Après la tragédie, le recueillement

L’église Sainte-Agnès accueillera à compter de vendredi les membres de la communauté de Lac-Mégantic.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz L’église Sainte-Agnès accueillera à compter de vendredi les membres de la communauté de Lac-Mégantic.

Lac-Mégantic — L’église Sainte-Agnès accueillera à compter de vendredi les membres de la communauté de Lac-Mégantic, le coeur en morceaux depuis le passage du « train de la mort ». Ils pourront s’y recueillir jour et nuit.


« C’est un mémorial. Les gens pourront aller se recueillir, apporter des fleurs, des souvenirs, des photos. C’est une grande église, alors c’est possible d’accueillir beaucoup de monde à la fois », a souligné la mairesse Colette Roy-Laroche jeudi après-midi.


Les journalistes seront tenus à l’écart, a pour sa part indiqué la Sûreté du Québec.


La mairesse croise les doigts afin que la population puisse « revivre une vie normale, mais toujours en se rappelant les gens qu'[elle] a perdus ».


Mme Roy-Laroche a d’ailleurs salué jeudi la « résilience » des Méganticois et leur « capacité à [se] tenir debout ».


Les résidants de Lac-Mégantic ont été mitraillés par les photos des carcasses de wagons-citernes, des nappes d’eau et de pétrole de schiste et cie tapissant leurs journaux et défilant en boucle sur les réseaux télévisés d’information continue. Mais plusieurs tiennent à voir de visu l’état du secteur rasé.


« Je le sais que le dégât est énorme. On ne peut pas s’imaginer jusqu’à ce qu’on le voie, lance Jean-Claude Prince, assis à l’extérieur de Chez Loulou. De la poutine ! On ne rit plus ! », ajoute-t-il, la cigarette au bec. Ralenti par un handicap, il a dû s’engouffrer samedi dernier en pleine nuit dans son véhicule et filer à toute allure, poursuivi par le feu. « Ça pressait. »


« On va le voir assez vite, le trou », poursuit Adrien Poirier, adossé contre le mur extérieur du casse-croûte.


L’état-major de la Sûreté du Québec se refuse de supputer une date de retrait de la « zone rouge », mais force est de constater que des enquêteurs, puis des travailleurs de construction seront à pied d’oeuvre dans le centre-ville historique tout l’été.

 

Choc


La perte de 50 personnes dans la petite municipalité de 6000 âmes est comparable au choc encaissé par les New-Yorkais le 11 septembre 2001, affirme Louisette Nadeau. La mort a frappé sans prévenir.


Elle remerciait encore le ciel jeudi que sa fille aînée, Nathalie Royer, une habituée du Musi-Café, eut été épargnée par les flammes il y a près d’une semaine. « Ça a sauté quelques minutes après le départ de ma fille et de son conjoint. » Il était 1 h et des poussières. Nathalie Royer a subi des brûlures mineures. Le « goût de changer d’air » la tenaillant, elle a décidé de passer quelques jours à l’extérieur de la région.


Établies à Lac-Mégantic depuis 29 ans, Mme Nadeau et sa fille cadette, Johanne Royer, se feront quant à elles un « devoir » de se rendre demain à l’église Sainte-Agnès. « Je pourrais y passer des heures. Moi, je suis chanceuse. Ma fille, ils l’ont laissée », dit-elle, un bracelet rose toujours attaché autour du poignet. « Tu peux maintenant le couper », lui dit sa fille cadette, Johanne Royer.


« Je peux rentrer ce soir à la maison. Ce n’est pas parce qu’on n’était pas bien encadrés. Je n’ai plus de nourriture. C’est un petit détail », souligne Louisette Nadeau, qui a passé les derniers jours dans le centre d’hébergement d’urgence mis sur pied dans la polyvalente Montignac.


Mme Nadeau et Royer étaient attablées jeudi soir au McDonalds de Lac-Mégantic, coincées entre des journalistes à la recherche de prises électriques et d’Internet sans fil.


Toutes deux n’insisteront pas au cours des prochains jours pour jeter un coup d’oeil derrière le tissu recouvrant les clôtures érigées par les autorités ou derrière les remorques jaunes disposées à quelques endroits afin de couper la vue sur la « zone rouge ».


« Tu t’imagines ce qu’ils ont vécu, ceux qui sont partis. On les connaît tous. C’est une petite ville, conclut Johanne Royer. C’est une petite ville », répète-t-elle.