Dans les coulisses de l’actualité - Au palais de justice avec un maire-gangster

Le 9 mai dernier, le maire déchu Gilles Vaillancourt affronte une horde de médias traquant l’accusé de « gangstérisme » pour lui soutirer quelques mots. En haut à droite, surpassant les autres d’au moins une tête, notre journaliste Guillaume Bourgault-Côté.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le 9 mai dernier, le maire déchu Gilles Vaillancourt affronte une horde de médias traquant l’accusé de « gangstérisme » pour lui soutirer quelques mots. En haut à droite, surpassant les autres d’au moins une tête, notre journaliste Guillaume Bourgault-Côté.

Dans l’univers trépidant des actualités, un jour emporte l’autre, sans grande possibilité de flâner trop longuement autour d’une nouvelle. Et pourtant, il y aurait parfois tellement à dire ! Le Devoir vous propose une incursion dans les coulisses de l’actualité, en revisitant certains moments forts relatés par nos photoreporters et journalistes. Arrêt sur image.

Le moment était historique, le symbole gigantesque : Gilles Vaillancourt, l’ancien monarque de Laval, était là, devant nous. Menotté. Debout dans le box des accusés, dans « son » palais de justice. Le regard bas, l’air déconfit. Accusé d’être un chef de gang criminel. Gilles Vaillancourt, gangster ? Si les mots ont du poids, ceux-ci pèsent une tonne.


Gilles Vaillancourt, gangster : au quasi spatial cinéma Colossus de Laval, une telle affiche aurait été classée dans les films de science-fiction quelques mois plus tôt. C’était désormais vrai. Le 9 mai 2013, l’ex-maire Vaillancourt était arrêté par l’UPAC (Unité permanente anticorruption) et accusé d’avoir été la tête dirigeante des stratagèmes de collusion et de corruption à Laval.


Ce jour-là, Gilles Vaillancourt a été cueilli à son domicile de l’île Paton au petit matin (et devant de nombreuses caméras) pour être conduit et interrogé pendant plusieurs heures au quartier général de la Sûreté du Québec. La nouvelle de son arrestation a causé une véritable commotion dans tout le milieu politique québécois, en plus de frapper l’imaginaire de la population. En arrêtant le maire de la troisième ville en importance au Québec, l’UPAC envoyait un message fort : personne n’est à l’abri.


Pour les journalistes, l’essentiel de l’histoire était déjà écrit en milieu d’avant-midi. On connaissait les faits, les accusations, les coaccusés. Mais il manquait un détail important à chaque reportage : la réaction de l’ex-maire. Son état d’esprit. Les traits de son visage en ce jour noir.


C’est notamment pourquoi tout ce que Montréal et Laval comptent de médias était présent pour la suite des événements au 2800, boulevard Saint-Martin Ouest à Laval, soit au palais de justice inauguré en 1992 par le suspect lui-même. La police avait annoncé que Gilles Vaillancourt, Claude Asselin (ex-directeur général de Laval) et Claude Deguise (ex-directeur général de l’ingénierie) allaient comparaître vers 14 h pour obtenir leur remise en liberté conditionnelle.


Au palais de justice, il y avait donc foule (de journalistes, surtout). Les responsables de la sécurité tentaient de contenir les photographes derrière une ligne jaune un peu à l’écart de la salle d’audience. Dans le corridor, des opposants politiques de Gilles Vaillancourt faisaient le pied de grue avec les médias, prêts à savourer un moment qu’ils disaient attendre depuis longtemps.


Vêtu d’un costume gris anthracite et d’une chemise bleue ouverte au col, Gilles Vaillancourt a finalement fait son entrée dans la salle d’audience à 15 h 48. On a noté l’heure parce qu’elle marquait véritablement la fin d’une époque. À une remarque près, M. Vaillancourt a laissé son avocate, Nadine Touma, répondre aux questions de la juge.


La séance levée, ce fut donc avec surprise que Mme Touma vint indiquer aux médias que l’ancien maire souhaitait nous parler directement. Quand ? Un peu plus tard. Où ? Dehors, probablement. Rien de sûr, mais pas question de partir, évidemment. Branle-bas de combat pour tous, caméramans, photographes et journalistes se précipitant à l’extérieur, tout au bout du portique de verre et de briques blanches.


Attendre…


Il faisait beau et chaud en cette fin de journée à Laval. Un temps parfait pour attendre derrière le mur de caméras installées au bout de l’allée. Ce qui se passe pour les médias quand il ne se passe rien ? On discute. Certains fument. D’autres commencent leur texte ou leur topo, un ordinateur portable sur les genoux. Les collègues de la radio et de la télé racontent en ondes que… bien, qu’on attend. Et au final, tout le monde guette surtout la porte principale.


Il aura fallu attendre près de deux heures avant que Gilles Vaillancourt ne se montre le bout du nez. Il avait alors ajouté une cravate à son costume et avait visiblement repris ses esprits. L’ex-maire s’est dirigé d’un pas assuré vers les médias, à qui il a lu une courte déclaration disant qu’il allait « consacrer tout [son] temps à prouver [son] innocence ». Il a soutenu avoir de « très bons arguments à soumettre au tribunal ». Il a par la suite vite tourné les talons, laissant sans réponse les nombreuses questions que les journalistes criaient derrière lui à mesure qu’il remettait l’allée du bâtiment où son avenir se jouera dans quelques mois.


Près de cinq heures d’attente pour voir Gilles Vaillancourt dans un box d’accusé et l’entendre lire une courte déclaration ? La récolte peut sembler mince. Mais il y a des événements qui imposent aux journalistes d’être présents, ne serait-ce que pour ajouter une ligne à un texte déjà prêt, un fragment d’ambiance, une note de couleur, la description d’une voix qui tremble. Et aussi parce qu’Yvon Deschamps avait bien raison en disant dans un monologue des années 70 qu’« on veut pas le savoir, on veut le voir… »

2 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 13 juillet 2013 14 h 22

    Pourquoi Laval ?

    Je ne crois qu'il est bien avisé de conduire ce procès à Laval, lieu des crimes. Qui sont les juges de cette cour ? Qui les a nommés ? Bien des questions embarassantes. Il aurait mieux fallu à mon sens transférer ce procès dans une autre juridiction.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2013 09 h 57

      J'imagine qu'un tel procès a lieu devant la cour supérieure. Dont les juges sont nommés par Ottawa.