Loi spéciale dans la construction - L'opposition force la main du gouvernement

Pauline Marois est «très déçue» d'être obligée d'en arriver à imposer une loi spéciale aux travailleurs de la construction. C'est ce qu'elle a déclaré dimanche matin, à son arrivée à la séance du conseil des ministres, où a été présenté le texte législatif qui a été déposé en chambre en matinée.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Pauline Marois est «très déçue» d'être obligée d'en arriver à imposer une loi spéciale aux travailleurs de la construction. C'est ce qu'elle a déclaré dimanche matin, à son arrivée à la séance du conseil des ministres, où a été présenté le texte législatif qui a été déposé en chambre en matinée.

Les grévistes de la construction seront forcés de rentrer au travail mardi matin, mais à des conditions moins avantageuses que ce qu'espérait le Parti québécois. Les partis d'opposition ont fait bloc pour forcer la main au gouvernement Marois, dimanche, en modifiant profondément sa loi spéciale au bout d'un long psychodrame parlementaire.

Plutôt que de consentir à des hausses de salaires de plus de 8% sur quatre ans, la loi ne s'appliquera qu'une seule année et indexera de 2 % les salaires, conformément aux exigences du Parti libéral et de la Coalition avenir Québec (CAQ).
 
Le gouvernement avait manifesté une certaine intransigeance sur ces enjeux tout au long de la journée, au nom de la «stabilité» du secteur et de la «paix sur les chantiers».
 
La ministre du Travail, Agnès Maltais, avait même menacé de retirer son projet de loi, devant l'insistance de l'opposition.
 
Puis, elle a proposé un compromis d'une portée de deux ans, au terme de tractations en commission parlementaire en soirée, mais en vain. Son amendement a été battu par le front commun des députés de l'opposition, majoritaire, scellant la défaite du gouvernement.
 
La première ministre Pauline Marois a d'ailleurs déploré l'inflexibilité de ses adversaires, en visant même le chef libéral Philippe Couillard.
 
«Nous courons le risque d'être replongés dans un conflit», a-t-elle dit à l'Assemblée nationale juste avant l'adoption finale du projet de loi, en pleine nuit de lundi.
 
Tous les partis ont voté en faveur, à l'exception de Québec solidaire.
 
Mme Marois aurait voulu laisser aux parties «un espace plus grand dans le temps» pour s'entendre, deux ans, à défaut de fixer la convention pour quatre ans.
 
«Malheureusement, pour des motifs qui n'ont rien à voir avec l'intérêt du Québec, cette stabilité n'est assurée que pour un an», a-t-elle déclaré, en soupçonnant ainsi des motifs partisans derrière la manoeuvre des oppositions.
 
En pleine campagne

Les prochaines négociations risquent d'ailleurs de se dérouler, ou d'aboutir, en pleine campagne électorale, au printemps 2014, au bout de l'espérance de vie habituelle d'un gouvernement minoritaire comme celui du Parti québécois, ce qui pourrait être passablement encombrant.
 
Le gouvernement avait dû convoquer la Chambre à une séance exceptionnelle dimanche, qui rompt avec la relâche parlementaire estivale, afin de faire adopter sa loi spéciale. Le prétexte: les négociations piétinaient en effet dans le secteur industriel, commercial et institutionnel. Les 77 000 travailleurs de ce secteur sont en grève depuis pratiquement deux semaines, alors que leurs camarades du secteur résidentiel et de la voirie sont parvenus à une entente.
 
Le projet de loi 54 reprenait à l'origine les augmentations salariales prévues à l'entente de principe conclue le 24 juin entre l'Association des constructeurs de routes et de grands travaux du Québec et l'Alliance syndicale. Il prévoit aussi que, si jamais les parties venaient à s'entendre après son adoption, l'accord aurait préséance sur les dispositions de la loi spéciale.
 
Mais les libéraux et les caquistes, qui détiennent ensemble la majorité des sièges à l'Assemblée nationale, jugeaient que la proposition du gouvernement ne favorisait pas une reprise des négociations. Les deux partis de l'opposition s'entendaient sur la nécessité de prolonger les conventions collectives d'une année, jusqu'au 30 juin 2014, et de maintenir le pouvoir d'achat des travailleurs, avec une augmentation salariale de 2 %.
 
Ils ont réussi à faire adopter leur amendement en ce sens en fin de soirée, juste après 23h00, en commission parlementaire, ce qui consacrait leur victoire.
 
Le chef caquiste François Legault n'a pas mis de temps à célébrer, avant même l'adoption finale du projet de loi. La position qu'il préconisait depuis longtemps a en effet prévalu dans le débat et elle a rallié les libéraux. Selon lui, il faut maintenant laisser les parties négocier au cours de la prochaine année.
 
«Ce n'était pas raisonnable de proposer une nouvelle convention de quatre ans, d'aller jouer aux apprentis-sorciers qui décident de ce qui est bon pour l'industrie à la place de ceux qui négocient depuis deux semaines, a-t-il dit en conférence de presse, un peu avant minuit. Ce n'était pas une bonne idée du Parti québécois.»
 
