctuant, ce sont les gouvernements qui sont les gros employeurs du territoire.

Plus il y a de services en français donc, plus la communauté francophone du Yukon grandit et compte de nouveaux arrivants. En 2011, 4,8 % de la population du Yukon disait avoir le français comme langue maternelle. Au total, 4510 personnes parlent français, soit 13 % de la population yukonnaise. « Le Yukon a donc le plus fort pourcentage de francophones et de personnes qui peuvent soutenir une conversation en français dans l’ensemble de la francophonie minoritaire canadienne après le Nouveau-Brunswick », constate Nancy Power, directrice des communications de l’Association franco-yukonnaise.

L’hiver, tous les vendredis, l’Association franco-yukonnaise organise un souper pour regrouper les membres de la communauté. Et les programmes d’immersion en français offerts par l’école anglophone de Whitehorse font des petits, semble-t-il, partout au Canada.

Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour assurer aux francophones du Yukon un accès complet aux services dans leur langue.

S’il y a bien une personne qui tente d’assurer la traduction en français pour les francophones à l’hôpital de Whitehorse, il est encore impossible d’obtenir des soins pour des problèmes de santé mentale en français, relève Isabelle Salesse. C’est pourtant un domaine où il est souhaitable d’obtenir des services dans sa langue.

En fait, c’est entre autres grâce à la contestation en cour par le Franco-Yukonnais Daniel Saint-Jean d’une contravention rédigée uniquement en anglais que les services en français se sont améliorés sur le territoire à partir des années 1980.

« Il a gagné et le gouvernement a décidé de faire une entente avec l’Association franco-yukonnaise pour offrir des services en français dans certains domaines ciblés », poursuit Yann Herry. Un combat que les Franco-Yukonnais ont l’intention de mener jusqu’au bout.


Ce reportage a été rendu possible grâce au soutien du ministère du Tourisme du Yukon.
10 commentaires
  • Jacques Moreau - Inscrit 24 juillet 2013 10 h 22

    Grace à la tolérence des anglos

    Le Yukon est anglophone à 80 pourcent et les francophone sont à environ 5 pourcent
    au max. Imaginez quel support ces Yukonnais francophones auront si le Québec réussie à faire la "séparation". Peu connue de la majorité des québecois, est le fait qu'il y a de nombreuses communauté largement francophone partout à traves le Canada, hord Québec. Enlevez le Québec du Canada et vous enlevez toute raison au Canada de maintenir le biliguisme officiel.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 24 juillet 2013 11 h 49

      Raisonnement simpliste. Ces communautés existent parce qu'elles se battent. Comme les communautés chinoises, siks ou arabes. Le bilinguisme est une vue de l'esprit.

    • Patrick Lépine - Inscrit 24 juillet 2013 12 h 39

      Il y a moins de francophones au Yukon qu'à Lag Mégantic, et c'est l'une des provinces qui en compte le plus fort pourcentage...

      Essayez-vous de nous attendrir avec ces chiffres?

      Deux trois gros villages de francophones éparpillés à travers toutes ces étendues!?

      Et on devrait sacrifier la langue et la culture des québécois au grand tout indivisible canadien pour ces quelques communautés "de passage" dans les autres provinces? Vous êtes sérieux là?

    • Gilles Théberge - Abonné 24 juillet 2013 12 h 47

      Donc ne faisons rien pour nous, pour préserver les autres... Le bilinguisme officiel est officiel certes, mais réel, j'en doute fort.

      Et finalement ce que je retiens de l'article c'est que, c'est magnifique n'est-ce pas, les anglais du Yukon «tolèrent» les francophones. Mais reconnaître l'autre, monsieur Moreau, c'est autre chose. Ça va plus loin n'est-ce pas?

      Je n'aime pas ça le rapetissage de soi, par menaces interposées. Comme s'il fallait toujours prendre soin des autres au détriment de soi-même.

      On fait plus d'arbres de Noël et on ne prononce plus le mot, parce que ça ne convient pas à certaines strates de minorités.

      On ne se baigne plus en piscine mixte parce que ça disconvient à certains qui ne veulent pas que leur certaine soit enprésence des autres.

      On ne porte pas de casque protecteur sur un chantier de construction, mais un turban, au nom de sa singularité inscrite dans la Charte...

