Burkhardt est attendu de pied ferme

Les lieux de l’incendie ont fait l’objet mardi encore d’une surveillance accrue de la part des autorités.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les lieux de l’incendie ont fait l’objet mardi encore d’une surveillance accrue de la part des autorités.

Ed Burkhardt est attendu de pied ferme, ce mercredi, à Lac-Mégantic. Le président de Rail World et chef de la direction de la Montreal, Maine et Atlantic Railway (MMA) se fait attendre depuis quatre jours alors que les résidants ont de nombreuses questions à lui poser. Tout le monde cherche à comprendre les circonstances qui ont mené au déraillement et à l’explosion du train dans la nuit de vendredi à samedi.

Son absence sur les lieux de la tragédie a fait monter la tension dans la communauté ces derniers jours. Des appels téléphoniques et des courriels agressifs lui ont été envoyés à son bureau à Chicago. M. Burkhardt sait que son accueil ne sera pas des plus chaleureux, mais il a l’intention de rencontrer la mairesse pour discuter avec elle de l’aide que son entreprise peut apporter à la reconstruction de la ville.


Une «combinaison de facteurs »


Le patron de la MMA est arrivé, mardi en fin d’après-midi, à Montréal, où les médias l’attendaient à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Après avoir refusé de leur parler, il a répondu à quelques questions sans trop préciser sa pensée. Lorsque les journalistes lui ont demandé quelle était la cause du désastre, il a répondu qu’il « s’agissait d’une combinaison de facteurs », en reconnaissant qu’il manquait un ingénieur sur le site.


Un peu plus tôt dans la journée, le patron de la MMA avait été un peu plus bavard lors d’une entrevue accordée à Radio-Canada à Chicago. Dans cet entretien, il a reconnu que sa compagnie avait une certaine responsabilité, mais qu’il ne se sentait pas coupable pour autant. Ed Burkhardt a expliqué que sa compagnie avait suivi les pratiques de l’industrie ferroviaire, et qu’il s’était, comme tout le monde, questionné sur les circonstances de la catastrophe.


Il a raconté que les pompiers de la municipalité de Nantes avaient averti, vendredi soir, ses deux employés, un répartiteur et un responsable de l’entretien des rails qu’il y avait un feu dans la locomotive et que le moteur avait été coupé. Il reconnaît toutefois que ses employés ne savaient pas que l’arrêt du moteur aurait comme conséquence de relâcher les freins pneumatiques et que cette manoeuvre allait remettre le train en mouvement vers Mégantic.

 

Manque de moyens


M. Burkhardt a affirmé que les trains de sa compagnie s’arrêteront désormais à Sherbrooke plutôt qu’à Nantes, où le terrain est dénivelé. Il s’attend à ce que les règles de sécurité soient resserrées dans l’avenir et s’est dit ouvert à la proposition de la mairesse de Lac-Mégantic de construire une voie de contournement pour éviter que les trains ne passent dans la municipalité.


Or, le patron de la MMA a précisé qu’il n’avait pas les moyens financiers de mettre en place cette mesure, mais qu’il fallait voir avec les gouvernements du Québec et du Canada. Jusqu’à maintenant, il n’a pas non plus donné beaucoup de détails sur d’éventuelles indemnisations. Selon le Chicago Tribune, Ed Burkhardt aurait passé la fin de semaine dans ses bureaux à Chicago à discuter avec sa compagnie d’assurances du traitement des recours.


6 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 10 juillet 2013 06 h 41

    "Une certaine responsabilité"

    Je trouve que ce M. Burkhardt traite cette tragédie de façon un peu trop cavalière. Depuis le début, il patine, se contredit, pour ne pas dire qu'il ment. Là il nous apprend qu'il pense que sa compagnie aurait "une certaine responsabilité", un peu mon neveu.... Qu'une cinquantaine de personnes soient mortes, suite au déraillement de "ses wagons" remplis de pétrole et c'est tout ce qu'il trouve à dire. Avec ce type de personnage nous retournons plusieurs années en arrière, quand certains patrons disaient tout bas: "une machine coûte cher à remplacer, un humain..."

