Les Chinoises ont adopté la petite Anne... aux cheveux roux

Preuve de son succès, l’Association nationale des éditeurs a sélectionné le célèbre roman de Lucy Maud Montgomery parmi les 50 romans ayant le plus d’influence en Chine.
Photo: Mélanie Loisel Preuve de son succès, l’Association nationale des éditeurs a sélectionné le célèbre roman de Lucy Maud Montgomery parmi les 50 romans ayant le plus d’influence en Chine.

Depuis un an, la petite orpheline aux cheveux roux connaît du succès en Chine. Anne… la maison aux pignons verts a conquis le coeur des Chinoises, qui se reconnaissent volontiers dans ce personnage dont les parents adoptifs auraient préféré un garçon plutôt qu’une fille pour les aider.

 

Il aura fallu plus d’un siècle pour que l’histoire de Lucy Maud Montgomery, écrit en 1908, perce en Chine. Ce classique de la littérature canadienne, qui a été traduit dans une vingtaine de langues et s’est vendu à 50 millions d’exemplaires, n’arrivait pas à se tailler une place sur le marché chinois, alors qu’il est sur le marché japonais depuis 1952. À une douzaine de reprises, des éditeurs ont bien tenté de l’exporter, mais sans succès.

 

« C’est difficile de se faire une place sur le marché de l’édition en Chine. iI faut avoir des liens et des partenaires qui jouissent déjà d’une certaine renommée », indique Wade MacLauchan, qui a fondé avec trois autres partenaires l’entrepriseAnne in China en 2009. L’homme d’affaires et président émérite de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard raconte que son entreprise a évalué le marché pendant trois ans avant de trouver un débouché intéressant.

 

Un roman influent

 

Après de longues négociations, une entente a été conclue avec les Presses de l’Université de Tsinghua, l’une des maisons d’édition les plus importantes en Chine, qui leur a permis de lancer 30 000 exemplaires l’an passé. « En quelques mois, nous avons tout vendu », indique monsieur MacLauchan, exemplaire en main du fameux livre traduit en mandarin et illustré de dessins au crayon de plomb de la célèbre héroïne.

 

Anne aux cheveux roux - c’est le titre donné en Chine, car il n’y a pas de pignons là-bas - se vend 36 yuans, soit 6 dollars canadiens. « Pour notre première édition, nous avons décidé de publier un beau livre, parce que la classemoyenne chinoise cherche à se procurer des objets de qualité », explique monsieur MacLauchan, qui précise que chaque exemplaire a été numéroté.

 

Le roman s’est principalement écoulé à Pékin, mais l’entreprise Anne in China a de grandes ambitions ces prochaines années. Elle souhaite que chaque bibliothèque située dans les communautés rurales en Chine ait au moins un exemplaire d’Anne… la maison aux pignons verts. Si le projet se concrétise, il faudra imprimer 250 000 exemplaires du livre. Le format ne sera peut-être pas le même, mais l’histoire d’Anne Shirley, la petite orpheline qui se retrouve au sein de la famille Cuthbert dans une communauté rurale de l’Île-du-Prince-Édouard, est maintenant connue.

 

En décembre dernier, l’Association nationale des éditeurs l’a même sélectionnée parmi les 50 romans ayant le plus d’influence en Chine, aux côtés de classiques comme L’amour au temps du choléra de Gabriel García Márquez. « Ce dont on se rend compte, c’est que les Chinois commencent à découvrir la littérature étrangère, ils ont un peu plus d’argent pour acheter des livres, et c’est un nouveau marché intéressant pour l’édition », affirme monsieur MacLauchan, qui croit que la littérature est un bon moyen de tisser des liens avec le géant rouge et de lui faire connaître la culture d’ici.

 

Cette véritable percée en Chine pourrait même inciter d’autres éditeurs à traduire en mandarin des classiques de notre littérature.

 

Est-ce que Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, LaSagouine d’Antonine Maillet ou L’histoire de Pi de Yann Martel pourraient un jour être lus en Chine ? Wade MacLauchlan n’ose pas se prononcer.

 

Un allié de taille

 

L’histoire de Anne… la maison aux pignons verts avait tout pour plaire au lectorat chinois : une petite fille en butte au rejet qui cherche à prendre sa place, qui défend bec et ongles ses idées et qui vit à la campagne. C’est un peu le combat de millions de petites Chinoises à l’heure actuelle. « Comme les Chinois sont nombreux à quitter la campagne et que les garçons sont souvent préférés aux filles, c’est peut-être pour cela que le livre a trouvé une résonance en Chine », avance monsieur MacLauchlan.

 

Autre explication, l’ancien ministre chinois des Affaires étrangères, Zhao Xing Li, a étudié pendant sa jeunesse le style littéraire de l’auteur américain Mark Twain, qui, lui, était un admirateur de Lucy Maud Montgomery. Il connaissait donc l’histoire d’Anne… la maison aux pignons verts depuis longtemps. Et lorsque l’intérêt d’un haut membre du gouvernement chinois est déjà éveillé, Wade MacLauchlan ne cache pas que « c’est beaucoup plus facile de faire des affaires et de recevoir de l’attention ».

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 15 juillet 2013 23 h 12

    Le rêve des pignons verts

    Ah! dans le rêve canadien, tous les citoyens du monde y retrouvent leur idéal.
    Le «plusse meilleur» pays du monde? Yes sir !!!