Lac-Mégantic - La bibliothèque renaîtra de ses cendres

Il ne reste plus grand chose dans la zone rouge, où se trouvait notamment la bibliothèque de Lac-Mégantic.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il ne reste plus grand chose dans la zone rouge, où se trouvait notamment la bibliothèque de Lac-Mégantic.

Lac-Mégantic — Le déraillement de train meurtrier ayant ravagé une bonne partie de Lac-Mégantic a également détruit la bibliothèque locale, y compris des objets irremplaçables détaillant l'histoire de la ville et du secteur avoisinant.

 

 

Le déraillement de train meurtrier ayant ravagé une bonne partie de Lac-Mégantic a également détruit la bibliothèque locale, y compris des objets irremplaçables détaillant l’histoire de la ville et du secteur avoisinant.


Il ne reste rien du bâtiment jouxtant le chemin de fer, à l’exception de cendres. Au total, 60 000 livres et autres objets sont disparus.


La bibliothèque était située tout juste à côté du Musi-Café, où des dizaines de personnes ont trouvé la mort lors de la tragédie du 6 juillet.


Les archives avaient un caractère personnel ; une vingtaine de familles avaient donné divers documents et objets depuis l’ouverture du bâtiment, en 1991.


Diane Roy, présidente du conseil d’administration de la bibliothèque, a précisé que les archives contenaient des lettres écrites par son oncle, et remontant à la Deuxième Guerre mondiale.


Parmi les autres objets, on trouvait certaines des plus vieilles photos existant de Lac-Mégantic, ainsi que leurs négatifs. Plusieurs centaines d’oeuvres d’art ont par ailleurs disparu - des reproductions, des originaux, ainsi que des oeuvres prêtées. « Nous avons tout perdu, tout a disparu à l’exception des livres se trouvant dans les demeures des gens les ayant empruntés », a dit Mme Roy lors d’une entrevue.

 

Hors-la-loi


Selon elle, la bibliothèque abritait l’une des plus grandes collections de documents sur le hors-la-loi canadien Donald Morrison, un personnage au coeur d’un incendie à Lac-Mégantic en 1888 ayant déclenché une chasse à l’homme d’un an, puis une fusillade dans le coeur de la ville.


Bibliothèque et Archives nationales du Québec confirme que la perte des archives de Lac-Mégantic est énorme. « Il s’agissait de documents uniques et originaux, et nous n’avons pas de copie en notre possession », a dit la porte-parole Martine Rouette. Celle-ci ajoute que la BAnQ est prête à offrir son expertise à Lac-Mégantic pour aider à rebâtir.


« Nous sommes disponibles. Il existe une véritable solidarité entre les bibliothèques. »


L’emplacement au centre-ville ne devait pas s’avérer permanent pour la bibliothèque de Lac-Mégantic, mais 22 ans se sont écoulés depuis ce premier déménagement.


Environ 3000 personnes s’y rendaient par mois. Une dizaine d’ordinateurs étaient constamment utilisés. « Nous sommes encore une région éloignée, et pas particulièrement riche », mentionne Mme Roy. « Les gens venaient donc et la salle [d’informatique] était toujours pleine puisque ce n’était pas tout le monde en ville qui pouvait s’acheter un ordinateur. »


La bibliothèque devait déménager de nouveau cette année, et partager un espace plus important avec le cégep local, ailleurs en ville.


Le gouvernement du Québec avait autorisé un prêt plus tôt cette année. Les rénovations avaient débuté il y a seulement deux semaines dans le nouvel espace - une vieille usine -, et le déménagement était prévu tout juste avant novembre.

 

Dons de livres


Mme Roy dit avoir été informée de l’explosion par sa mère âgée de 85 ans, qui vivait à environ 50 mètres de l’épicentre du désastre. Lorsqu’elle a entendu parler de l’accident, ses pensées se sont immédiatement tournées vers la bibliothèque. « Le bureau du bibliothécaire en chef était pratiquement situé sur les rails », dit-elle.


Des auteurs et des maisons d’édition ont commencé à donner des livres pour la nouvelle bibliothèque. « Il faudra du temps avant que tout soit prêt, mais, en attendant, les auteurs ont donné leurs livres, autographiés, pour relancer la bibliothèque avec autant d’oeuvres personnalisées que possible », a dit Simon-Pier Labelle Hogue, l’une des personnes responsables du projet.


« Nous avons reçu beaucoup de soutien de la part d’auteurs, d’éditeurs et de distributeurs. Certains d’entre eux, en Europe, ont décidé d’envoyer leurs collections complètes. »


Mme Roy affirme également que des artistes ont proposé de rebâtir la collection d’oeuvres, et que des résidants ont offert de regarnir les archives. « Si nous n’avions pas déjà un nouveau bâtiment en construction, je serais probablement en train de pleurer, plutôt que d’avoir de l’espoir », poursuit-elle.


« Nous repartons de zéro, mais nous avons déjà vécu cela auparavant. »

4 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 14 juillet 2013 10 h 27

    Le plus précieux près du plus grand péril

    Ce qui est frappant, c'est de constater à quel point les gens de ce village avaient apprivoisé dans leur vie la présence de cette voie ferrée au point de laisser y jouxter ce qu'ils avaient de plus précieux, un peu comme les gens qui laissent leur enfant jouer avec le gros chien de la famille qui soudain retrouve de vieux instincts.

    Par le train, autrefois bucolique, passaient des passagers, puis de la marchandise utile, innoffensive, puis progressivement des produits de plus en plus dangereux.

    Combien de villages vivent dans cet aveuglement romantique?

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 14 juillet 2013 13 h 43

    Autodafé

    Après l'atrocité de la mort des victimes, j'ai toujours été sensible à la destruction de livres et encore plus de bibliothèques. L'histoire du Québec est pleine de ces tragédies. Nous avons perdu beucoup d'informations cruciales et irremplaçables. De mémoire, le pire est certainement celui de la bibliothèque du parlement à Montréal, où des vandales remettaient au feu les livres sauvés des flammes par des volontaires. Sans compter le vandalisme sectaire et le vol qualifié de trésors dans nos archives. C'est notre mémoire collective qui part en fumée. Je salue les initiatives de tous ceux qui ont à coeur de bâtir cette bibliothèque, lieu essentiel de rencontre, d'échange et de mémoire. Merci à ceux qui y participent et bon courage, Méganticois.

  • Marc Bineault - Inscrit 14 juillet 2013 14 h 34

    Une bibliothèque pour la vie

    Nul doute que la bibliothèque renaîtra de ses cendres; c'est un lieu de renouveau et de développement exceptionnel. Une communauté solidaire et courageuse comme Lac-Mégantic mérite la plus belle bibliothèque qui soit!

  • Roland Guerre - Inscrit 15 juillet 2013 02 h 15

    Une tragédie supplémentaire

    Les dommages s par la bibliothèque représentent une déchirure supplémentaire, une amputation de notre passé, un nouvel affaiblissement du patrimoine de l'humanité. Une page douloureuse ! La solidarité des bibliothèques, des établissements universitaires aidera les habitants à panser partiellement cette plaie.