      On ne parlera pas du Kirpan...

      Récemment une jeune femme se lance en politique. elle provient de la communauté Hassidique. Particularité, elle ne serre pas la main des gens.

      Est-ce qu'il y a des émeutes pour protester contre ces aberrations au Québec ? Non, bien sûr que non!

      Mais ne pensons surtout pas à l'indépendance. Qu'est-ce qui arriverait au francophone de Kamloops, de whitehorse ou de grey wolf?

      Is it not?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 24 juillet 2013 16 h 16

      "Le bilinguisme officiel", c'est carrément une utopie..même au New Brunswick soit-disant bilingue. IL suffit d'aller s'y promener pour le constater.

      Je crois, au contraire, qu'un Québec indépendant aurait davantage de moyens d'aider les communautés francophones éparpillées dans cette fédération qui devait être une CONfédération.

      La vitalité de certaines communautés francophones hors Québec est assombrie très fortement par le taux effarant d'assimilation révélé de recensement à recensement.

    • Derek Christjanson - Inscrit 24 juillet 2013 17 h 02

      Et encore là, ce sont les Acadiens qui sont très majoritairement bilingues; comme c'est le cas de la plupart des communautés francophones du pays. La seule population anglophone où l'on retrouve un fort pourcentage de bilinguisme se retrouve à Montréal. Et leur bilinguisme est davantage le fruit de lois et n'a guère plus de 40 ans.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 26 juillet 2013 11 h 03

      "En fait, selon Nancy Power, directrice des communications pour l’Association franco-yukonnaise, le bilinguisme est en baisse partout au pays, sauf au Québec et au Yukon."

      En d'autre mots, le français équope partout sauf au Yukon, malgré la présense du québec.

  • Dominique Sarny - Inscrit 24 juillet 2013 12 h 27

    Pas sûr!

    Les Francophones à l'extérieur du Québec ne vivent pas "grâce à la tolérence des anglos" ou à la présence du Québec sur la scène fédérale. D'ailleurs, la majorité d'entre eux, dans l'Ouest et Nord-Ouest du pays, n'a même pas le français comme langue maternelle et n'en est pas moins francophone.

  • Jean-Pierre Brodeur - Inscrit 24 juillet 2013 13 h 22

    Tolérance imaginaire

    De quelle tolérance ont joui ces Yuklonnais francophones? Quel support ont eu les nombreuses communautés francophones à travers le Canada? Du type du fameux Règlement XVII en Ontario interdisant l'enseignement en français!
    Advenant l'indépendance du Québec, les Canadiens voudront probablement maintenir un bilinguisme officiel là où le nombre le permet. Surtout avec une langue comme le français!

  • Hubert Larocque - Abonné 24 juillet 2013 16 h 36

    Nationalité et présence francophone

    Le fait de parler français ne garantit pas que l'on soit Québécois, ni même le fait d'habiter au Québec muni de la nationalité canadienne. Très souvent, l'on peut constater que des locuteurs français de langue seconde, et même de ce qui reste de la langue maternelle, ont une identité brouillée et instable ce qui se vérifie par une incompréhension et une hostilité à l'endroit du Québec, surtout lorsque se pose pour lui la question d'un statut politique normal et complet. C'est là le test le plus probant d'une identité claire et fidèle au peuple issu du peuplement français d'origine. Les apports ultérieurs ne changent rien à ce fait de base. Le reste correspond à un degré plus ou moins avancé d'assimilation. En général, dès que l'on quitte le territoire du Québec dans le dessein d'habiter définitivement ailleurs, il y a une rupture identitaire qui s'approfondit en très peu de temps par l'acculturation à des réalités différentes et par le contact intériorisé avec des cultures étrangères. Même au Québec il y a ce genre d'apatrides intérieurs qui sont en mutation vers une identité autre, d'où la confusion des "options" et des choix politiques.
    Nous sommes évidemment sympathiques à la présence du français hors Québec mais cela n'a pour le Québec et pour notre peuple de valeur positive que si le Québec et le souci de son maintien et de son épanouissement national demeurent la référence première et inspiratrice de ces minorités.
    Le seul français, celui qui nous importe vraiment, est celui qui est l'expression, le symbole et l'âme de notre appartenance au Québec historique.