Une cible, 1831 messagers

Des touristes indiens prennent la pose devant l’hôtel de ville de Montréal, crème glacée à la main.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des touristes indiens prennent la pose devant l’hôtel de ville de Montréal, crème glacée à la main.

Le monde du tourisme au Québec est très décentralisé. Pas moins de 1831 organismes interviennent dans le domaine et 21 associations touristiques régionales (ATR) font de la promotion à l’étranger. Peut-on vraiment faire un marketing efficace dans ce contexte ? Paul Arseneault, de la Chaire en tourisme de l’UQAM, se pose la question.

« C’est beaucoup trop décentralisé, dit-il. L’industrie ne peut pas faire l’économie d’un débat sur le rôle de chacun. La question est de savoir si on utilise au mieux les ressources que nous avons. »


Les ATR fonctionnent avec un budget annuel de 100 millions par année, dont 46 proviennent de la taxe sur l’hébergement imposée aux touristes. La part du lion revient toutefois à Montréal et à Québec, qui récoltent à elles seules environ 30 millions des taxes, souligne le président du regroupement des ATR associées, François G. Chevrier.


Le réseau, qui compte environ 300 employés, est administré par les hôteliers et organisations touristiques locales. Il dédie 61 % de son budget à la promotion, dont la moitié est destinée à l’étranger (environ 30 millions). À titre de comparaison, Tourisme Québec a un budget de 141 millions, dont 22,5 vont au marketing et à la promotion.


Or, selon M. Chevrier, le réseau est plus efficace qu’on pourrait le soupçonner. « Quand on vise les marchés éloignés, on travaille en groupe et souvent en collaboration avec Tourisme Québec. » Et les dédoublements ? « En fait, il y en a très peu. En promotion hors Québec, l’arrimage est extrêmement bien fait. »


Il plaide même que la régionalisation peut devenir un « atout » et permet de mieux vendre des réalités différentes. Plutôt que de vendre partout la « diversité » québécoise, on cible dans tel magazine les amateurs de plein air pour leur vendre la route de la Gaspésie. Ailleurs, on vend l’« escapade urbaine » montréalaise avec la bonne bouffe, la vie nocturne et le magasinage. Quant aux fans de motoneige ou de ski alpin, on les rejoint en passant par d’autres canaux. Tout de même, concède M. Chevrier, les partenariats entre organismes pourraient être plus nombreux.


Le ministre du Tourisme, Pascal Bérubé, reconnaît être dans une situation particulière et dit même « travailler pour l’industrie ». « Comme on est un des ministères les plus décentralisés et qu’on n’a pas de direction régionale, on est un des ministères les plus business, dans le sens que nos interlocuteurs, c’est des ATR, et les ATR, c’est des gens d’affaires. »


Une taxe gérée par l’industrie


Le problème des structures est débattu depuis longtemps au Québec. Or, en 2011, le rapport Rozon sur la performance touristique faisait des constats particulièrement inquiétants.


« On s’est aperçu qu’il y avait énormément d’organismes qui touchaient au tourisme. Il y en avait 1831 juste au Québec et beaucoup travaillaient en silo », explique le patron des Croisières AML, Yan Hamel, qui siégeait au comité.


« Il n’y avait pas juste les ATR, il y avait des CLD, des offices du tourisme, le fédéral qui venait en aide à certains endroits en région au Québec. Il y en avait partout. »


Le rapport parlait d’un « management morcelé » et du fait qu’il y avait « trop de structures ». « On avait proposé un tableau de bord avec les rôles et les responsabilités de chacun. Il y en avait qui devenaient plus forts dans le développement de produit ; d’autres, dans la communication », raconte M. Hamel, qui préside aujourd’hui l’Association québécoise de l’industrie touristique.


Deux ans plus tard, où en est-on ? Il y a autant de structures qu’auparavant, mais elles collaborent davantage, dit-il. « Un changement comme ça, ça ne se fait pas en claquant des doigts, dit-il. Pour faire un élagage de tous les organismes, ça prendrait une volonté politique assez solide. » Or les choses se sont beaucoup améliorées malgré tout. « Le milieu s’est pris en main. Il reste du travail à faire, mais on est sur la bonne voie. »


Rapatrier la taxe sur l’hébergement ?


Quand même, avance M. Arseneault, on pourrait songer à rapatrier une partie des revenus de la taxe sur l’hébergement au niveau du ministère. « Est-ce qu’on retrouve beaucoup d’autres secteurs où une taxe est gérée par le conseil d’administration d’une OSBL ? Tourisme Québec a des budgets faméliques. Son budget de marketing est maintenant le troisième en importance derrière Montréal et Québec. On est dans une drôle de situation où les régions s’attendent à une forme de leadership de Tourisme Québec, mais en même temps elles ont un trésor de guerre beaucoup plus important que lui. » À son avis, « ça implique que les régions acceptent de retourner de l’argent vers le national. »


Yan Hamel reconnaît que la taxe d’hébergement est un cas unique au Québec et que c’est le seul cas où une taxe est « gérée par l’industrie ».Mais à son avis, un rapatriement des montants pourrait se révéler contre-productif. « On pourrait le faire si les ponts étaient coupés et si les gens ne travaillaient pas en équipe. Je pense que c’est un dernier recours parce que les gens se parlent. On travaille ensemble sur une base hebdomadaire. »


À ce sujet, le ministre Bérubé souligne que « l’argent est utilisé principalement en promotion » et qu’il ne connaît pas de cas « d’utilisation non judicieuse de ces fonds-là».

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Les Québécois prendront plus de vacances cet été


Les Québécois seront plus nombreux à prendre des vacances cet été et ils sont aussi plus nombreux à prévoir de partir plus longtemps que l’an dernier, selon une enquête de CAA-Québec. Le sondage a été mené auprès des membres de CAA-Québec au mois de mai. Pas moins de 69 % des répondants disent vouloir partir en vacances au cours des prochains mois, comparativement à 63 % en 2012. De plus, 65 % des vacanciers souhaitent partir pour une période allant de deux semaines à un mois, soit 13 points de pourcentage de plus que l’an dernier. 


Mais ils n’iront pas nécessairement très loin. C’est le Québec qui a le plus la cote parmi les voyageurs. La moitié des personnes sondées planifient de visiter la province durant leurs vacances. Au deuxième rang des destinations les plus populaires vient la côte est américaine. Le camping est aussi une activité populaire, avec 21 % des préférences exprimées, alors que 15 % des gens prévoient de rendre visite à des amis et à la parenté. 


Le budget alloué aux vacances est similaire à celui de l’an dernier. Plus de la moitié des répondants disent avoir un budget oscillant entre 500 et 2000 $ pour la durée de leur séjour.
 

La Presse canadienne