    • Jacques Moreau - Inscrit 10 juillet 2013 12 h 01

      Je crois que ce M. Burkhardt est surtout un "pousse-crayon" et ne pourrait pas remplacer un mécanicien de train. DE plus je crois comprendre qu'il dirigent plusieurs petites compagnies; il fait face à ce genre de situation régulièrement et a appris à "se renseigner" avant d'émettre un jugement sur un problème et surtout de formuler un correctif. Quand la meutes des journalistes vas lui poser des questions sur un évènement qui a eu lieux à des centaines de kilomètre, souvent, il apprend de par les questions. Généralement, on remplace un humain par une machine parce que la machine coûte moins cher.

  • Franklin Bernard - Inscrit 10 juillet 2013 09 h 12

    Pardon?

    «Il reconnaît toutefois que ses employés ne savaient pas que l’arrêt du moteur aurait comme conséquence de relâcher les freins pneumatiques et que cette manoeuvre allait remettre le train en mouvement vers Mégantic.»

    Il laisse rouler au milieu des villes des trains de matières hautement dangereuses, contenues dans des wagns désuets et inapproriés (dont on a réclamé le remplacement il y a déjà près de 20 ans!) conduits par des conducteurs aussi incompétents et mal formés? On ne parle pas ici d'un détail, mais des freins!

    Imaginons que la compagnie Asiana, dont un avion vient de s'écraser à San francisco, réponde au NTSB (organisme des tansports américains) que ses pilotes «ne savaient pas qu'il y a une vitesse minimum de l'appareil à maintenir à l'atterrissage sous peine de décrochage.» Qui serait tenu responsable, vous pensez? Il n'y a pas grande différence.

  • Bernard Moffett - Inscrit 10 juillet 2013 10 h 27

    Panne de moteur et...

    Les freins se déserrent? Qu'est-ce que c'est que cette histoire.

    Sur les véhicules routiers munient de freins pneumatiques, si la pression est insuffisante (peu importe la cause) les freins sont par 'défaut' appliqués. Demandez à n'importe quel chauffeur de camion. En anglais on appelle ça du 'Fail-Safe' et cela, à mon avis, fait du sens.

    Évidemment il en va peut-être autrement dans le monde du rail. J'aimerais cependant qu'on explique pourquoi.

    En ce qui concerne l'attitude du prorio-cowboy Amerloque, après Bhopal-Union Carbide, plus rien ne me surprend. 'Les employés ne savaient pas...': Réponse typique d'un inconséquent-trouillard dont le premier réflexe est de s'exclure des évennements. Bravo. C'est bien connu, à l'armée, le général se place toujours derrière ses troupes pour donner l'exemple! Quel acteur sécurisant ce type.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 10 juillet 2013 12 h 38

    Pardon ?

    "M. Burkhardt a affirmé que les trains de sa compagnie s’arrêteront désormais à Sherbrooke plutôt qu’à Nantes, où le terrain est dénivelé."

    Rien ne prouve que les conditions du système de rails sont meilleures à Sherbrooke. Cette compagnie doit cesser toutes ses activités au Québec tant que la lumière n'aura pas été faite. Sherbrookois et autres municipalités prises avec ce problème, bloquez les rails ou arrachez-les.

  • Emmanuel JALLU - Inscrit 10 juillet 2013 12 h 51

    Responsable mais pas coupable?

    Après avoir entendu les déclarations télévisées de M. Burkhardt, je rejoins parfaitement l'opinion de M. Labelle quant au ton désinvolte adopté par l'interéssé. S'il s'agit d'une stratégie juridique, ce que je peux concevoir étant moi-même avocat, elle m'apparaît d'une extraordinaire maladresse dans sa présentation argumentée, encore renforcée par l'absence de contact pris avec l'administration municipale de Lac-Mégantic jusqu'à ce jour, tel que précisé par la mairesse sur les ondes de RDI.
    La compassion n'est pourtant pas incompatible avec la prudence juridique devant être observée. Pour autant et sur ce dernier point, il est éminemment discutable pour ce dirigeant de s'affranchir péremptoirement de toute responsabilité alors que les premiers éléments recueillis dans le cadre de l'enquête objectivent une négligence fautive consistant à laisser sans surveillance une locomotive dont la défaillance, à savoir l'arrêt du moteur,allait entraîner le dévérouillage du freinage penumatique; problématique technique parfaitement connue de la société ferroviaire etce , de l'aveu même de son PDG.
    M. Burkhardt est aux transports ferroviaires, ce que le capitaine du Costa Concordia est à la navigation maritime, ou, à tout le moins, en donne la désagréable impression.