Le grand patron de MMA, farouche partisan des trains à un employé

Ce n’est que l’an dernier que la Montreal, Maine and Atlantic (MMA) a eu l’autorisation de se limiter à un seul employé par convoi ferroviaire au Canada, une pratique controversée que son grand patron défend depuis les années 90, époque où il dirigeait la fougueuse Wisconsin Central. Et que la Federal Railroard Administration (FRA), d’ailleurs, a carrément interdite en 1997 avant de la permettre 12 ans plus tard.
 
En entrevue avec un magazine ferroviaire l’an dernier, Ed Burkhardt, président du holding américain Rail World qui contrôle la MMA, a présenté celle-ci comme une véritable pionnière de cette façon de faire au Canada.
 
« Bien que nous ayons le feu vert général de Transports Canada, nous devons maintenant compléter la formation et quelques autres étapes avant d’étendre à l’ensemble de notre réseau ces trains de type monoconducteur, a dit M. Burkhardt à l’Eastern Railroad News Online Magazine en mai 2012. C’est un gros projet et je suis très fier de nos gens d’avoir pris l’initiative pour tout le pays à ce chapitre. »
 
Outre les distances en solo, la pratique consiste à munir les trains d’un système de télécommande, ce qui permet de débarquer et d’effectuer seul des manœuvres de triage.
 
Réduire les coûts à quel prix?

Un chef de train s’exprimant sous le couvert de l’anonymat a longuement exposé au Devoir lundi sa crainte de voir un jour des grandes sociétés ferroviaires canadiennes adopter cette même pratique dans le but d’économiser sur les coûts d’exploitation.
 
« La MMA, ce sont les seuls qui font ça au Canada, a dit ce chef de train. Généralement, c’est toujours un chef de train et un mécanicien. C’est une question de sécurité… Il y a toujours un boutte à presser le citron. »
 
En juin 2009, deux grands syndicats du milieu ferroviaire ont demandé à la FRA d’interdire formellement le train monoconducteur. La FRA a refusé en novembre 2009. Immédiatement, la Montreal, Maine and Atlantic a implanté cette pratique à Searsport, dans le Maine.
 
Dans le numéro de la revue Atlantic Northeast Rails & Ports publié en février 2012, un ancien employé de la MMA a affirmé que lui et plusieurs collègues ont quitté la compagnie justement à cause de cette pratique. « Tellement de choses peuvent se passer pendant un quart de travail de 12 heures, des rails déplacés, des arbres tombés ou une panne mécanique. Et si l’ingénieur à bord subissait un malaise, qui le saurait ? »
 
Au début de 2012, Transports Canada a publié une étude de ce qui se fait dans d’autres pays, comme le Danemark et la Suède. « Au début, les conducteurs se sont opposés au concept de conduite par un seul agent, mais cette pratique est maintenant généralement acceptée », offre-t-elle comme conclusion générale.
1 commentaire
  • Jacques Morissette - Inscrit 9 juillet 2013 15 h 24

    Descendre les coûts au détriment de la sécurité?

    Je cite dans l'article: « Tellement de choses peuvent se passer pendant un quart de travail de 12 heures, des rails déplacés, des arbres tombés ou une panne mécanique. Et si l’ingénieur à bord subissait un malaise, qui le saurait ? »

    Sur le plan organisationnel, il ne devrait jamais être question de faire descendre les coûts au détriment de la sécurité. Ça tombe sous le sens! Ed Burkhardt conduirait-il lui-même un train tout seul pendant 12 heures de temps? Il y a du sable dans les rouages de ce raisonnement.