Lac-Mégantic - Un défi «colossal» pour les pompiers

Plus d'une centaine de pompiers ont été appelés en renfort des villes voisines pour soutenir la municipalité dévastée à la suite des explosions du samedi 6 juillet.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plus d'une centaine de pompiers ont été appelés en renfort des villes voisines pour soutenir la municipalité dévastée à la suite des explosions du samedi 6 juillet.

Au cours de sa longue carrière comme pompier, le plus important incendie qu’ait dû combattre le lieutenant Tim Harvey faisait rage dans trois bâtiments brûlant simultanément. Cette expérience pouvait difficilement se comparer au désastre auquel le vétéran américain a été confronté, la fin de semaine dernière, après avoir franchi la frontière pour aider ses collègues québécois à Lac-Mégantic.


« Cela n’était rien de plus qu’un feu de camp, en comparaison », a-t-il dit en décrivant le centre-ville dévasté de la municipalité.


Lorsque sa caserne de Farmington, dans le Maine, a reçu un appel à l’aide, à 4 h 33, ce samedi fatidique, sept pompiers, un camion et une fourgonnette ont immédiatement été dépêchés au Québec pour appuyer les équipes de secours.


M. Harvey dit avoir été impressionné de constater à quel point les pompiers de Lac-Mégantic avaient déjà réussi à maîtriser le sinistre lorsque son équipe est arrivée sur place. L’équipe du Maine a grossi les rangs des quelque 200 pompiers appelés en renfort des villes voisines pour soutenir la municipalité dévastée après les explosions du samedi 6 juillet.


Stéphane Simoneau, qui travaille au Service de protection contre les incendies de Sherbrooke, a quant à lui pris part à la coordination du déploiement d’équipement et d’intervenants sur les lieux de la catastrophe. « Nous avons dû demander l’aide d’autres villes pour nous fournir des services de lutte aux incendies, mais également pour prendre part à la recherche de victimes, a-t-il dit. C’est une tâche colossale : quelque chose qu’un groupe d’une trentaine de pompiers volontaires à Lac-Mégantic ne peut pas effectuer seul. »


Enquête criminelle


Bien que des explosions aient ébranlé la ville jusqu’à 4 h, la nuit du déraillement, l’incendie a été officiellement déclaré contenu plus tard dans la journée. Certaines informations ont par la suite mentionné que l’équipe de pompiers de la ville avait été mise en congé pour pouvoir faire son deuil, mais M. Simoneau a souligné que plusieurs sont restés sur place pour apporter leur aide.


Toujours selon lui, il ne manque pas de personnel ni d’équipement à Lac-Mégantic, particulièrement depuis que la zone du désastre est officiellement devenue une scène de crime. Alors que l’enquête criminelle se poursuit, la présence des pompiers a été réduite. La police a confirmé qu’elle avait demandé aux sapeurs-pompiers de réduire leurs interventions de manière à protéger d’éventuels éléments de preuve.


Les autorités disent toutefois que les pompiers sont toujours chargés de la sécurité de tout le monde sur les lieux de l’accident.


Au sentiment de deuil que suscite la mort probable de 50 personnes se mêle un vif sentiment de fierté devant le travail accompli. Aux yeux de Jacques Proteau, directeur général de l’École nationale des pompiers du Québec, les efforts à Lac-Mégantic furent « exceptionnels ». « C’est le genre d’événement qui n’arrive qu’une fois dans une carrière », a-t-il dit, à court de mots pour décrire le désastre.

 

«C’est sans précédent»


Devant l’ampleur du sinistre et la prise en charge impressionnante dont il a fait l’objet, M. Proteau a résolu de consigner les événements, dans le but de former les prochaines générations de pompiers. « Il y aura des conférences, des bilans, des analyses détaillées en rétrospective, et nous tirerons des conclusions sur ce qui s’est passé à Lac-Mégantic », a-t-il dit.


« En vertu de ces conclusions, si nos programmes doivent être ajustés ou améliorés, croyez-moi, ils le seront. »


Tentant de mettre l’accident en contexte, il n’a pu lier la catastrophe de Lac-Mégantic qu’à un déraillement survenu il y a plus de trois décennies à Mississauga, en Ontario. En 1979, un train de 106 wagons transportant des produits chimiques dangereux avait quitté les rails, forçant l’évacuation de plus de 200 000 personnes. Un incendie avait fait rage sur 1,5 kilomètre.


M. Proteau s’est également prononcé sur l’importante charge émotionnelle, pour l’équipe d’une petite communauté, liée au fait de devoir réagir à une tragédie dans sa ville natale, où, contrairement à un grand centre, les pompiers connaissaient vraisemblablement une ou plusieurs des victimes ayant péri. « Dans ce contexte, ce qu’ils ont pu accomplir est incroyable », a-t-il ajouté.

3 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 14 juillet 2013 13 h 47

    On a compris

    Durant le point de presse de la SQ sur les opérations, l'officier a parlé de chaleur, de points de pétrole inflammables, d'odeurs issuportables, de caves encore pleine de pétrole, et le pire, de lieux où s'étaient assemblés des gens pour se mettre à l'abri. "Je n'en dirai pas plus a-t-il." On a compris toute l'horreur qu'ils doivent affronter. Merci de votre courage, de votre grande sensibilité et de votre retenue.

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 15 juillet 2013 01 h 08

    Oui, merci

    Ce sont les seuls mots qui me viennent : merci ! et Nous sommes fiers de vous !

    Je crois qu'on ne peut pas imaginer la dose d'abnégation, de courage, d'oubli de soi, ... dont les pompiers, notamment, doivent faire preuve depuis une dizaine de jours.
    Et c'est d'autant plus déchirant comme tâche à accomplir que la plupart des victimes sont des proches, de la famille, des amis, des voisins...

    Merci ! Le dépassement de soi dont vous faites preuve est une source d'inspiration pour ceux qui souffrent, et peut-être davantage pour les privilégiés que nous sommes (de continuer à vivre à peu près normalement).

  • Daniel Gagnon - Abonné 15 juillet 2013 11 h 59

    Dans la fournaise de Satan

    La générosité et le cran des pompiers de Lac-Mégantic, qui sont allés au-devant du feu de l’enfer dans les premières minutes de la gigantesque explosion, armés de leur seul équipement et de leur seul courage, sont un exemple de courage et de vaillance sans pareils.

    On les voit dans les films des premières minutes de l’explosion affronter l’infernal brasier. Ils ne posent pas de question, ils vont avec leur seule bravoure éteindre la démentielle fournaise, rien n'aurait pu les arrêter, eussent-ils dû lutter contre Satan lui-même.

    Un salut tout particulier au sang-froid et à l’héroïsme des pompiers de Lac-Mégantic qui se doutaient bien que, malgré leurs valeureux efforts et leurs puissantes lances d'eau, il était déjà trop tard pour certains de leurs concitoyens et concitoyennes.