Transport: les municipalités tenues dans le noir

Une équipe d’urgence environnementale à l’œuvre sur les berges de la rivière Chaudière, à Saint-Joseph-de-Beauce
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Une équipe d’urgence environnementale à l’œuvre sur les berges de la rivière Chaudière, à Saint-Joseph-de-Beauce

Les convois ferroviaires transportent des dizaines de milliers de tonnes de substances inflammables, corrosives, toxiques ou explosives à travers les villes canadiennes. Pourtant les municipalités n’ont qu’une vague idée du contenu des wagons qui passent sur leur territoire, faute d’informations de la part des compagnies ferroviaires. Une situation que dénoncent plusieurs villes.


Quatre jours après l’explosion d’un train chargé de pétrole brut à Lac-Mégantic, des voix s’élèvent au palier municipal pour dénoncer le fait que les compagnies de chemins de fer refusent de fournir aux villes des informations précises sur le contenu qu’elles déplacent.


La Ville de Montréal les réclame depuis plus depuis plus de dix ans, dit Louise Bradette, chef de division au centre de sécurité civile de Montréal. « Les compagnies de chemin de fer sont sous juridiction fédérale, et ne sont pas tenues de nous fournir ce genre d’information là. Ça fait plusieurs années qu’on leur demande de partager [ces informations], pour qu’on puisse non seulement bien réagir si jamais un incident de ce type-là survient sur notre territoire, mais aussi parce que notre souhait c’est d’agir en prévention », indique-t-elle.


Cette absence d’échanges d’information entre la ville et les compagnies de chemins de fer empêche les services d’urgence de faire de la « prévention », indique Mme Bradette. « Pour bien gérer, il faut connaître précieusement le type de produit, la fréquence de passage, et l’analyse de risque », explique Mme Bradette. Elle estime toutefois que la situation pourrait évoluer après l’explosion de Lac-Mégantic et entraîner « une prise de conscience ».


À Farnham, où se trouve une gare de la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), le directeur général de la ville voudrait aussi en savoir plus sur les trains qui passent près de sa municipalité. Mais la communication est très difficile avec la MMA. « C’est une compagnie américaine, et quand le siège social est un peu loin des activités, c’est dur d’avoir une information, d’avoir un lien avec des personnes avec lesquelles on peut parler, on peut discuter », constate-t-il. Même si les trains de la compagnie traversent sa ville tous les jours, il n’a aucun droit de regard sur les activités de la MMA. Pourtant, elles gênent parfois le fonctionnement de sa municipalité, selon lui. Les longs convois peuvent retarder les ambulances, explique-t-il. « Nous, on aimerait savoir quand est-ce que les wagons circulent dans le coin, parce que ça a un impact sur le service ambulancier, quand le wagon passe à 10 kilomètres-heure puis qu’il y a 90 wagons […] imaginez s’il arrive de l’autre bord de la track un malaise cardiaque », dit-il.

 

Révision des normes demandée


Le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Rimouski, Éric Forest, souhaite de son côté que les normes dans le transport des marchandises soient révisées et mises à jour. « Les normes existantes sont en fonction de quelle réalité ? Les protocoles de sécurité ? Quand on prend un avion, on peut être seulement trois passagers, ça prend quand même deux pilotes, souligne-t-il. Quelles sont les exigences de sécurité pour un train qui transporte un convoi de pétrole ou de produits chimiques ? Il faut qu’on les réactualise, qu’on les révise et qu’on voie si c’est adapté », explique M. Forest.


Il croit même qu’il faudra se pencher sur le bien-fondé de maintenir des voies ferrées pour le transport de matières dangereuses dans des zones habitées sensibles. « À long terme, est-ce que c’est envisageable de déplacer ces voies ferrées ? Elles traversent à peu près tous les villages et toutes les villes… Il est clair que tout est envisageable, mais il faudra voir en termes relatifs de coût-bénéfice jusqu’où on peut se rendre. C’est peut-être un objectif qu’on peut voir à très long terme », a-t-il indiqué.


 

Avec La Presse canadienne

2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 9 juillet 2013 09 h 54

    Et vive le fédéralisme!

    Comment des sociétés de droit fédéral aurait-elle à répondre devant ces créatures des provinces que sont les municipalités?

  • André Le Belge - Inscrit 9 juillet 2013 15 h 00

    Triste sort...

    ... que celui de ces municipalités qui espère une modification des mesures de sécurité lorsque nous sommes certains que Mister Federal, Stephan Harper, ne fera rien pour faire en sorte que les revenus des actionnaires de ces compagnies dangereuses, diminuent, bien au contraire.