Le chef libéral Philippe Couillard a pour sa part invité le gouvernement à être prévenant en encadrant précisément dès les prochains jours les négociations à venir pour s'assurer d'un résultat concluant. Toutefois, en point de presse après l'adoption finale, Pauline Marois a affirmé qu'elle n'avait pas l'intention de se substituer aux parties.
5 commentaires
  • Pierre Germain - Inscrit 29 juin 2013 14 h 18

    Depuis des années maintenant que le gouvernement québécois ne préserve pas le pouvoir d'achat de ses fonctionnaires, il ne va certainement pas passer une loi préservant le pouvoir d'achat des travailleurs de la construction. Au grand bonheur de la partie patronale qui, elle, augmente ses prix selon l'inflation d'année en année. Donc, il est à prévoir que la loi spéciale favorise l'enrichissement de la partie patronale au détriment des travailleurs Le gouvernement québécois participera ainsi au phénomène du 1% vs 99%.

  • Samuel Lamoureux - Inscrit 29 juin 2013 15 h 26

    L'état contre les travailleurs

    Qu'on sois clair, cette greve n'est pas du tout offensive, comme tous les greves dans ce secteur ces dernieres annees, elle est avant tout pour resister a loffensive du patronat et pour preserver les acquis du mouvement syndical, pour preserver ce pour quoi des travailleurs de la construction se sont battus pendant des années pour obtenir auparavant. L'etat n'est jamais au service des travailleurs, JAMAIS. Cette loi est au service des patrons, il ne suffit que de regarder l'histoire, c'est le meme processus. Un jour au l'autre, sans doute pas demain, les travailleurs devront desobeir a cette loi et prendre conscience de leur force dans le production.

  • Simon Chamberland - Inscrit 29 juin 2013 15 h 55

    Résistance tranquille

    Si le temps supplémentaire n'est plus rémunéré comme les travailleurs de la construction le désirent, ceux-ci n'ont qu'à plus n'en faire. Les chantiers ayant pris 2 semaines de retard, ça sera encore plus le bordel pour respecter les échéanciers. Pensons ici aux écoles en construction ou rénovation dont la rentrée sera complètement catastrophique.

    Un ouvrier peut aussi faire du zèle. Très facile de ralentir un chantier si tous se mettent à chercher exactement la bonne sorte de visse pour chaque usage.

    Si le PQ se montre trop accommodant pour les patrons, les employés ont le choix de stratégies pour créer des maux de tête majeur au gouvernement. Après tout, c’est le secteur institutionnel qui demeure en grève.

    J’espère que le gouvernement sait ce qu’il risque s’il décide de taper sur les travailleurs.

  • Claude Lafontaine - Abonné 29 juin 2013 15 h 57

    Encore la parade des partis des oppositions

    Au moins la moitié des travailleurs en grève sont revenus au travail cette semaine après en être arrivés à une entente avec la partie patronale, le jeu de la négociation s'est bien fait dans ces acs là, pour l'autre moitié c'est l'impasse même après que le gouvernement leur ait envoyé un médiateur ce qui oblige le gouvernement à forcer le retour au travail en adoptant une loi spéciale. Le gouvernement n'aura d'autre choix que de jouer au Salomon et imposera des conditions à mi-chemin entre ce que réclamaient les parties patronale et syndicale, ce qui va arriver était prévisible pour les deux parties en opposition, si elles n'en sont pas venu d'elles mêmes à un accord négociée c'est qu'elles ont décidé de s'en remettre à ce Salomon avec les rsiques que ça comporte pour elles.

    Quant à moi le gouvernement a bien agi, il a laissé beaucoup de temps aux parties pour en venir à une entente négociée, il doit intervenir maintenant dans l'intérêt public.

    Espérons autant pour la partie patronale que syndicale et pour les québécois en général que ces travailleurs de la construction reprendront le travail mardi matin, après l'adoption de la loi spéciale; mais nous sommes samedi p.m et ça se dessine déjà à l'horizon, les partis de l'opposition (le PLQ et la CAQ) se promettent de profiter de cette occasion pour se faire un peu de capital politique sur le dos du PQ, c'est déjà parti et bien désolant à voir.

  • Brian Monast - Abonné 29 juin 2013 16 h 16

    C'est prometteur pour l'avenir

    Ainsi, tous les partis se réjouiraient d'abandonner leur liberté de négocier, de se faire dicter leurs conditions. Ça promet pour demain. Que va-t-on copier encore du gouvernement conservateur canadien?

    Les partis n'avaient qu'à s'entendre sur un arbitre, si c'est ce qu'ils voulaient, ce qui, par ailleurs, est peut-être bien ce qu'ils ont fait, en réalité, en acceptant sans protester qu'un gouvernement tranche leurs différents.